Religions

Dieu et les religions en 101 questions-réponses

Couverture ouvrage

Odon Vallet
Albin Michel , 196 pages

Dieu en questions
[samedi 28 avril 2012]


Un ouvrage, sous forme de questions-réponses, qui aborde les principaux thèmes relatifs aux grandes religions.


     Spécialiste reconnu des religions, Odon Vallet est régulièrement sollicité par les médias pour apporter son éclairage sur tel ou tel phénomène religieux. Cette omniprésence médiatique pourrait agacer si elle ne s’accompagnait d’une grande érudition mise au service d’un réel talent pédagogique. C’est dans ce même esprit précisément qu’a été publié l’ouvrage Dieu et les religions en 101 questions-réponses. En effet, depuis de nombreuses années, Odon Vallet répond aux questions des lecteurs du Monde des religions. Il réunit ici quelques-unes de ces questions et réponses   en les classant selon six thématiques   : Croyance, foi et religion ; Bible et judaïsme ;  Nouveau Testament ; Christianisme ; Islam ; Religions orientales.
 

       Le lecteur trouvera des réponses à des questions d’ordre général (Nul n’a vu Dieu : l’homme l’a-t-il inventé ? D’où vient le mot " Dieu " ? Pourquoi Dieu a-t-il créé le monde ? Peut-on parler de civilisation musulmane ?) tout aussi bien qu’à des questions théologiques plus précises (Pourquoi les textes sacrés sont-ils violents ? Pourquoi la Bible hébraïque nomme-t-elle Dieu au pluriel (Elohim) ? Que veut dire : " Au commencement était le Verbe " ? Quelle était la religion de Mohammed avant la Révélation coranique ? Pourquoi les Esséniens ne sont-ils pas cités dans le Nouveau Testament ?). Il pourra peut-être découvrir entre autres que le jour du shabbat trouve son origine en Mésopotamie où le septième jour était considéré comme néfaste et où le travail se trouvait de fait interdit ; que la fête de l’Immaculée Conception (à ne pas confondre avec la conception virginale de Jésus) est attestée dès le VIIe siècle dans l’Eglise d’Orient ; que les douze étoiles d’or sur fond bleu du drapeau européen (choisi le 8 décembre 1955) font selon toute vraisemblance  référence à la " couronne de douze étoiles " de l’Apocalypse (12, 1) ceinte par " une femme revêtue de soleil " ; que la déesse Athéna-Niké a donné son nom aux chaussures Nike ou encore que la croix gammée, devenue l’emblème des nazis, était " à l’origine pour les Indiens [(qui l'appelaient svastikâ)] un symbole cosmique, une énergie positive, peut-être d’origine solaire ".


    Quoi qu’il en soit, ce sont bien les religions dans leurs résonances philosophiques (Qu’est-ce que la vie éternelle promise par Jésus ? Pourquoi, à la différence de la Bible, l’Eglise catholique ne distingue-t-elle pas l’âme de l’esprit ?), sociétales (Les religions légitiment-elles l’inégalité entre hommes et femmes ? Toutes les religions condamnent-elles l’homosexualité ?), historiques (Quel roi d’Egypte a ordonné le meurtre des nouveaux-nés ? Comment distinguer la vérité historique dans  les Evangiles canoniques ?), politiques (Le rêve d’un paradis motive-t-il les chrétiens comme les marxistes ?) et rituelles (Pourquoi les juifs et les musulmans pratiquent-ils la circoncision ? Pourquoi les catholiques et les orthodoxes ne font-ils pas  le signe de croix dans le même sens ? Existe-t-il une justification aux interdits alimentaires ?) qui sont évoquées. De ce point de vue, que le lecteur ne s’y trompe pas : la succession des  questions et la  forme courte des réponses ne doivent pas occulter la veine érudite qui traverse cet ouvrage et qui tente d’apporter constamment au lecteur des repères clairs (Odon Vallet recourt par exemple volontiers à l'étymologie des mots pour éclairer leur sens) sans jamais verser dans la simplification schématique ou abusive.  Ainsi, et c’est à souligner, la forme courte n’interdit jamais à l’auteur de faire preuve de nuance dans ses réponses. Il n’est que de considérer l’article  Pourquoi y a-t-il tant de prêtres pédophiles  qui se conclut par le paragraphe suivant : " Ces comportements ne sont donc pas réservés à une seule religion et ils sont en partie indépendants du célibat des prêtres, même si celui-ci peut favoriser une certaine immaturité affective ", ou encore l’article  Peut-on parler de civilisation musulmane ? qui souligne la nature tendancieuse de la question car " évoquer la civilisation musulmane (ou chrétienne ou bouddhique) privilégie la dimension religieuse au risque de négliger tout ce qui, dans une société, relève du profane : le ramadan est musulman mais pas le thé à la menthe ; les stupas sont bouddhiques mais pas les bâtons d’encens... "


