Philosophie

Je t'aide... moi non plus. Biologique, comportemental ou psychologique : l'altruisme dans tous ses états.

Couverture ouvrage

Christine Clavien
Vuibert , 192 pages

De l'intérêt d'être altruiste
[vendredi 07 mai 2010]


Un ouvrage qui fait la synthèse des recherches scientifiques sur ce phénomène aux multiples facettes qu'est l'altruisme.

Dans cet ouvrage, Christine Clavien   nous offre une brillante présentation des différentes approches scientifiques de l’altruisme. Le livre se divise en trois grandes parties, qui correspondent à trois définitions différentes de l’altruisme. L’objectif de l’auteur est, tout en faisant les distinctions qui s’imposent, de montrer comment ces trois concepts différents s’articulent pour nous permettre de parvenir à un tableau complet de ce phénomène complexe qu’est l’altruisme.

 

L’altruisme biologique

Les sciences biologiques abordent la question de l’altruisme en s’intéressant à ce que l’auteur appelle l’altruisme biologique. La théorie de l’évolution nous enseigne en effet que la sélection naturelle favorise la diffusion des traits portés par les individus les plus aptes, c’est-à-dire ceux dont la fitness est la plus élevée. Au sens classique, la fitness d’un individu est une mesure relative aux autres individus dans la compétition de la viabilité et de la fécondité de cet individu, c’est-à-dire de capacité à survivre le plus longtemps possible et à générer une descendance la plus grande possible. Au sens biologique, un individu "altruiste" est un individu dont le comportement augmente la fitness d’autres individus aux dépens de la sienne propre. 

À première vue, il semble que la théorie de l’évolution devrait prédire que les individus altruistes sont rapidement éliminés : ils sont désavantagés face aux individus égoïstes qui ne gaspillent pas leur fitness pour le bien des autres. Et pourtant, il semble que des cas de comportements altruistes existent dans le monde animal. Les abeilles, par exemple, semblent se sacrifier pour permettre à leur seule reine de se reproduire. Cela signifie-t-il que la théorie de l’évolution est incapable de rendre compte de ces cas et est mise en difficulté par la seule existence de l’altruisme dans le monde biologique ?

Le premier chapitre du livre est consacré à apporter une réponse négative à cette question : il existe de nombreuses façons dont la théorie de l’évolution peut intégrer et expliquer l’existence de comportements altruistes. Quatre grandes façons sont présentées par l’auteur.

La première est la sélection de parentèle. Pour bien comprendre de quoi il s’agit, il convient de renoncer à l’idée selon laquelle ce sont les individus qui sont sélectionnés par l’évolution : il faut au contraire adopter ce que certains théoriciens appellent "le point de vue du gène". Un "gène" codant pour un comportement "altruiste"   peut se répandre dans la population si les individus qu’il favorise sont porteurs de ce même gène. Autrement dit : dans ces cas, le gène "s’aide" lui-même. Il peut ainsi être "avantageux" à la reproduction de ses gènes qu'un individu se sacrifie pour des individus qui lui sont génétiquement apparentés, si cela permet la survie d’un plus grand nombre de copies des gènes dont il est porteur. Ces considérations ont conduit les biologistes à forger le concept de fitness inclusive qui, contrairement à la fitness classique, intègre les effets du comportement de l’individu sur la viabilité et la fécondité d’individus génétiquement apparentés.

La deuxième façon d’expliquer l’altruisme biologique fait appel à ce que l’on appelle la réciprocité directe. Il s’agit de cas dans lesquels un comportement altruiste (au sens biologique) est profitable à l’individu parce qu’il peut attendre que l’on se comporte envers lui de façon altruiste en retour (c’est du "donnant-donnant"). Mais pour que de telles interactions soient possibles, certaines conditions doivent être remplies : il faut que les individus évitent de se faire exploiter par des "tricheurs" qui reçoivent des services sans rien donner en retour. Pour cela, l’une des meilleures stratégies semble consister à être capable de se souvenir d’interactions passées et des individus qui y ont pris part afin de ne plus interagir avec lesdits "tricheurs".




