En relations internationales, le 11 septembre 2001 est considéré par beaucoup comme un moment-clé, un ''seuil'', au même titre que la fin de la Seconde Guerre mondiale ou la chute de l'URSS. En somme, ces moments particuliers   marquent la fin d'une période, d'un ordre, pour en voir éclore un nouveau, mais dont on ne peut encore, à cet instant précis, véritablement prévoir ce qu'il adviendra. Dix ans plus tard, le recul permet enfin à la recherche une analyse affinée, documentée et réaliste de cette ''cassure''. Et c'est ce que tente de proposer le dernier numéro de Politique Etrangère, ''revue de débats et d'analyses sur les grandes questions internationales'' publiée par l'Institut français de relations internationales (Ifri), en se penchant plus particulièrement sur les Etats-Unis et le Moyen-Orient.

Dans un premier article, Phillipe Droz-Vincent trace une brève chronologie de l'évolution des relations entre Etats-Unis et Moyen-Orient, du 11 septembre 2001 jusqu'au ''Printemps arabe'', et surtout de la politique étrangère américaine dans le monde arabe, marquée en particulier par la passation de pouvoir de G. Bush à B. Obama. Frédéric Encel se penche quant à lui sur l'usage politique de l'islamisme radical et, surtout, de la peur de la menace terroriste, tous deux abondamment réutilisés par Israël pour relier la deuxième Intifada à la global war on terror. L'article d'Alexandra de Hoop Scheffer revient sur la notion de regime change, en se basant sur la cas de l'Irak. L'auteur oppose la capacité militaire certaine de l'armée américaine au manque flagrant de réflexions et de réponses aux problématiques de l'après-intervention.

Le second article du dossier, rédigé par Jussi Hanhimäki, analyse le multilatéralisme américain après le 11 septembre ou, plutôt, sa supposée absence. Selon l'auteur, les attentats du World Trade Center n'ont, sur ce point, provoqué aucune cassure : ''Le multilatéralisme est certes à la mode, mais on peut difficilement soutenir qu'il ait jamais été plus qu'un simple outil pour la politique étrangère américaine.'' Pour Jussi Hanhimäki, l'apogée même du multilatéralisme militaire de la Guerre froide, symbolisé par l'OTAN, ''n'avait de pertinence pour les Etats-Unis que dès lors qu'elle était utile à la poursuite de leurs objectifs de politique étrangère et intérieure''. La capacité des Etats-Unis à faire cavalier seul sur de nombreux dossiers – et même sur des conflits armés - n'a donc pas évolué. Le 11 septembre semble, au contraire, n'avoir fait qu'affirmer, avec plus de vigueur encore, cette attitude. Suzanne Maloney revient quant à elle sur la relation Etats-Unis / Iran et avance d'une part que, ''contrairement à une idée largement répandue, l'Administration Bush ne s'est pas montrée inflexible et dogmatique à l'égard de l'Iran. Elle a fait preuve d'une capacité d'innovation souvent sous-estimée'' et d'autre part, contraitement à ce qu beaucoup pensent, ''Malgré une différence de style considérable en apparence, le gouvernement Obama a gardé peu ou prou la même approche que l'Administration Bush pour ce qui est des sanctions contre l'Iran, en apportant quelques améliorations.''

Accessible, conséquent et pertinent, ce dossier permet donc d'aborder plusieurs aspects des chamboulements qu'a véritablement provoqués le 11 septembre 2001, tout en éliminant quelques préjugés enoncés un peu trop hâtivement et que le recul- aujourd'hui possible- nous permet d'infirmer#nf#

 

Après le 11 septembre : les Etats-Unis et le Grand Moyen-Orient, Politique Etrangère, automne 2011, 235 p., 20 €.


A lire aussi :

- Les dossiers de nonfiction.fr : ''Persistant conflit israélo-palestinien'' et ''Terrorisme islamiste : état des lieux''.

- Le blog de la revue Politique Etrangère.