Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
"Bah, c’est qu’un jeu quoi ! Y a pas de quoi en faire un plat et d’abord c’est celui qui dit qui y est", voilà résumé en deux phrases, le propos de Pascal Boniface… en essayant de s’adapter à son niveau d’expression. Le grand spécialiste de la "géopolitique du sport", tel qu’il est présenté en quatrième de couverture, a consacré un livre – disons un ensemble de feuillets imprimés recto-verso et reliés entre eux – à défendre et justifier la tricherie d’un joueur de l’équipe de France de football. Ce joueur, Thierry Henry, a clairement contrôlé un ballon avec la main pour faire une passe décisive qui a permis d’envoyer son équipe en Afrique du Sud jouer la Coupe du monde, à la place des adversaires irlandais. Après le but, ce fut l’explosion de joie et certains osèrent qualifier d’immorale cette victoire… Quel mal leur en prit !
Un florilège de critiques… contre les critiques !
Plutôt que de répondre aux critiques exprimées, l’auteur qui est aussi secrétaire de la Fondation du football, récuse les reproches par des attaques ad hominem des plus viles. Dès l’introduction, il annonce au sujet de cette tricherie : "Ce geste a été condamné par des personnalités dont pourtant chaque instant de la vie n’est pas exemplaire, qui ne sont pas toujours à la pointe de l’arbitrage des élégances, dont la pureté morale [sic] comporte des zones d’ombre". Voilà qui a le mérite de la clarté, le lecteur saura à quoi s’en tenir. Et attention, à la Fondation du football, on s’y connaît en "valeurs fondamentales" puisque selon la page dédiée, la mission de cette fondation "est de promouvoir les comportements responsables, de renforcer le lien social en s’appuyant sur les valeurs fondamentales du football et de donner au football les moyens de jouer pleinement son rôle social, éducatif et citoyen.". Aussi, la fin de l’introduction est claire, il s’agira d’attaquer tous ceux qui, après cette qualification, ne sont que les "nombreux postulants au mondial de la connerie" .
Quels sont ces postulants ? Et bien Boniface nous gratifie d’abord d’une fine analyse des émissions de Christophe Dechavanne pour conclure qu’il n’avait pas les galons nécessaires pour critiquer son héros. Au suivant ! Concernant Jacques Attali (en ouverture du chapitre IV), si l’auteur reconnaît pourtant en lui "un peu le Thierry Henry ou le Zidane de la pensée" , on apprend que ses tarifs de conférenciers sont trop élevés et qu’il s’est livré au plagiat. Exit donc les critiques de ce "Zidane de la pensée". Et Finkielkraut alors, qui ouvre lui le chapitre suivant ? Et bien c’est "un grand philosophe, un très grand même", mais ses propos de 2005 dans le quotidien israélien Haaretz sur "l’équipe black, black, black" le disqualifient à jamais.
Passez votre chemin si vous cherchez des arguments. Le lecteur a certes le droit à quelques pages où l’auteur se demande pourquoi personne ne s’en prend plutôt à Johnny Hallyday qui "a obtenu des passe-droits pour adopter un enfant" ou à Gérard Depardieu dont le comportement "n’a rien d’un modèle pour l’édification des foules" … et c’est à peu près tout. On est bien dans le registre de l’émotion et ce Zola de la baballe explique à l’avant-dernière page : "j’ai écrit ce cri du cœur". Et c’est bien connu, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas… du tout !
11 commentaires
BERTRAND
Valérie
jyl
Alex
je ne suis pas vraiment fan, habituellement, du travail de Monsieur Boniface, qui se laisse trop souvent aller à la passion, au militantisme, et à la subjectivité, alors que je préférerais davantage de rigueur et de mesure de la part du scientifique qu'il est aussi (bien que par cette voie il se ferait sans doute moins entendre).
Toutefois, lui faire un tel procès en intelligence (et même en probité), avec des arguments (?) aussi vides (pour rester poli), ça ne peut que le remettre en valeur, par comparaison.
M. Segal, vous m'avez rendu le propos M. Boniface beaucoup plus intéressant que je ne le trouvais initialement. En ce qui me concerne, c'est ce qu'on appelle un effet boomerang.
Cdlt
Marc S.