Une troisième façon d’expliquer l’altruisme biologique est la théorie du signal coûteux. Cette théorie s’applique aux cas dans lesquels les actions altruistes s’avèrent être (en moyenne) une stratégie payante parce qu’elles exercent une fonction de publicité qui augmente les chances qu’a l’individu d’intégrer certains groupes sociaux. Être altruiste permet ainsi de bénéficier des fruits de la collaboration ainsi que de monter dans la hiérarchie du groupe.

Une quatrième et dernière façon d’expliquer l’altruisme biologique est d’en appeler à la sélection de groupe, c’est-à-dire selon laquelle les groupes constituent eux aussi des unités de sélection. Ainsi le nombre d’altruistes augmenterait parce que, bien qu’au sein des groupes les égoïstes soient mieux partis que les altruistes, cela n’empêche pas qu’un groupe contenant des altruistes aura plus de chance de survivre que les autres. L’auteur fournit néanmoins de sérieuses raisons de douter de ce type d’explication, qu’il serait trop long d’exposer ici.

De ces quatre possibilités, seuls la sélection de parentèle et la sélection de groupe sont de véritables formes d'altruisme biologique (au sens où nous avons défini cette notion) car, dans les cas de réciprocité indirecte ou de signal honnête, l'individu a de grandes chances de "s'y retrouver". Au final, ce chapitre introduit rigoureusement aux divers outils utilisés par les sciences biologiques pour comprendre l’évolution de l’altruisme, que ce soit la théorie des jeux ou la simulation informatique.


Altruisme comportemental

Le deuxième chapitre s’intéresse à ce que l’auteur appelle "l’altruisme comportemental" et qu’elle définit de la manière suivante : un comportement peut être dit altruiste au sens comportemental "s’il coûte à l’agent, profite à d’autres personnes ou à la communauté en général et si l’agent ne peut pas espérer un retour de bénéfice ultérieur"  . Ce type de comportements est étudié par les économistes expérimentaux. Son existence est attestée par le comportements des individus lors de différents jeux économiques. Lors de ces jeux, nombreux sont les joueurs qui ne se comportent pas de façon purement égoïste mais qui sont prêts à donner une part de leurs bénéfices aux autres   où à dépenser de l’argent pour infliger une punition à un tricheur qui a grugé une autre personne qu’eux et avec lequel ils n’interagiront pourtant jamais  . L’existence de ces comportements permet de remettre en cause la théorie économique néoclassique selon laquelle l’homme, pensé selon le modèle de homo oeconomicus, ne cherche qu’à maximiser ses intérêts.

Alors que la première moitié de ce chapitre se tourne vers l’économie expérimentale pour prouver la réalité de l’altruisme comportemental, la seconde moitié revient à des questions d’évolutions pour s’interroger sur ce qui en a permis l’émergence au cours de l’histoire de notre espèce. L’auteur conclut que les comportements d’aide peuvent évoluer si au moins une des trois conditions suivantes est réalisée : (i) l’agent tire un bénéfice direct de son action, (ii) l’action produit une information sur le caractère coopératif de l’agent qui favorisera par la suite les relations de réciprocité et (iii) il y a une haute probabilité d’interactions entre individus qui ont une propension à aider.

Cette recherche des bases évolutives du comportement altruiste est d’ailleurs l’occasion d’un plaidoyer pour l’intégration de considérations évolutives dans l’étude des cultures et des comportements humains. Contre ceux qui (comme par exemple Patrick Tort) considèrent que la culture humaine rompt avec l’évolution et plaident pour l’idée de "singularité humaine", l’auteur montre que notre compréhension de ce que nous sommes ne saurait se passer du "point de vue de l’évolution". Certes, le contenu des cultures n’est pas génétiquement déterminé, mais les facultés qui rendent possibles la culture sont le fruit de l’évolution. Et les spécificités de ces facultés influent sur la forme de nos cultures.




Altruisme psychologique

Le troisième et dernier chapitre est consacré à l’altruisme psychologique, c’est-à-dire à ce que nous appelons couramment altruiste car, dans le langage de tous les jours, être altruiste ne consiste pas seulement à faire le bien d’autrui, mais à le faire de façon désintéressée. Ainsi, alors que l’altruisme biologique et comportemental étaient définis uniquement en fonction de leurs effets, l’altruisme psychologique nous conduit à nous interroger sur les motifs et les motivations des agents. Plus précisément, l’auteur donne la définition suivante de l’altruisme psychologique : "une action est dite altruiste si elle est le résultat d’une motivation dirigée vers les intérêts et le bien-être d’autrui (et non vers les propres intérêts et bien-être de l’agent)"  .

