Qu’ont fait les intellectuels dans cette campagne présidentielle ? Critiquer les candidats qu’ils ne soutiennent pas ou voter pour celui qu’ils n’osent soutenir ouvertement, le plus souvent. Dans un article paru samedi dans Marianne2, Aude Lancelin passe en revue ces intellectuels médiatiques qu’on entendait beaucoup plus en 2007.

 

Le mariniste

L’écrivain Renaud Camus voit Marine Le Pen comme la candidate de la résistance à "la contre-colonisation."

 

Le cortège des sarko-compatibles

Pascal Bruckner, après avoir poussé le ridicule jusqu’à voter Ségolène Royal puis Nicolas Sarkozy il y a cinq ans, s’est récemment rallié à François Hollande.

André Glucksmann, qui voyait en Nicolas Sarkozy le parangon d’une politique étrangère droit-de-l’hommiste, n’en finit plus de confesser son désenchantement depuis le discours de Grenoble.

Max Gallo, dont l’épouse est membre du PPE au parlement européen, continue à soutenir le président sortant, sans ostentation.

Elisabeth Lévy vient de publier La gauche contre le réel pour défendre Ivan Rioufol, Eric Zemmour et consorts.

Jacques Attali, "ami" de Nicolas Sarkozy, s’est prononcé pour François Hollande le 21 février dernier. 

Bernard-Henri Lévy, officiellement de gauche, ne s’est pas encore fendu d’une tribune dans Le Monde pour expliquer au microcosme parisien pourquoi il choisira le vainqueur annoncé. Pour l'instant, il rêve d'un débat serein entre les deux candidats du second tour. 

 

Les hollandais contrits

L’historien Benjamin Stora reste fidèle au PS.

Le démographe Emmanuel Todd, proche de la sensibilité d’Arnaud Montebourg, voit chez le vainqueur du 1er tour la possibilité d’un "hollandisme révolutionnaire."

 

Les mélenchoniens séduits

Régis Debray a rappelé dans un court essai, Rêverie de gauche, et à nonfiction.fr son attachement à la gauche de transformation. Ce qui ne l’empêchera pas de voter François Hollande dans un second temps.

Les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, auteurs du Président des riches, ont fait campagne pour Jean-Luc Mélenchon

 

Elections, piège à cons

Michel Onfray, un temps séduit par le verbe de Jean-Luc Mélenchon, a pu se sentir visé par le discours du candidat du Front de Gauche hier soir : "Nous avons porté sur notre dos l'essentiel du combat [contre le Front national]. Honte à ceux qui ont préféré nous tirer dessus plutôt que de nous aider. Souvenez-vous pour toujours des noms de ceux qui ont refusé le combat, ou qui ont préféré relayer les arguments calomnieux et anti-communistes de l'extrême droite contre nous." Il a en effet participé au numéro du Nouvel Obs du 12 avril pour justifier son hostilité au jacobinisme du candidat de la gauche radicale.

Alain Badiou, auteur d’un Sarkozy, pire que prévu. Les autres, prévoir le pire, ne s’est pas déplacé.

 

Pour le psychanalyste Roland Gori, interrogé par Aude Lancelin, le silence ou l’apathie des intellectuels s’explique par l’épuisement de l’espace démocratique dans lequel "la dignité de penser a été confisquée d’une part par la technocratie, avec le pilotage des chiffres, d’autre part par la gestion des émotions collectives, avec une propagande spectaculaire envahissante". Cela aboutit à faire apparaître ces ralliements aussi pathétiques qu’insignifiants