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Politique

Zone interdite

Couverture ouvrage

Hakim Bey
L'Herne , 80 pages

D'une zone à l'autre
[dimanche 23 janvier 2011]


Un recueil de textes sur les modes de vie culturelles, politiques et économiques qui régulent l'être humain aujourd'hui.

Cinq pistes de résistance à l’État et au marché ?

Hakim Bey s'est rendu mondialement célèbre dans les milieux contre-culturels en publiant Zone d’autonomie temporaire  . Dans ce texte, il proposait de mettre en oeuvre des espaces de résistance autonomes et éphémères. Il ouvrait ainsi une voie qui entendait transformer immédiatement les modes de vie sans attendre une révolution globale devenue incertaine. Il a pu, en ce sens, être une référence du mouvement squat, des pionniers d’Internet et, plus généralement, de tout un milieu alternatif qui se retrouvait dans la mise en place d’expérimentations collectives libertaires refusant la dépendance à des pouvoirs publics institués. L’anarchisme dont se réclame Hakim Bey est un individualisme prônant un style de vie, une transformation de la vie quotidienne ; un anarchisme qui trouve sa source chez Nietzsche, dans les milieux libres individualistes de la Belle époque, les communautés des années 1960-70 ou dans le situationnisme.

Dans cette série de petits textes que publient les éditions de l'Herne, Hakim Bey poursuit sa réflexion sur la mise en place de possibles alternatives transformant les modes de vie des êtres humains. Ce sont ici cinq textes qui proposent cinq voies différentes, cinq pistes de résistance au capitalisme et à ses gardiens.

Une première perspective, la "zone d'autonomie périodique" (qui s’inscrit entre la zone d'autonomie temporaire et la zone d'autonomie permanente), trouve son modèle dans la transhumance, cette forme de nomadisme (Deleuze et Guattari) pendulaire au sein d’une existence sédentaire et salariée. Bey prend notamment pour modèle le mouvement des camps d'été qui, dans l'Amérique des années 1920-1930, s’inspirait de divers courants radicaux et progressistes tels que le naturisme ou l’anarchisme. 

La zone d'autonomie périodique permet à tout individu inséré dans la société actuelle et qui ne se sent pas la hardiesse de rompre avec l’ensemble du mode de vie de la société de consommation, d'expérimenter au cours de ses vacances une certaine autonomie : "Le camp d’été n'est pas illégal, et si votre groupe peut fournir les garanties d'assurance, pourquoi ne pas vous glisser dans un archétype déjà existant ?  […] Le partage des frais rend cela possible, et cela en fait également une aventure de communication et de mutualisme accrus"  . On peut noter que les milieux militants contre-culturels offrent déjà nombre d'expériences de ce type. Les rencontres d'été de l'association des amis de la revue Silence ! ou l’Université d'été euroméditérranennes homosexualités (UEEH) en sont autant d’exemples.

 

La seconde voie envisagée - "Lascaux" - prend le paléolithique et les tribus de chasseurs cueilleurs pour modèles. Le paléolithique est cette période de l'histoire de l'humanité qui se situe avant la sédentarisation et l'agriculture. Cette voie porte en-elle une forte critique de la technique et plonge ses racines dans l'anti-technicisme de l'anarcho-primitivisme de John Zerzan et dans cet anti-industrialisme situationniste qu’a notamment illustré l'Encyclopédie des nuisances.

 

La troisième voie d'expérimentation possible que dessine Hakim Bey prend forme dans ce qu'il nomme l’"immédiatisme". Cette dernière notion désigne, pour l'auteur, la capacité à nous rendre présent à nos actions sans médiation. On distingue ici une critique du spectacle (Debord) et de la vitesse (Virilio). Cette contestation recouvre également celle du travail ; le travail comme médiation par laquelle l'humanité transforme la nature, mais surtout comme médiation instituée socialement entre l'individu et les objets de son désir. L'immédiatisme conduit, pour Hakim Bey, à la clandestinité et l'insurrectionalisme dans la mesure où tout ce qui est source de plaisir tend à être classé comme illégal dans nos sociétés.

 

La quatrième expérience existentielle décrite par Bey est celle de "l'amour-obsession". Dans la société capitaliste tout se passe, selon l'auteur, comme si l'objet du désir amoureux se transformait en marchandise parfaite, sujette à la "possession". Face à cette situation, deux voies se sont dessinées : l’amour-fou des surréalistes et l’amour-amitié proposé par l'anarchiste individualiste John Henry Mackay : "Mackay réclame un éros apollinien, les surréalistes optent bien entendu pour l'obsessionnel et dangereux Dionysos. Mais dans les deux cas, ils se révoltent contre la romance"  . Bey avoue pour sa part son incapacité à l’amour-fou et sa préférence pour la conception de MacKay, plus païenne et conviviale.

 

La dernière perspective dessinée est celle de "la zone interdite". Cette dernière notion peut être rapprochée en français de la "zone de non-droit". Hakim Bey dessine ici un avenir cyberpunk du capitalisme : "L'Etat, en tant que dernier lieu spectaculaire du monde de la simulation, sera forcé de pratiquer le triage social, et de laisser échapper à un contrôle réel des zones, qui tomberont en dessous d'un niveau suffisant de participation au discours vide"  . Se pose alors la question de l'avenir de ces zones interdites : vont-elles sombrer dans le fascisme ? Dans le micro-nationalisme ? Ou peuvent-elles devenir des zones d'autonomie temporaires, voire des zones d'autonomie permanentes ? On peut d’ailleurs regretter que Bey ne développe pas plus ce processus de transformation, qu’il n’en dévoile pas les mécanismes  . Cette transformation de la zone interdite en zone d'autonomie relève peut être de la romance, mais cette dernière est au moins, selon l'auteur, ce qui permet de triompher du désespoir. 

 

Hakim Bey poursuit donc, autour de la notion de "zone d’autonomie", l’exploration de territoires qui se situent entre l'imagination littéraire et les exercices spirituels. Cette attention accordée aux dimensions culturelles de l'émancipation constitue certainement un des aspects de la libération  , mais elle ne saurait en recouvrir tous les éléments. Elle se confondrait alors avec une forme de retrait du monde comparable à ce que peuvent vivre les membres de certaines communautés monastiques. Il nous semble que si l’expérimentation de modes de vie alternatifs ici et maintenant est nécessaire, elle doit se coupler à un engagement qui, tout en étant une expérience existentielle, vise à transformer les structures économiques et les institutions politiques des sociétés actuelles.

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3 commentaires

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Theo

27/01/11 11:11
Cher Irène
Ok...bon le bouquin de Bey c'est vraiment de la soupe bobo pour qui est dans les rapports d'exploitation au quotidien. Je tiens à te signaler que le think tank social démocrate non-ficiton (voir la collaboration avec la fondation Jean-Jaurès qui fait la promotion des grand penseurs mous de gôche mais bien dur social-liberaux) a censuré ma critique du livre de Montebourg...à toi chosir camarade.
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Rdaction@Theo

27/01/11 12:02
Nonfiction.fr n'est n'est pas un think tank social-démocrate, mais un portail de critiques de livres et de débat d'idées, à gauche et d'esprit pluraliste. C'est pourquoi nos rédacteurs correspondent à un éventail de sensibilités politiques aussi diverses.

Votre commentaire sur le livre d'Arnaud Montebourg a été supprimé par erreur, nous vous invitons à le publier à nouveau.

Bien cordialement
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theo

28/01/11 21:16
RE censuré...sur Peillon en première page...et dans mon précédent post qui répondait à votre censure...
A lire aussi dans nos archives...
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