La question fondamentale que l’on peut poser au sujet de l’altruisme psychologique est celle de son existence : existe-t-il véritablement des actions auxquelles s’appliqueraient cette définition ? Le camp du "oui" et le camp du "non" s’opposent sur la réponse à donner à cette question, tant chez les philosophes que chez les psychologues, qui rivalisent d’ingéniosité pour trouver un dispositif expérimental susceptible de trancher le débat.

Traditionnellement, le débat se concentre sur la nature des motifs ultimes qui sont à la source de nos actions. Ceux qui pensent que l’altruisme psychologique existe soutiennent que nous pouvons agir avec comme motif ultime le désir d’aider autrui, tandis que ceux qui nient son existence supposent qu’en définitive nous aidons toujours les autres pour satisfaire un désir orienté vers notre propre bien-être. Par exemple, tandis que les premiers diront que j’aide quelqu’un qui souffre parce que j’ai un désir de l’aider qui ne se base sur aucun autre désir, les seconds diront que ce désir d’aider autrui n’est qu’un désir instrumental découlant du fait que la souffrance d’autrui m’est pénible et que je veux avant tout faire cesser ce sentiment désagréable.

L’auteur passe en revue les arguments qui ont été avancés par les deux camps et en conclut que la controverse est peut-être mal formulée. Selon elle, plutôt que de nous intéresser aux motifs des agents, nous devrions nous tourner vers leurs motivations. Toute motivation n’est pas nécessairement un motif – elle peut aussi être, entre autres, une émotion. Par exemple, quelqu’un peut être motivé par sa peur des chiens du voisinage à choisir un chemin plutôt qu’un autre pour rentrer chez lui  . Ainsi, pour répondre à la question de l’existence de l’altruisme psychologique, il ne faut pas se limiter aux seuls motifs mais à toutes les sortes de motivations en général.

Or, il semble qu’il existe des motivations altruistes puisque certaines de nos émotions semblent être dirigées vers le bien-être d’autrui, telles l’amour et la compassion. Elles sont altruistes parce que ce qui les déclenche (leur input) est une modification du bien-être d’autrui et pas du nôtre. À cela, le sceptique peut répondre que nous n’en savons rien : peut-être ces émotions prennent-elles en compte nos intérêts. Contre cette objection, l’auteur propose un argument évolutionniste : si ces émotions ont évolué pour nous pousser à aider autrui, elles ont plus de chances de remplir leur rôle en nous intéressant directement au bien-être d’autrui plutôt qu’au nôtre. Il serait étrange que nous ayons évolué de façon différente.




Non content de présenter en détail les trois types d’altruismes, l’auteur propose aussi une théorie de leurs rapports. L’étude de l’altruisme biologique permet d’expliquer l’évolution de l’altruisme comportemental et des comportements d’aide. Mais les gènes ne codent pas directement pour des actions, mais pour des dispositions à agir. L’altruisme psychologique vient ainsi combler le fossé entre altruisme biologique et altruisme comportemental : nous agissons de manière altruiste parce que nous avons des motivations altruistes (cause proximale) qui se sont développées au cours de l’évolution (cause ultime).

Cet ouvrage constitue ainsi une excellente synthèse des recherches scientifiques sur l’altruisme, auxquelles il fournit un cadre et des distinctions nécessaires, tout en articulant soigneusement les contributions de chaque discipline. Sans doute une lecture incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à ce qui fait de l’homme cet "animal moral" pas forcément si contre-nature que ça.

 

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- Dossier "Do you care ?"

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16 commentaires

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Sylvain Reboul

08/05/10 16:22
Qu'il y ait des motivations altruistes n'implique en rien que ces motivations soient totalement désintéressées, au sens de la conscience positive de soi que l'on gagne dans un groupe X ou Y à les satisfaire.

Ce que l'on appelle la dignité ou l'estime de soi sont toujours présentes sur le plan psychologique et que cela soit biologiquement et socialement déterminé est une constatation que l'on peut faire dans toutes les cultures, dès lors que l'on se pose la question de savoir qui dans ou hors du groupe de référence qui nous renvoie une image positive ou négative de nous même bénéficie ou non de ce comportement altruiste préparé par l'évolution.

