Histoire

Chroniques françaises 1973-2007

Couverture ouvrage

Ren Rmond
Bayard , 286 pages

Chroniques rémondiennes
[mardi 15 janvier 2008]
À travers ce recueil d’articles, le regard lucide et modéré d’un grand historien, disparu l’an dernier, sur les 35 dernières années.

Ouvrir les Chroniques françaises de René Rémond, c’est redécouvrir avec plaisir, au fil des 70 articles réunis ici à l’initiative des éditions Bayard et du journal La Croix, la pertinence des analyses de ce grand historien, récemment disparu (René Rémond est décédé le 14 avril 2007).

Les entretiens, tribunes et articles, publiés dans différents journaux ou magazines (La Croix, Pèlerin, Panorama, Le Monde de la Bible,…), couvrent la période 1973-2007 mais de façon inégale, puisque les quinze dernières années représentent plus des deux-tiers de ce recueil. Cela n’entrave toutefois aucunement la lecture de ce livre. Mieux, elle l’aide sans doute, offrant une analyse d’événements récents et donc plus présents dans les mémoires. Se dégagent, au fil du livre, trois grands traits de la personnalité de René Rémond : celui-ci fut tout à la fois un historien du politique, un chrétien et un pédagogue.

Ainsi fut-il souvent sollicité pour éclairer les enjeux politiques du moment : montée et significations du Front National, "guerre scolaire" (autour du projet Savary), affaire du sang contaminé, évolutions du vote catholique, suicide de Pierre Bérégovoy,… Sans oublier, bien entendu, l’analyse des différentes élections. Le présent volume rassemble d’ailleurs les chroniques, malheureusement interrompues, que René Rémond avait accordées à Pèlerin tout au long de la dernière campagne présidentielle. Il se réjouissait que celle-ci se joue en grande partie sur les valeurs  , signifiant ainsi de façon forte combien la politique ne relève pas d’abord de questions techniques, mais bien d’idées et, partant, de choix de société. Et, toujours, ce souci de mettre en résonance l’actualité avec les faits passés, car "l’historien sait que l’histoire est tout autant permanence que changement".

Les préoccupations religieuses ne sont pas absentes de ce recueil. Catholique conciliaire, sans agressivité ni complexes, René Rémond s’inquiétait de "l’appauvrissement du catholicisme en ressources humaines" dont une des conséquences est le repli de l’engagement catholique sur les "besoins de l’Église" au détriment du service de la société. La question de la place de la religion en général, et du christianisme en particulier, dans la société, était donc tout sauf étrangère à ce catholique engagé. Remarquant que l’Église n’avait plus les moyens ni l’intention de régenter la société, il appelait de ses vœux une laïcité que d’aucuns qualifieraient de plus "ouverte", tout en invitant l’Église, d’une part à se désolidariser "des religions qui excluent l’idée de laïcité" afin d’éviter de nourrir "la crainte d’une domination des religions sur la société" et, d’autre part, à donner "l’exemple de la liberté des consciences, du respect de la règle de droit".

Fin pédagogue, René Rémond n’omettait jamais de resituer les choses dans leur contexte, de distinguer l’essentiel de l’accessoire, l’invariant du contingent. Il avait cette modération, cette distance envers les jugements hâtifs et tranchés, cette clarté d’expression constitutives de la "méthode René Rémond", comme le rappelle avec justesse Bruno Frappat dans sa belle préface. René Rémond fut également consulté à propos de l’enseignement supérieur (n’oublions pas qu’il fut longtemps président de l’université Paris-X-Nanterre et de la Fondation nationale des sciences politiques), et ses points de vue sur les difficultés de l’université (au début des années 1970) et les pistes pour les résoudre (notamment la question de l’autonomie) font singulièrement écho aux débats actuels  .

On regrettera simplement que ce volume ne contienne pas (faute de place ?) l’intégralité de son discours de réception à l’Académie française   consacré, comme le veut la coutume, à son prédécesseur, ou plutôt à ses prédécesseurs (François Furet étant décédé avant d’avoir pu succéder à Michel Debré). Deux ou trois articles auraient pu être sacrifiés en ce sens sans que l’ouvrage ait à en souffrir.

 

* À lire également sur nonfiction.fr :

- collectif, René Rémond, une histoire dans le siècle. Hommages (Fayard), par David Valence.

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