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Société

Pourquoi tant de haines ?

Couverture ouvrage

Pascal Boniface
Editions du Moment , 119 pages

Pourquoi si peu de réflexion ?
[vendredi 19 fvrier 2010]


Bien maladroitement, le secrétaire de la Fondation du football entend justifier le geste de Thierry Henry et s’en prend à ceux qui ont osé le critiquer.

"Bah, c’est qu’un jeu quoi ! Y a pas de quoi en faire un plat et d’abord c’est celui qui dit qui y est", voilà résumé en deux phrases, le propos de Pascal Boniface… en essayant de s’adapter à son niveau d’expression. Le grand spécialiste de la "géopolitique du sport", tel qu’il est présenté en quatrième de couverture, a consacré un livre – disons un ensemble de feuillets imprimés recto-verso et reliés entre eux – à défendre et justifier la tricherie d’un joueur de l’équipe de France de football. Ce joueur, Thierry Henry, a clairement contrôlé un ballon avec la main pour faire une passe décisive qui a permis d’envoyer son équipe en Afrique du Sud jouer la Coupe du monde, à la place des adversaires irlandais. Après le but, ce fut l’explosion de joie et certains osèrent qualifier d’immorale cette victoire… Quel mal leur en prit !

 

Un florilège de critiques… contre les critiques ! 

Plutôt que de répondre aux critiques exprimées, l’auteur qui est aussi secrétaire de la Fondation du football, récuse les reproches par des attaques ad hominem des plus viles. Dès l’introduction, il annonce   au sujet de cette tricherie : "Ce geste a été condamné par des personnalités dont pourtant chaque instant de la vie n’est pas exemplaire, qui ne sont pas toujours à la pointe de l’arbitrage des élégances, dont la pureté morale [sic] comporte des zones d’ombre". Voilà qui a le mérite de la clarté, le lecteur saura à quoi s’en tenir. Et attention, à la Fondation du football, on s’y connaît en "valeurs fondamentales" puisque selon la page dédiée, la mission de cette fondation "est de promouvoir les comportements responsables, de renforcer le lien social en s’appuyant sur les valeurs fondamentales du football et de donner au football les moyens de jouer pleinement son rôle social, éducatif et citoyen.". Aussi, la fin de l’introduction est claire, il s’agira d’attaquer tous ceux qui, après cette qualification, ne sont que les "nombreux postulants au mondial de la connerie"  .

Quels sont ces postulants ? Et bien Boniface nous gratifie d’abord d’une fine analyse des émissions de Christophe Dechavanne   pour conclure qu’il n’avait pas les galons nécessaires pour critiquer son héros. Au suivant ! Concernant Jacques Attali (en ouverture du chapitre IV), si l’auteur reconnaît pourtant en lui "un peu le Thierry Henry ou le Zidane de la pensée"  , on apprend que ses tarifs de conférenciers sont trop élevés et qu’il s’est livré au plagiat. Exit donc les critiques de ce "Zidane de la pensée". Et Finkielkraut alors, qui ouvre lui le chapitre suivant ? Et bien c’est "un grand philosophe, un très grand même", mais ses propos de 2005 dans le quotidien israélien Haaretz sur "l’équipe black, black, black" le disqualifient à jamais.

Passez votre chemin si vous cherchez des arguments. Le lecteur a certes le droit à quelques pages où l’auteur se demande pourquoi personne ne s’en prend plutôt à Johnny Hallyday qui "a obtenu des passe-droits pour adopter un enfant"   ou à Gérard Depardieu dont le comportement "n’a rien d’un modèle pour l’édification des foules"  … et c’est à peu près tout. On est bien dans le registre de l’émotion et ce Zola de la baballe explique à l’avant-dernière page : "j’ai écrit ce cri du cœur". Et c’est bien connu, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas… du tout !

 

Inversion et perversion

Parfois, on croit distinguer des lueurs de lucidité. Ainsi, au sujet des salaires et autres primes indécentes dont bénéficient les joueurs professionnels, on peut lire : "Il faut s’attaquer aux causes (société inégalitaire) pas aux effets (footballeurs profitant de la loi du marché)"  . Malheureusement, on ne trouve pas la moindre trace du début d’une ébauche de réflexion sur le sport et son rôle dans nos sociétés. Boniface connaît-il seulement les écrits d’Adorno, par exemple, sur le sport et la culture de masse ? Non, Adorno n’est pas un footballeur. Le philosophe et sociologue allemand écrivait par exemple, "Chez [le spectateur], une curiosité crûment contemplative remplace les dernières traces de spontanéité. La culture de masse ne veut toutefois pas transformer ses consommateurs en sportifs mais en spectateurs habitués à hurler dans les tribunes". Et le cri du cœur de Boniface n’est pas bien différent du cri du supporteur du haut sa tribune. La revue Quel Sport ?, dont nonfiction.fr a pu se faire l’écho, aurait pu apporter de précieuses lectures à l’auteur  .