Relire à ce sujet Hegel: "la phénoménologie de l'esprit": Le désir et lutte pour la reconnaissance
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Florian Cova

08/05/10 16:40
Il me semble y avoir un défaut dans votre argument (visible même sans avoir relu, ou même lu, Hegel). Vous commencez par constater :

1) Que toute action "altruiste" nous fournit une conscience positive de nous-mêmes (la dignité ou l'estime de soi).

Admettons. Il y a effectivement de bonnes raisons de penser que ce sont là des phénomènes très répandus. Mais on ne peut pas passer de 1 à la conclusion que vous mettez en avant :

2) Il n'y a pas d'actions dont les motivations soient purement désintéressés.

En effet pour passer de 1 à 2, il manque la prémisse suivante :

3) Une action altruiste est toujours entreprise avec, en vue, la conscience positive de nous-mêmes qu'elle peut nous fournir.

Autrement dit, pour parvenir à votre conclusion, il ne suffit pas de montrer que tout action altruiste bénéficie à son agent : il faut montrer que tout agent est motivé (au moins en partie) par ce bénéfice, ce que ne nous apprend pas l'universalité de phénomènes comme la dignité ou l'estime de soi.
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Sylvain Reboul

08/05/10 19:15
Vous m'avez trop vite lu: je commence par une affirmation négative et non pas positive ("n'implique pas") car en effet une motivation (émotion) altruiste peut-être et non pas est certainement intéressée. cel me suffit pour monter que toute motivation altruiste n'est pas nécessairement intéressée comme semble le penser l'auteur; il lui faudrait monter en quoi cette motivation est toujours indépendante de celle de la reconnaissance de soi (au sens hégelien ou de La Rochefoucault).

Mais en effet je pense que il n'est pas possible d'éprouver une émotion altruiste sans se mettre moralement soi-même en jeu au trac vers du sentiment de devoir, sauf à évacuer la conscience de soi de l'expérience humaine et faire de celle-ci un pur mécanisme automatique dépourvu de signification éthique. Mais ce n'était pas là l'objet de ma première remarque.

Merci de votre demande de précision
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Florian Cova

08/05/10 21:28
"cela me suffit pour monter que toute motivation altruiste n'est pas nécessairement intéressée comme semble le penser l'auteur"

J'ai dû mal m'exprimer dans cette recension, étant donné que l'auteur défend justement la thèse selon laquelle toute motivation altruiste n'est pas nécessairement intéressée.
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Sylvain Reboul

09/05/10 07:38
On s'est mal compris, sans doute par ma faute: je reprends donc:

Si toute émotion altruiste parait désintéressée, cela ne prouve en rien qu'elle le soit, pas plus qu'elle soit nécessairement intéressée, en effet.

Mais il faudrait en effet, pour montrer qu'elle est désintéressée, que la conscience de soi comme valeur est tout à fait absente; ce que précisément l'auteur ne fait pas, semble-t-il, et aurait du mal à faire, sauf à faire (et à dire que ) de ces motivations altruistes de simples pulsions biologiques dépourvues de toute référence à la valeur de l'action et de cette motivation pour se juger soi-même bon (ou mauvais), ce qui parait très contestable.

La conscience éthique de soi accompagne tous nos actes conscients et interfère toujours, en tant que telle avec nos motivations même et surtout les plus altruistes.

Il ne faut trop restreindre la notion d'intérêt et élargir celle-ci, selon moi, à ce que l'on appelle l'intérêt social et psychologique, voire moral à bien faire pour bien être; ce qui me parait déterminant dans le désir humain qu'il faut distinguer du simple besoin biologique...

J'ai de grosses difficultés à me relire sur le confetti qui nous est imparti, sans que nous soit donnée la possibilité d'un aperçu avant envoi. Il me semble, dans l'intérêt et la qualité des échanges, que le site devrait améliorer sa présentation et son fonctionnement (aperçu avant envoi, plus grande dimension de la fenêtre des commentaires, fonction réponse etc...)
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Florian Cova

09/05/10 09:56
(i) L'auteur ne dit nullement que les actions altruistes dépendent de "simples" pulsions biologiques (pour autant qu'elles soient plus "simples" que des désirs dont la provenance est culturelle). Mais il est difficile de nier que nous avons des émotions altruistes est qu'il est probable qu'un bon paquet d'entre elles provient de notre héritage biologique. Cela dit, une grande partie du chapitre II est consacrée à l'évolution culturelle et à l'acquisition sociale de normes.