      Il y a, répétons-le, chez Odon Vallet, une réelle capacité à rendre accessible à tous la complexité des univers religieux. Il faut, à n’en pas douter,  une sûre maîtrise des connaissances pour oeuvrer en ce sens. Bien évidemment, qui souhaiterait s’engager dans une réflexion approfondie sur tel ou tel sujet sera invité à consulter des ouvrages plus denses et plus spécifiques (d’aucuns considéreront d’ailleurs peut-être que le présent livre n’est qu’un " coup éditorial ", l’auteur ne faisant que compiler des réponses écrites au fil des années). De ce point de vue, on peut regretter l’absence en fin d’ouvrage d’une bibliographie, fût-elle succincte.


      Reste que ce petit livre, illustré de dessins humoristiques de Georges Million  , constitue une stimulante introduction à l’univers des religions. Le lecteur n’y trouvera pas une chronologie précise avec des repères historiques  mais s’engagera plutôt dans une exploration sinueuse des principaux thèmes religieux ou théologiques. Ainsi, la division très classique des chapitres autour des trois monothéismes et des religions orientales  va dans le même sens : proposer au lecteur une approche globale des grands univers religieux. Le découpage opéré par l’auteur suggère d’ailleurs une approche des grandes religions selon  les aires géographiques, celle que privilégie précisément Odon Vallet dans son autre histoire des religions  . En consacrant notamment un volume aux religions nées dans le Croissant fertile et deux autres à celles nées à l’est du fleuve de l’Indus, le théologien se propose d'étudier les religions à la lumière du contexte géographique. Une telle étude pourrait offrir, nous semble-t-il, un très intéressant prolongement à la lecture du présent ouvrage..

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2 commentaires

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dupondt

30/04/12 20:55
je cite :

"Pourquoi y a-t-il tant de prêtres pédophiles ? qui se conclut par le paragraphe suivant : " Ces comportements ne sont donc pas réservés à une seule religion et ils sont en partie indépendants du célibat des prêtres, même si celui-ci peut favoriser une certaine immaturité affective "


Le bon gros lieu commun bien bête.

Les statistiques montrent qu'il y a bien plus de profs de gym pédophiles que de prêtres. Deux fois plus de rabins et de pasteurs... (au USA, en France, il n'y pas pas des brouettes de pasteurs). Sans oublier les instituteurs et autres éducateurs .

Mais, en fait, tout cela fait un chiffre microscopique par rapport aux parents et "amis proches de la famille".

l'instit de base, comme le curé de base, il est pas trop pédophile. Le cousin ou l'oncle, souvent. La tante aussi.

Et oui, c'est plutôt en famille et entre "amis" que cela se passe.

Mais une idée fausse et dans l'air du temps aura toujours plus de succès de la lecture austère des statistiques... Pourtant disponibles d'un coup de clic sur google.

Comme il est bon d'écrire des sotises qui vous confortent dans vos convictions.
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S. Briand

02/05/12 09:29
Bonjour Dupondt,

Merci de votre commentaire. Je ne suis toutefois pas certain d'avoir saisi l'objet réel de votre critique. De quelles convictions parlez-vous précisément ? A quelle sottise faites-vous référence? Peut-être aurez-vous la gentillesse d'éclairer un esprit sans doute obscurci par un trop-plein de lieux communs.
Merci à vous.
S. Briand
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