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On reproche souvent aux jeunes de n’accorder que trop peu d’intérêt à la politique. Ce lundi 13 août, le think tank Cartes sur table nous prouvait le contraire avec la publication de ses "100 propositions pour les 100 jours".

L’étape des cent jours de la présidence Hollande franchie, les interrogations vont bon train. Alors que la gauche craint un amollissement de la politique du Gouvernement, le think tank, constitué de jeunes gens venus d’horizons divers et âgés de 25 à 35 ans, tente de faire de la jeunesse une priorité et un acteur incontournable dans le débat public, avec pour objectif non dissimulé de "réveiller la gauche".

Espace de réflexion et de proposition sur le web fondé en 2008, Cartes sur table s’est transformé en véritable think tank en 2012, à l’occasion de la campagne présidentielle. Son credo : "donner la parole aux jeunes de gauche", comme l’indiquait Agathe Cagé, cofondatrice du groupe, dans un entretien accordé à l’Observatoire français des think tanks en février 2012. Sa méthode : "la vigueur du geste de celui qui joue franc jeu".

Depuis quelques mois, c’est au travers de publications que l’organisation cherche à étendre son influence dans les cercles traditionnels du pouvoir  . Plus récemment, deux grands titres de la presse numérique médiatisaient l’entreprise. En juin, Rue89 consacrait un article à Cartes sur table.  Puis ce fut au tour de Mediapart de lui offrir une tribune en hébergeant son blog.

Jeune poil à gratter ?

Dans un entretien publié lundi 13 août dans Libération, Agathe Cagé précise les atouts dont bénéficie ce think tank de jeunes. "On peut se permettre d’être encore impertinents.", signale-t-elle. Le groupe cherche précisément à endosser "le rôle du poil à gratter qui revient à la jeune garde de gauche" comme l’annonce l’introduction des "100 propositions pour les 100 jours".

Contre les "procès en illégitimité" faits par les hommes politiques cumulards et expérimentés, elle justifie la compétence d’une jeunesse prête à réfléchir à l’avenir de manière franche mais responsable. Leur plus grande proximité avec la réalité contemporaine donnerait aux jeunes de meilleures capacités à comprendre le présent. Dans un esprit provocateur, Agathe Cagé préconise ainsi de "s’inspirer des Apple Stores pour [réformer] Pôle Emploi".

Le but est clair : Cartes sur table, organisation jeune et impertinente, dit vouloir s’éloigner des thinks tanks classiques – trop intellectuels et technocratiques –  fustigeant au passage les notes de Terra Nova "illisibles pour beaucoup de jeunes". Pour Agathe Cagé, il est nécessaire de proposer "des choses tweetables, qui sont lisibles par tout le monde et que chacun peut reprendre."   Dans la même veine, un haut fonctionnaire de 28 ans, membre du groupe lance : "On veut jouer le rôle de poil à gratter. Ne pas fournir des notes calibrées pour ministère." L’entreprise semble toutefois délicate.  Indépendance, impertinence, représentativité : bien que rafraîchissantes, les prétentions de Cartes sur table n’en sont pas pour autant révolutionnaires. Si l’organisation innove par la manière, ses 100 propositions dévoilent des visées justement technocratiques qui la rattachent à ses aînés du Gouvernement.

100 propositions courtes et accessibles

Le début de mandat de François Hollande et les vacances politiques de la première quinzaine d’août ont plongé la France dans une profonde torpeur ? Cartes sur table se propose d’y remédier en sept chapitres : éducation, culture et médias, égalité, solidarité, écologie, fiscalité, responsabilité.

Leurs suggestions se veulent facilement réalisables. C’est en cela qu’elle est une intervention originale dans le monde des clubs de pensée. "Nous sommes de gauche mais nous sommes réalistes", indique Agathe Cagé à Libération. Et de poursuivre : "On s’inscrit dans l’ordre du possible, pas du rêve". Aussi leurs mesures concerneraient-elles prioritairement des décisions à la mise en œuvre facile, peu coûteuse – voire bénéfique pour les collectivités. De la formation continue des enseignants à la distribution de la presse nationale par les réseaux régionaux, en passant par la lutte contre l’obésité et contre la discrimination comme missions de service public  , leurs solutions partent toujours d’un substrat institutionnel et juridique existant.

Si ce discours simple est efficace, il fait aussi la principale faiblesse de Cartes sur table. Ou plutôt, il marque un décalage entre ce qu’il réclame incarner – un impertinent vent nouveau soufflant sur la planète politique – et ce qu’il est – une armée de jeunes ayant de l’énergie à revendre ainsi que des propositions originales et aisées à appliquer dans les services ministériels de leurs aînés. Finalement, Cartes sur table correspond bien à ce que ses membres revendiquent constituer : un réservoir d’idées concrètes pour le Gouvernement, dans un style rajeuni#nf#  


Pour aller plus loin :

- Le site de Cartes sur table.

- Les "100 propositions pour les 100 jours" de Cartes sur table.

- Le blog de Cartes sur table.