(ii) Vous avancez beaucoup de choses sans preuve. Par exemple, êtes-vous certain que la conscience de soi accompagne nécessairement tous nos actes (quid des actes manqués ? des actes fais par habitude ?). Et même si c'était le cas, cela ne prouverait rien contre le désintéressement. Ce n'est une objection que si nous agissons pour avoir une meilleure "conscience" de nous-mêmes, ce qui est différent. On peut très bien (i) agir, et (ii) avoir conscience de soi agissant et pourtant (iii) ne pas agir dans le but d'avoir une meilleure opinion de nous -mêmes. Vous semblez dire que (ii) implique (iii), mais ce n'est pas le cas (du moins d'un point de vue logique).

(iii) Vous semblez considérer que toute pulsion biologique ne peut être qu'un besoin. Pourquoi ?

(iv) Oui. Je n'aime pas trop le système de commentaires non plus.
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Sylvain Reboul

09/05/10 11:31
Vous parlez d'actes manqués, à savoir d'actes fait contre notre volonté consciente ou in-volontaire; C'est justement cette différence entre notre désir conscient (de dignité, de maitrise de soi comme sujet éthique ou désir d'autonomie, fondamental en philosophie et/ou de puissance d'être et d'agir selon les termes de Spinoza etc...) et nos désirs dits inconscient qui fait la différence entre un acte altruiste éthique et un acte, altruiste automatique, à savoir non éthique.

Je ne pense pas pour ma part que l'on puisse dériver le premier du second, pour une simple raison: le premier n'est pas plus désintéressé, comme toute expression d'un besoin qui vise une satisfaction de soi par celle de l'autre, que le second, sauf que seul le second peut conférer au besoin la dimension d'un désir assumé par un sujet dont la conscience de soi est toujours valorisée et par la même valorisante. Même la plus immoral des criminel sait qu'il a commis un crime et voit dans celui-ci un motif de se valoriser par la puissance qu'il affirme contre la morale ou le droit ambiants.

Un sujet conscient de son acte et partant responsable, qui sait ce qu'il fait ne peut pas le faire sans mettre dans ce qu'il fait l'idée de lui-même comme but et motif e ce qu'il fait et y prendre une satisfaction psychologique en terme de reconnaissance, à tort ou à raison, positive de soi. On ne peut désirer disait déjà Socrate (de Platon) que le bien indissociable de son bien, sauf que l'on peut se tromper sur celui-ci dès lors que ce bien est injuste et contredit celui, éthique, des autres.

Le seul acte désintéressé authentiquement altruiste serait, selon les termes de Kant un acte qui aurait pour seul motif non pas son bonheur ou celui des autres, but qui est de même nature, selon lui, et qui n'est pas en soi altruiste, mais un acte qui obéirait à un impératif catégorique posé par la raison morale pure en dehors de toute satisfaction sensible. Hors je doute, comme Kant du reste, qu'un tel acte soit humainement possible. Si vous croyez à la sainteté purement rationnelle et que vous vous sentez capable de la pratiquer, alors pourquoi pas, mais nous devons pas être de la même espèce.

Kant le savait qui parlait d'insociable sociabilité comme une caractéristique et réelle (et pas seulement logique; il faut bien sortir de la logique pure pour penser le réel) ) indépassable de l'espèce humaine

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Sylvain Reboul

09/05/10 11:46
Je pense en effet que tout besoin vise une satisfaction biologique socialement sur-déterminée, y compris un besoin masochiste (il vaut mieux souffrir par l'autre et en jouir que d'être victime de son indifférence), mais que le désir conscient et assumé pose dans l'acte la motivation de l'auto-valorisation , ce qui n'est pas le cas du besoin déterminé dans son objet extérieur à soi.

