Arts et Sciences (33) : perspectives sur le XVIIIème siècle
[lundi 05 dcembre 2011]



Dans son ouvrage Paris, Capitale de la toile à peindre  , Pascal Labreuche nous entraine dans une analyse d’histoire des techniques de la peinture tout à fait passionnante. Sur le plan qui nous occupe, les rapports entre les Arts et les Sciences, il nous propose deux pages éclairantes, dont voici l’essentiel. Les événements politiques de la Révolution française précipitent des rapprochements entre Arts et Sciences, deux domaines qui ont cependant commencé à conquérir leur autonomie.

En 1793, l’urgence est à la défense de la République. Celle-ci en appelle aux savants pour l’élaboration d’une politique publique de l’invention. Chimistes et membres de l’ancienne Académie royale des sciences se mobilisent. Dans ce cadre, la recherche et la production à des fins militaires, dans le domaine de l’imperméabilisation des étoffes et cuirs dont l’armée était grande consommatrice, et la mise au point des enveloppes en toile imperméables des aérostats, vont avoir des effets différés sur certains enduits de toile à peindre. Le monde des savants est donc obligé de se rapprocher du monde des artistes, monde qui possédait ces techniques depuis longtemps, et qui avait développé des instances techniques et commerciales autour de la toile à peindre. Et l’auteur de préciser  " cette alliance des sciences et des arts, qui n’était peut-être pas totalement inédite, se cristallisait dans un moment de crise dont le point d’orgue est 1793, allait marquer de son empreinte, pour les décennies suivantes, les modalités de la recherche dans le domaine du matériel artistique "  .

Le 13 mai 1794, le Comité d’instruction publique décide la création d’agences " de commerce et d’approvisionnement pour l’extraction des objets de commerce, arts et sciences ". Il faut par ailleurs et sans les abimer, penser le transfert des chefs-d’œuvre à partir des terres conquises. La première agence, chargée des prélèvements ( !) en Belgique et aux Pays-Bas est créée auprès de l’armée du Nord et des Ardennes. Elle est conduite par un peintre. Un peu plus tard, une commission pour la recherche des objets de sciences et des arts est créée par le Directoire, sur la demande de Bonaparte, écrivant à Paris pour qu’on lui envoie " trois ou quatre artistes connus pour choisir ce qu’il convient de prendre ". Cette commission comprend un mathématicien (Monge), un chimiste (Berthollet), un naturaliste, un peintre et un sculpteur. On sait que la campagne d’Egypte ne cesse de développer ces contacts entre savants et peintres ou plus généralement artistes en toutes disciplines.

Et l’auteur de raconter enfin la collaboration des savants et des artistes autour de la restauration, rendue nécessaire par le transfert, de la Vierge de Foligno de Raphaël. La difficulté technique des opérations, le prix inestimable et le prestige du chef-d’œuvre, comme la responsabilité nouvelle dont se sent investie la République quant à la préservation de son patrimoine, expliquent la désignation de cellules d’expertise adéquates. Les membres du collège scientifique doivent examiner les " opérations mécaniques ", et les autres doivent surveiller la restauration " pittoresque ". Arts et Sciences se mesurent autour d’une œuvre, sur le présupposé de la division entre raison technique et sensibilité pittoresque. Ce serait à commenter, compte tenu de la postérité de ces partages.
 

 

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