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Société

Loeil et le sexe. Sur l'exhibitionnisme

Couverture ouvrage

Julien Picquart
La Musardine , 160 pages

Regarder ou pas ?
[vendredi 21 dcembre 2007]
Une conception particulière de l'exhibitionnisme qui expose plus des convictions personnelles qu'une véritable argumentation fondée sur les sciences humaines.

"Je crois qu'il y a un immense plaisir sexuel à réprimer l'expression de l'exhibitionnisme chez l'autre et à le refouler en nous. On pourrait même dire que prohiber l'exhibitionnisme procure une jouissance sado-masochiste : contre nous-même et nos pulsions exhibitionnistes, contre l'exhibitionniste qui franchit la frontière qu'on s'est imposé de ne pas dépasser. Contre soi et contre l'autre : double plaisir, sadique et masochiste"  . Voilà l'une des nombreuses idées inattendues que l'on peut lire dans ce déroutant essai du journaliste Julien Picquart.


Problématique et méthode de recherche

En effet, il propose dans son introduction une approche de l'exhibition qui va bien au-delà du seul déballage du sexe à la sortie des écoles, image populaire de l'exhibitionniste. Il ouvre la voie à une réflexion questionnant le passage à la télévision du citoyen lambda, le rôle de la presse, de l'édition, la radio et internet qui sembleraient participer au jeu de l'exhibition. Ainsi, il écrit : "du sexe, encore et toujours. Rien que ça, tout le sexe sauf... celui qui sort du pantalon !"  . Et il y voit là un paradoxe entre la loi qui est répressive contre l'exhibition et la société qui l'encourage avec une "débauche médiatique de sexe", avant de conclure "dans la rue, on est coinçé. Dans les médias, c'est moins pervers. Peut-être. Peut-être pas, d'ailleurs !"  . Seulement, après ces quelques pages qui posent une problématique intéressante, le livre prend une toute autre direction. L'auteur avance alors des idées qui sont plus proches de l'opinion personnelle que d'une réflexion étayée par un travail de recherche de terrain ou théorique, ou encore une expérience clinique. La citation qui ouvrait notre texte en était un exemple parmi d'autres.

Ainsi, Julien Picquart nous propose des théories mal soutenues par une argumentation légère et une démonstration trop brève sur fond de grand déballage de citations qui donne parfois le sentiment que certains auteurs sont utilisés à contre-emploi. Sur une centaine de pages composant ce livre, nous avons plus de 120 citations de philosophes, anthropologues, sociologues, psychanalystes, sans compter celles du code pénal, des textes sacrés et d'oeuvres littéraires, poétiques et théâtrales. Trop souvent, elles servent davantage à légitimer des propos déconcertants qu'à les illustrer, propos qui, par ailleurs, peineraient peut-être à exister seuls.


La loi contre l'exhibitionnisme protège l'exhibitionniste

Suivons un fil conducteur parmi ceux qui parcourent le livre, revenons à cette jouissance sado-masochiste que Julien Picquart situe dans la prohibition de l'exhibitionnisme. Elle serait due à l'homme adulte hétérosexuel alors qu'il est précisément, selon ce que l'auteur dit tout en le réfutant, le profil type de l'exhibitionniste : un homme (pas une femme), adulte (pas un enfant) et hétérosexuel (pas un homosexuel)  . Et il ajoute que" c'est lui qui est préservé aux dépends des autres : femmes, jeunes, homosexuels"  . Ainsi, la loi ne servirait pas à protéger les femmes, les enfants ni les homosexuels, mais à protéger l'homme adulte hétérosexuel, c'est-à-dire un exhibitionniste que l'on pourrait dire inaccepté par lui-même.

Et si la loi ne sert pas à protéger les victimes, qu'en est-il du rapport entre exhibitionniste et l'enfant qui se voit infliger la vision d'un monsieur se masturbant sous son manteau à la sortie de l'école ? Et bien, Julien Picquart écrit "il ou elle a vu une bistouquette dans la rue ? Et alors ? Est-ce une catastrophe ?" (...) "L'exhibitionnisme ne donne lieu à un psychodrame que si on a sacralisé le sexe et sa vision. Sinon, il n'y a rien, absolument rien. Ou plus exactement, rien de plus qu'un zizi"  . Et il va même jusqu'à dire que le pervers n'est pas l'exhibitionniste mais "le parent qui persuade son enfant que la sexualité est une force obscure, un feu dangereux et qui le prive ainsi du rapport décomplexé que l'on peut avoir vis-à-vis du sexe"  .


Le traumatisme chez la victime : la faute aux parents, pas au monsieur qui montre sa "bistouquette"

Puis, il dénonce la "bêtise" et "l'inculture" parentale qui consistent à croire que l'exhibitionnisme représente une menace pour un enfant avant de nous donner les vraies raisons qui poussent papa et maman à protéger leur enfant de l'exhibitionniste. En effet, cette bête et inculte protection de l'enfant serait due à "la prise de conscience par le parent que son enfant aura un jour une sexualité avec des inconnus, des étrangers, avec l'Autre"   car la sexualité est exogame. Mais qu'entend-il exactement par "des inconnus" ? La sexualité selon Julien Picquart doit-elle se vivre avec des inconnus ? Et il ajoute que "l'exhibitionnisme à l'égard d'un mineur à ceci d'angoissant pour ses parents qu'il annonce le jour où leur enfant prendra son envol et eux un coup de vieux"  . Ce qu'il reformule juste après de cette façon : "La peur affichée de l'exhibitionnisme permet aux parents angoissés de masquer des craintes plus profondes : leur future rétrogradation dans les priorités de leur enfant, synonyme de leur inéluctable vieillissement"
.
Quant à sa vision de la victime de l'exhibitionniste, elle est celle d'une personne perverse, se refusant ce que s'autorise l'exhibitionniste qui est en face de lui, la victime devenant ainsi partenaire de l'exhibitionniste  . Cette vision est-elle également applicable à la fille ou au garçon de 8 ans qui sort de l'école primaire et qui aperçoit un monsieur se masturbant sous son manteau ?


De l'exhibitionnisme au voile, à Jésus etc

Mais nous aurions également pu prendre pour fil conducteur celui de la domination de la société par l'homme adulte hétérosexuel que Julien Picquart oppose à la femme, au mineur et à l'homosexuel. Eux, ils doivent pratiquer l'exhibitionnisme pour conquérir leur place dans la société. Ou encore une théorisation du voile chez la femme qu'il fait remonter à l'époque d'une tablette assyrienne datant de -1100 avant J-C  . D'ailleurs, Jésus aurait été crucifié sur une croix qui ne serait autre qu'une représentation phallique démesurée dans la droite lignée de celles des dieux péniens de l'Antiquité (p. 63). De même, par métonymie, précise-t-il, "montrer son sexe, c'est se prendre pour Dieu"  .

Toutes ces affirmations et bien d'autres encore peuvent ressembler aux conclusions d'un travail de recherche. L'usage de ces longues et abondantes citations de nombreux philosophes, anthropologues, sociologues, psychanalystes etc. amène parfois la confusion sur l'identité de l'auteur des lignes que nous lisons. Cet usage abondant de la citation semble vouloir légitimer et rendre scientifiques les propos tenus par l'auteur alors que, bien souvent, nous sommes déconcertés face à ses propos. Laissons donc à Julien Picquart sa vision particulière de l'exhibitionnisme, de l'homme adulte hétérosexuel, de la victime, de la femme, de l'enfant et de l'homosexuel. Regrettons simplement qu'il n'ait pas suivi la voie ouverte dans son introduction (prometteuse!)
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