Tout désir est narcissique même celui de se soumettre aux autres (ou à Dieu) et tout besoin consciemment assumé est toujours dépassé par un désir: comme le disait Spinoza le désir et non pas le besoin est l'essence de l'homme (de sa puissance d'être), voir a contrario le cas de la dépression suicidaire dans laquelle le sujet préfère le suicide à une vie qu'il juge, à tort ou à raison, dévalorisée et dévalorisante
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Florian Cova

09/05/10 12:05
(i) "Je pense en effet que tout besoin vise une satisfaction biologique socialement sur-déterminée". Si vous le dites. Mais ce n'est pas ce que je vous demandais, je vous demandais à l'invere si toute pulsion biologique est un besoin. Je vous demandais si selon vous tout A est B, et vous me répondez "oui, tout B est A".

(ii) "Un sujet conscient de son acte et partant responsable, qui sait ce qu'il fait ne peut pas le faire sans mettre dans ce qu'il fait l'idée de lui-même comme but et motif e ce qu'il fait et y prendre une satisfaction psychologique en terme de reconnaissance, à tort ou à raison, positive de soi." C'est justement ce dont je doute. Le répéter sans cesse n'y changera rien, même avec du "name dropping". Il ne suffit pas d'affirmer quelque chose ou de s'autoriser d'un certain nombre d'autorités pour le rendre vrai. Ma question est depuis le début : quel argument pouvez-vous avancer en faveur de cette thèse ? J'ai beau vous relire, je ne vois pas.

(iii) Comme je l'esquisse dans ce compte-rendu, l'auteur a un argument contre cette thèse. L'argument peut être résumé de la façon suivante :
A) Il existe des pulsions biologiques nous poussant à venir en aide à autrui. Prenons l'exemple de l'instinct maternel (une mère se jette à l'eau pour sauver son enfant).
B) Ces pulsions biologiques se sont développés parce qu'il était en quelque sorte avantageux pour nous (ou notre patrimoine génétique) d'aider autrui (dans le cas de la mère : sauver ses enfants permettra la propagation de son génôme).
C) La sélection naturelle a donc du favoriser les motivations (pulsions biologiques) les plus efficaces dans ce but.
D) Or, un mécanisme qui nous pousse à sauver l'enfant parce que nous voulons sauver l'enfant sera plus efficace de ce point de vue qu'un mécanisme indirect qui nous pousse à sauver l'enfant parce que nous voulons avoir une bonne conscience de nous-mêmes et comprenons que sauver l'enfant est bon pour avoir une bonne conscience de nous-mêmes et concluons de ces deux prémisses qu'il faut sauver l'enfant.
E) Donc ce qui pousse une mère à aider son enfant est un mécanisme du premier type, plus probablement qu'un mécanisme du second type.

(iv) Vous me direz peut-être (avec Kant) qu'une mère poussée à sauver son enfant par "instinct maternel" n'accomplit pas un véritable acte altruiste. Mais comme le sens commun est contre cette idée et qu'il y a beaucoup de philosophes respectables qui pensent le contraire, je pense qu'il n'est pas besoin de considérer longuement cet argument.

(v) "Tout désir est narcissique même celui de se soumettre aux autres (ou à Dieu) et tout besoin consciemment assumé est toujours dépassé par un désir: comme le disait Spinoza le désir et non pas le besoin est l'essence de l'homme (de sa puissance d'être), voir a contrario le cas de la dépression suicidaire dans laquelle le sujet préfère le suicide à une vie qu'il juge, à tort ou à raison, dévalorisée et dévalorisante"
Encore une fois : affirmation gratuite. Argument ?
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Sylvain Reboul

09/05/10 15:52
Vous oubliez mon argument factuel: qu'est-ce qui pousse toujours un sujet au suicide? La réponse pour tous ceux qui savent quelque chose de ce syndrome ou qui l'ont vécu est: la perte du sens de sa propre vie c'est-à-dire de sa valeur personnelle à faire quelque chose de sa vie qui ait à ses propres yeux et aussi aux yeux des autres (en particulier de ceux qui nous aiment ou sont censés nous aimer ou que l'on voudrait qu'ils nous aiment ) un sens gratifiant. La logique de l'honneur ou de l'estime de soi est universel dans toutes les sociétés humaines même dans chez les criminels. Vous pouvez contester ce fait comme universel en invoquant le cas du masochiste qui aime se faire humilier, mais j'ai déjà répondu que c'était l'exception qui confirme la règle; il s'agit là d'une motivation perverse de l'amour de soi.

