<p>Entre un guide de pr&eacute;sentation des &eacute;quipes et un ouvrage de g&eacute;opolitique, les auteurs n&rsquo;ont pas trouv&eacute; la bonne approche, et penchent clairement vers une pr&eacute;sentation m&eacute;diatique de &quot;la Coupe du monde pour les nuls&quot;.</p>

Quatre : c’est le nombre de livres que Pascal Boniface, géopolitologue spécialiste du football et directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, a écrit sur ce sport depuis février 2010, dont un livre justifiant la main de Thierry Henry lors du match contre l’Irlande et une nouvelle édition de Football et mondialisation paru pour la première fois en 2006 quelques mois avant la Coupe du monde en Allemagne... Celui-ci, La Coupe du Monde dans tous ses Etats…, écrit avec Hervé Mathoux, présentateur et rédacteur en chef du Canal Football Club sur Canal +, "retrace les liens entre le football et l’histoire de chacun des 32 pays qualifiés" comme l’indique la quatrième de couverture.

Avant de s’atteler à la présentation des trente-deux nations qualifiées pour la Coupe du Monde 2010, les auteurs exposent leurs motivations pour un tel livre. "Une Coupe du Monde, outre l’événement sportif que cela représente, c’est aussi un événement diplomatique de rang mondial"   : il paraissait donc nécessaire pour les deux auteurs de montrer comment le football est révélateur de notre époque et de la mondialisation. Le "modèle unique" du football s’est développé à travers le monde avec la circulation renforcée des joueurs et des entraîneurs et il y a de moins en moins de spécificités nationales. Pascal Boniface et Hervé Mathoux défendent cependant l’idée que le football garde des spécificités nationales propres à chaque équipe.

Trente-deux articles pour trente-deux équipes

L’objectif de cet ouvrage est donc de présenter toutes les équipes du Mondial en exposant d’une part l’histoire du football dans chaque pays et son empreinte sur la culture nationale et d’autre part certaines anecdotes, allant de la présentation de l’hymne national à l’explication des surnoms attribués à chaque équipe en passant par les maillots : que veut dire "Bafana Bafana" sud-africains, pourquoi les Néerlandais jouent-ils en orange et les Néo-Zélandais en blanc ? Les réponses à ces questions illustrent souvent l’importance, ou non, du football dans la communauté nationale et son lien avec l’histoire de chaque pays. Mais ces informations restent trop superficielles, sachant que les journalistes ne manqueront pas de nous les commenter en détail à chaque match…
 
Une histoire est certes présentée dans les cinq pages en moyenne consacrées à chaque pays (dix pour la France). Mais si une ou deux pages auraient suffi pour présenter certaines équipes, d’autres auraient mérité plus d’attention. L’article sur la Côte d’Ivoire est par exemple relativement intéressant : il explique bien comment l’équipe ivoirienne, interethnique et interreligieuse, a œuvré pour la paix dans un pays miné par les rivalités politiques, ethniques et religieuses.

L’article sur l’Afrique du Sud aurait pu être étoffé. Les auteurs rappellent bien que le pays fut absent des grandes compétitions internationales de 1955 à 1992 en raison du boycott par la communauté internationale du pays de l’apartheid mais ils n’évoquent pas assez la présence même de l’apartheid dans le football. Des championnats séparés existaient en effet pour les Blancs d’un côté et les Noirs et métisses d’un autre. L’opposition entre rugby, sport des Blancs, et football, sport des Noirs est évoquée, mais elle aurait gagnée à être développée plus en profondeur.

Trop d’importance pour le football ?

Pascal Boniface et Hervé Mathoux, tous deux fans inconditionnels de football, exposent avant tout une vision très positive de ce sport ; celui-ci serait, selon eux, synonyme de liberté et de développement politique et social. Ils rappellent comment le football a été "souvent le dernier espace de liberté, de créativité" dans des Etats dictatoriaux : "L’histoire du Brésil, de l’Espagne, du Mexique, de certains pays africains ou encore de l’Iran montre des régimes autoritaires dans lesquels le seul endroit où l’on peut manifester son opposition au régime, c’est le stade"  . Au contraire, les auteurs critiquent "toute une école de pseudo-sociologues (…) qui pense que les dictatures utilisent le sport, comme ce fut le cas lors des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin". Ils ignorent ainsi tout un courant d’étude du sport, pas uniquement le football, qui analyse comment des régimes, dictatoriaux ou démocratiques, ont utilisé, ou utilisent, le sport pour démontrer leur puissance politique et culturelle.

Pascal Boniface et Hervé Mathoux défendent également l’idée selon laquelle le sport est un lieu où les inégalités s’effacent puisque seules les capacités physiques comptent : "c’est le côté démocratique du sport. Les résultats ne sont pas dictés par le PNB, par le nombre d’armes nucléaires ou par la taille d’une armée"  . Au regard du classement des nations après les Jeux Olympiques de Pékin en 2008, il semble au contraire que sport et pouvoir économique vont de pair : les cinq premières nations sont la Chine, les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, toutes membres du G20…

Certains passages du livre nous apportent donc des anecdotes intéressantes pour comprendre le rôle politique et social que le football a pu prendre dans certains pays. Cependant, cet ouvrage reste trop détaillé pour être une présentation simple des équipes et des nations comme on pourra en trouver dans de nombreux magazines et, au contraire, trop court pour expliquer tous les enjeux tant politiques qu’économiques d’une compétition internationale aussi importante médiatiquement et financièrement que la Coupe du monde de football.

Une mise en perspective critique aurait également été importante, surtout venant du "spécialiste" français de la géopolitique du football. Le côté journalistique semble donc l’avoir emporté sur une véritable analyse détaillée et neutre des conséquences d’un tel évènement#nf#

 

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