Second portrait  d'une personnalité du monde intellectuel encore peu connue du grand public, Yves Cusset dévoile pour nonfiction.fr les secrets de sa double vie de comédien et de philosophe.

 

Si, comme le soutient Renaud Barbaras "l’âme du rire est médecine du corps" , Yves Cusset est sans conteste un grand thérapeute. Prescripteurs de remèdes aussi efficaces qu'irrésistibles, ses livres et ses spectacles s'apparentent à une piqûre de rappel contre notre tendance "naturelle" et humaine - trop humaine aurait dit Nietzsche - à verser dans le conservatisme et "l’idéologie de droite".

Philosophe et humoriste, ce trentenaire à la mine joyeuse et à la plaisanterie facile prend ouvertement plaisir à décloisonner des genres et des modes d’expression en apparence irréconciliables. Janus des temps modernes, il expose alors deux facettes de sa vie, à ses yeux complémentaires.

D'un côté, c'est un normalien, agrégé et docteur de philosophie qui se présente à nous en revenant sur ses recherches en philosophie politique ; notamment celles qui, dans Prendre sa part de la misère du monde, analysent la délicate question de l'accueil des étrangers. Partant du double constat que l'accueil des étrangers est nécessaire du point de vue de l'éthique mais "impossible" du point de vue de la politique, Yves Cusset tente de déployer un nouveau paradigme de pensée au sein duquel l'Autre ne serait pas tant un problème qu'une solution face à nos penchants identitaires.

De l'autre côté, on découvre un vrai comédien, qui fit ses premières armes humoristiques à 14 ans sur les planches du café-théâtre le Point Virgule, et qui, depuis, n'hésite pas à troquer sa tenue de professeur de l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) de Créteil pour un sobre (mais sans doute confortable) costume de scène. Il joue alors pendant un peu plus d’une heure, un solo philosophique, intitulé Manuel d'engagement politique à l'usage des mammifères doués de raison et autres hominidés un peu moins doués, qui détonne tant par son originalité – eu égard à la profusion actuelle de one-man-shows mi-nombrilistes, mi-vulgaires – que par l’engagement politique qu’il inspire plus ou moins indirectement. Si le philosophe en/de formation se plaît à retrouver des références qu’il a d’abord rencontrées sur les bancs de l’université, le novice ne manque pas, pour sa part, d’apprécier les torsions et autres jeux de langage qui pimentent un texte à la fois drôle et engagé.

Amis de droite sans grande appétence pour l'auto-dérision, vous abstenir ! 

 

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Références bibliographiques :

- Yves Cusset, Prendre sa part de la misère du monde, éditions de la Transparence, mai 2010.

- Yves Cusset, Habermas et Foucault. Parcours croisés, Confrontations critiques, CNRS éditions, 2008.

Et théâtrales :

Manuel d'engagement politique à l'usage des mammifères doués de raison et autres hominidés un peu moins doués

(jusqu'au 23 décembre, au théâtre de Ménilmontant du jeudi au samedi à 19h30 et le dimanche à 16h30).

- Rien ne sert d'exister (2008-2009).