Vous connaissez quelqu'un qui aime se faire insulter et se faire mépriser hors le masochiste qui voit en cela une marque paradoxale de sa valeur aux yeux de son dominateur et par là à ses propres yeux (par identification au plaisir du sadique)?

Si oui, vous me le présentez.

Quant aux rapport entre besoin et biologie je crois avoir répondu que tout besoin est biologique dans son fondement et s'exprime dans des conditions culturelles et sociales données et vice-versa. Le désir lui est précisément humain car il est préparé par des pulsions biologiques et une condition cognitive (la réflexion comme reconnaissance de soi) et se vit en désir de valorisation de soi (ou amour de soi) médié par celui des autres. tout que travaillent avec des délinquants savent que ce désir est à la racine de leur évolution positive ou négative.

encore une fois on ne peut raisonner purement logiquement sans faire intervenir des expériences existentielles universelles, bien que s'exprimant sous des formes différentes


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Florian Cova

09/05/10 16:14
Je suis désolé, mais l'argument du suicide est fallacieux. Ce que vous devez montrer pour réfuter l'existence d'actions altruistes, c'est que :

a) Toute action est faite en motivée par le fait de vouloir augmenter sa valeur personnelle.

Ce qui me semble douteux. Tandis que votre exemple du suicide montre que :

b) Certaines actions (dont certaines formes de tentatives de suicide) sont motivées par le faut de vouloir augmenter sa valeur personnelle.

Ce qui me semble évident et difficile à nier. Mais vous avouerez qu'entre (b) et (a), il y a un gouffre difficile à franchir, non ?
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Sylvain Reboul

09/05/10 19:36
Je re-précise donc:

Toute action dont le sujet assume la responsabilité, ce qui ne vaut pas pour des actions entièrement conditionnées par des pulsions irrésistibles ou des besoins purement biologiques ou liées à des habitudes ou rituels automatisées.

Ce qui veut dire:

1) qu'une action prétendument "altruiste" qui consiste à agir pour un enfant au prix d'un autre enfant, ou pour ses proches aux dépends des droits des étrangers, n'est en rien éthique, ni altruiste. Elle peut répondre néanmoins à une impulsion biologique sélectionnée par l'évolution.

2) qu'une action qui se place dans le registre éthique de la responsabilité est nécessairement liée à des valeurs supra-biologiques qui donnent sens et valeur au sujet de l'action comme motivation de l'action (dignité ou estime de soi). Elle n'est donc n'est pas purement altruiste mais toujours en même temps auto-centrée et égo-altruiste et certainement pas, en tant que telle, purement biologique même et surtout si elle prend appui sur des émotions spontanées déjà présentes ou biologiquement possible (ex: sentiment de devoir accompli) .
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Florian Cova

09/05/10 20:12
Pas besoin de préciser vos thèses. Ce que je demandais, c'était une justification, un argument. Pas un exposé dogmatique. Encore une fois : ce n'est pas en répétant quelque chose que ça devient vrai.
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Sylvain Reboul

09/05/10 21:12
D'accord fin du débat; vous savez au moins les raisons de mon désaccord avec une vision que j'estime réductrice, simpliste et confuse de l'altruisme.

Que vous ne vouliez pas les commenter sur un plan philosophique est tout à fait votre droit et donc, en droit, sinon philosophiquement, respectable. Votre mépris explicite de toute référence philosophique signifie seulement que nous n'argumentons pas sur le même plan

Merci de m'avoir permis de m'exprimer
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Florian Cova

09/05/10 22:17
D'accord pour la fin du débat. À partir du moment où l'on affirme sans argumenter, ce n'est d'ailleurs plus un débat : juste un échange d'opinion.
Notez que je ne méprise pas les références philosophiques dès lors qu'elle s'accompagne de justifications. Je refuse juste l'argument d'autorité.
Enfin, dire que je refuse de commenter la question de l'altruisme sur un plan philosophique juste parce que je refuse de gober tout cru vos affirmations gratuites, c'est un peu fort de café, non ? De quel "droit" vous sentez vous autoriser à distribuer les bons et mauvais points philosophiques ?
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Sylvain Reboul

28/04/14 16:54
Je relis ce débat 4 ans plus tard et je vous trouve mauvais tant sur le fond que sur la forme. La philosophie n'est pas votre fort.

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