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Politique

Michel Guy, secrétaire d'Etat à la Culture 1974-1976. Un innovateur méconnu.

Couverture ouvrage

Michle Dardy-Cretin
Comité d'histoire du ministère de la culture , 320 pages

Michel Guy, ministre hors norme
[mercredi 02 janvier 2008]
Michel Guy fut un amoureux de la création et initia une politique ouverte sur la société de son temps, par trop méconnue malgré ses effets durables.

Alors que le ministère de la Culture, après un apogée étincelant sous l’égide de Jack Lang, montre depuis quelques années des signes évidents d’affaiblissement aussi bien financier que doctrinal, les ouvrages monographiques consacrés aux différents ministres permettent d’éclairer la progressive construction d’une politique culturelle française autant marquée par les personnalités des ministres que par les évolutions sociales et économiques du pays. Cette étude sur Michel Guy, secrétaire d'Etat à la Culture de Jacques Chirac de 1974 à 1976, permet de connaître et comprendre la portée de l'action d'un homme qui a séduit aussi bien la droite que la gauche.

L’auteure de cet excellent livre consacré à Michel Guy, Michèle Dardy-Cretin, est chargée d’étude au Comité d’histoire du ministère de la Culture, service dont l’objet est d’approfondir par ses publications la connaissance de l’action du ministère. On lui doit notamment des livres essentiels tels que ceux de Philippe Urfalino  , de Philippe Poirier   ou de Marion Denizot sur Jeanne Laurent  . Pour le moment, peu de monographies ont été consacrées à des ministres à l’exception de celles sur Malraux   et sur Jacques Duhamel  . Le présent travail rigoureux et vivant sur le ministère Guy s’est nourri de plusieurs entretiens individuels de personnalités qui ont travaillé avec le ministre, et deux tables rondes réunies en 2004 avec des acteurs de cette période ont complété ces témoignages.

Cette publication permet de cerner une époque importante dans l’histoire du ministère – alors rabaissé au rang de secrétariat d’Etat – et de la politique culturelle. Michel Guy fut en effet le premier titulaire de ce portefeuille du septennat de Giscard d’Estaing, président qui voulait affirmer sa sensibilité libérale, son ouverture aux mutations de la société française et sa volonté de "décrispation" - à cet égard une des décisions de Michel Guy sera la suppression de la censure au cinéma. Grand bourgeois autodidacte, il ressent très tôt une passion pour l’art et la littérature. Il forme son goût grâce à des rencontres, notamment avec son amie de toujours Andrée Aynard, qui deviendra plus tard la designer Andrée Putman, qui lui permet d’approfondir sa connaissance de la musique et lui fera connaître ensuite des artistes comme Bram Van Velde et des écrivains comme Beckett. Michel Guy se forge peu à peu une réputation de "connaisseur", de grand amateur d’art contemporain, de spectacle vivant, de cinéma et de musique. Il crée le Festival d’Automne en 1971, qu’il dirigera ensuite jusqu’à sa mort en 1990 à soixante-trois ans, emporté par l’épidémie de sida à laquelle le monde de la culture a payé un lourd tribut.


Un action s'appuyant sur un fort engagement personnel

Son passage rue de Valois fut bref – de juin 1974 à août 1976, soit 24 mois – mais, sans connaissance ni de l’administration ni des arcanes du pouvoir et sans réel soutien politique, il mit en place une véritable politique, fort éloignée de l’image d’esthète élitiste et mondain qu’on lui prêtait. Le sous-titre de l’ouvrage, "un innovateur méconnu", souligne le caractère audacieux, volontariste et souvent visionnaire de certaines de ses orientations. Michel Guy a fondé sa politique sur des engagements personnels et des intuitions fortes : une volonté de démocratiser l’accès à l’art, une conviction du rôle essentiel des collectivités territoriales - notamment les villes -, la nécessité d’ouvrir les institutions publiques à de nouvelles formes artistiques et le choix d’équilibrer l’action en direction de la création et du patrimoine.

Sa politique de démocratisation s’appuiera surtout sur un accroissement de l’offre artistique, particulièrement pour le spectacle vivant, en donnant une impulsion nouvelle à la diffusion, avec la création de l’Office National de Diffusion Artistique (ONDA), organisme qui existe encore aujourd’hui et qui a fait la preuve de son utilité. Il souhaite également impliquer la télévision dans la retransmission des représentations d’opéras ou des pièces de théâtre en prime time : il obligera les chaînes publiques à en diffuser au moins cinq par an. En revanche, autodidacte comme Malraux, il ne s’intéresse guère à la question de l’éducation artistique et culturelle à l’école et néglige l’éducation populaire, persuadé comme son illustre prédécesseur que l’art ne s’apprend pas mais s’éprouve. Ici résident les limites de son action en matière de démocratisation.


