On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

René Rémond figure au nombre de ces historiens qui ont révolutionné l’histoire contemporaine du politique dans la seconde moitié du XXe siècle, avec Raoul Girardet , Maurice Agulhon , voire Pierre Nora et ses Lieux de mémoire. Sa tripartition des droites – légitimiste, bonapartiste, orléaniste- a subi le sort de ces intuitions qui passent dans la lingua franca du public cultivé, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus en attribuer la paternité avec précision. Si ce coup d’essai que le jeune historien tira au mitan des années 1950 était déjà un coup de maître, , il fallait pourtant y voir un équivalent de ceux qu’on frappe au théâtre, avant le lever de rideau. De la fin des années 1950 à sa mort, l’œuvre de René Rémond n’allait en effet cesser de se déployer dans l’espace – tenu en suspicion par certains héritiers abusifs de Lucien Febvre ou de Marc Bloch- du politique et du contemporain. Jusqu’à conquérir sur la mer du présent et du passé proche des terres d’études nouvelles pour l’historien : ce qu’on appellera, après René Rémond, l’histoire du temps présent, cette portion du temps passé dont les acteurs sont toujours vivants. Quand il y a archives – orales ou écrites –, il y a histoire, pour peu que le chercheur respecte une démarche scientifique : qui en douterait désormais ? Cette victoire-là fut principalement remportée par René Rémond.
Tombeau
Elle justifierait au besoin l’hommage que des historiens, politistes, enseignants et journalistes lui ont rendu à l’occasion d’un colloque organisé à la Bibliothèque nationale de France par Jean-Noël Jeanneney, le 29 novembre 2006. Les actes viennent d’en paraître. Ils relèvent d’un genre inédit en histoire, mais courant en musique : le Tombeau. Un tombeau érigé du vivant de René Rémond, mais publié après sa mort. On ne saurait en effet parler de "Mélanges" au sens de ces articles qu’offrent des chercheurs à l’un d’entre eux au moment de sa retraite, comme témoignage de reconnaissance et de postérité scientifique. C’est bien au "Tombeau" que l’émotion devinée dans de nombreuses communications renvoie, le "Tombeau" que la "vénération quasi filiale" dont parle Bruno Racine dans sa préface rappelle. Ne retrouve-t-on pas ces émotions-là dans les hommages de Maurice Ravel à Louis Couperin d’Olivier Messiaen à Paul Dukas , de Maurice Ohana à Claude Debussy ? Un chœur d’admirateurs, de disciples et d’anciens élèves structure donc ce livre en une polyphonie d’admirations.
Le prétexte en était offert par la remise des archives de René Rémond à la Bibliothèque nationale. Ces papiers d’historien ne manqueront pas de s’imposer comme une source de première qualité pour la connaissance de la France au XXe siècle. Les chercheurs qui voudront comprendre la "redécouverte" de Vichy par la France des années 1990 devront par exemple se reporter aux archives de René Rémond. L’historien présida en effet la Commission instituée par le cardinal Decourtray sur les rapports entre Paul Touvier et l’Eglise. On pourrait multiplier à l’envi les cas où les "papiers Rémond" nourriront la réflexion historique dans les années à venir.
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