Naissance d'un dialogue entre le ministère de la culture et les collectivités territoriales

Le dialogue fructueux qu’il a noué avec les collectivités territoriales constitue une réelle innovation. Il est en effet persuadé qu’elles pourront agir dans certains domaines de manière plus efficace que l’administration centrale. Prenant une fois de plus le microcosme parisien à contre-pied, il ne va cesser de fréquenter les élus locaux et d’être à leur écoute. Il sillonne le pays pour connaître les militants de l’action culturelle et l'auteure souligne à juste titre qu'il reprend à son compte l’idée d’une contractualisation entre le ministère et les collectivités territoriales, idée développée par des cercles d’élus de gauche : il crée ainsi les chartes culturelles, qui visent à développer des projets structurants, aussi bien en matière d’équipements qu’en matière d’actions nouvelles. La première sera signée avec une ville dirigée par un maire socialiste, Hubert Dubedout, à la politique culturelle innovante : Grenoble. Suivront une dizaine d’autres villes (dont Lyon, Angers, Marseille, La Rochelle), deux départements (le Val d’Oise et l’Orne) et une région (l’Alsace). Jack Lang recyclera l’idée en créant les conventions de développement culturel au début des années quatre-vingt.

Michel Guy était surtout connu pour son intérêt passionné pour la création, mais il n’a pas négligé pour autant le patrimoine : Michèle Dardy-Cretin démontre cette volonté d’équilibre. En matière de création, il utilise son pouvoir de nomination pour soutenir de jeunes artistes, notamment des metteurs en scène à qui il confie la direction de centres dramatiques nationaux, dont certains ont moins de trente ans. Les crédits pour les compagnies théâtrales sont multipliés par deux. Il peut ainsi accroître le soutien aux Mnouchkine, Arias, Lavelli, qui commencent à l’époque leur brillante carrière. En matière de cinéma, il va presque doubler les crédits de l’avance sur recettes. Ce que l’on connaît moins, c’est l’obligation que Michel Guy impose aux télévisions publiques de soutenir le cinéma, mesure qui sera amplifiée par les ministres suivants. L’ouvrage retrace les patientes négociations entreprises avec les chaînes, et l’amorce d’une politique globale pour soutenir un art alors menacé par la vague pornographique. Michel Guy fut également le créateur de la Direction du Livre, en rattachant la lecture publique, dépendant alors du ministère de l’Education Nationale, au ministère de la culture, suscitant des résistances de la part des professionnels. Là encore, il amorce une réelle politique prenant en compte l’ensemble de la chaîne du livre,  en multipliant presque par trois la subvention au Centre National du Livre et en créant la taxe sur la reprographie. Il élabore également les premiers éléments d’une politique pour la photographie en annonçant la création d’un centre national de la photographie. La danse contemporaine, pour laquelle il éprouvait une véritable passion, connaît elle aussi des mesures favorables mais limitées, compte tenu des faibles marges budgétaires dont il disposait. Dans le domaine du patrimoine, une des actions majeures et très emblématiques de Michel Guy fut d’inscrire une centaine de centre-villes au titre des sites protégés, pour lutter contre les phénomènes de bétonnisation qui sévissaient dans les villes françaises. Il entreprit également de faire protéger le patrimoine encore peu considéré des XIXème et XXème siècles, en luttant contre les résistances du corps des conservateurs.

En lisant ce livre très documenté, on est frappé par la multitude des initiatives – dont certaines fondatrices pour le ministère –, par l’énergie et la force de conviction déployée par ce ministre hors norme, parfois guidé par sa seule subjectivité, par ses goûts personnels et son amour sincère de l’art, mais néanmoins ouvert aux problématiques de la société d’alors. Il a eu l’intelligence de reprendre les idées fécondes qui émergeaient, il a perçu avec acuité les enjeux du monde culturel de l’époque pour construire un véritable projet pour le ministère de la Culture. Cette remarquable étude permet de rendre justice à l’action de celui qui fut, avec Jacques Duhamel, l’un des plus notables locataires de la rue de Valois pendant la période intermédiaire entre Malraux et Lang.
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