Dans une remarquable inversion des rôles, l’auteur place le tricheur dans la position de la victime. Il est question de "procès de Moscou"   et même d’une "fureur épuratrice"  . Car les footballeurs comme Thierry Henry sont des héros, "ils récupèrent la majeure partie des sommes qu’ils génèrent dans une sorte de socialisme élitiste. Ils ne délocalisent pas. Ils ne créent pas de bulles financières dangereuses pour les grands équilibres économiques. Ils ne génèrent pas du chômage mais des emplois". Le degré zéro de l’analyse socio-économique ! Rien sur les 120 millions dépensés par TF1 pour la retransmission des 64 matchs, et le manque à gagner en cas de non qualification, rien sur l’esclavage moderne dont dépend ce système, rien sur la violence, rien sur l’homophobie… Et même si Boniface voulait s’en tenir au niveau zéro des commentaires sur les faits, pourquoi ne pas traiter du célèbre coup de boule de Zidane ?

 

Le "nous" et le "mou"

C’est dans la dernière partie du ‘livre’ qu’on comprend ce qui motive l’auteur : le chauvinisme et le souci de la "fierté nationale"  . C’est d’ailleurs stipulé sur la quatrième de couverture : il s’agit de montrer comment malgré la main de Thierry Henry, on pouvait "encore être fier d’être français".

A vrai dire, Boniface présente un cas intéressant de fan de football. Il s’identifie entièrement à l’équipe avec ce "nous" si caractéristique. En évoquant la main litigieuse, il formule maladroitement cette ‘phrase’ : "Qui nous qualifie pour la Coupe du monde de football, mais qui nous expédie aussi dans l’enfer du déshonneur éternel"  . Plein d’emphase avec son héros, il écrit que ce dernier a été  "un bouc émissaire, au sens biblique du terme"  . Il se permet d’ailleurs quelques familiarités et après avoir cité le chapitre XVI du Lévitique, il conclut ainsi : "Titi a été symboliquement égorgé pour laver les péchés des autres"  .

Ce "nous", ou sa variante dans "on a gaaaagné !", c’est l’ensemble des spectateurs admirant les milliardaires qui jouent à la baballe. Selon Boniface, ce n’est que par jalousie envers des gens mieux payés qu’eux que certains intellectuels critiquent les joueurs professionnels  . C’est là un des nombreux exemples de la pensée molle qui anime ce "cri du cœur".
Et le style ? Et bien, c’est tout simplement mal écrit, avec de surcroît un peu de langage SMS, sans doute pour "faire jeune" : "K7" pour cassette  , "Titi" pour Thierry Henry etc.

Dernière question, comment une maison d’édition peut-elle publier ceci (et le vendre 9 €) ?  Et bien sur son site, l’éditeur Yves Derai s’en explique : c’est une maison qui "souscrit à une exigence, celle de l’opportunité". Il y a avait là pourtant une bonne opportunité… d’économiser un peu de papier !

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11 commentaires

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CONSUL

19/02/10 15:07
Ce livre est rassurant.
Heureusement une voix s'élève pour relativiser, et faire comprendre à ceux qui n'ont jamais pratiqué qu'il est des actions intuitives dans le jeu qui n'ont rien à voir avec un crime prémédité.
L'outrance et la bêtise des réactions méritaient bien cette réponse. Merci monsieur Boniface.
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Myriam

19/02/10 15:48
Thierry Henry me fait penser à l'âne des animaux malades de la peste. Comme dans la fable de La Fontaine, on exonère les puissants, les plagiaires serviles, les philosophes racistes, les financiers véreux, et on s'acharne sur le malheureux footeux qui a eu le malheur de toucher une baballe de la main. Boniface a tout à fait raison là dessus.

Pascal Boniface, il y a quelques années, eut l'outrecuidance d'émettre une petite critique à l'égard d'Israël, et il a subi des attaques violentes. Il sait donc ce que c'est que de se trouver lynché en place publique. C'est un homme courageux et honnête.

Son dernier livre n'est certes pas un chef d'oeuvre, mais il a le mérite de mettre à nu l'hypocrisie de certains philosophes qui pontifient sur l'honneur et l'éthique alors qu'ils se sont maintes fois déshonorés.
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Christ Boursin

19/02/10 17:35
Imagine-t-on Christophe Bourseiller écrire aussi ici à Jérôme Segal
"Mais lui même, qu'a-t-il écrit, pour se permettre un tel réquisitoire ? Est-il au moins l'auteur d'un seul livre publié ? "

http://www.nonfiction.fr/article-2955-debat_sur_a_gauche_toute_.htm

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ronaldinho gaucho

19/02/10 18:17
Jérôme Segal n'aime pas le football. C'est son droit. Mais de là à prendre pour des cons tous ceux qui savent en apprécier les charmes, les péripéties, les tragédies et même les tragi-comédies...

Jérôme Segal n'a jamais pratiqué le football de compétition, ça se voit Regarder les vedettes du foot comme des milliardaires, sans être à même de mesurer l'immensité du talent de beaucoup d'entre eux, c'est comme sortir d'un récital d'opéra en trouvant scandaleux le contrat dont bénéficie la diva avec sa maison de disque.

Pascal Boniface n'a pas inventé la poudre. Il a noirci des feuillets qu'un éditeur opportuniste a publié; Jérôme Segal a noirci du papier Merci a non-fiction de l'avoir publié sans accroître la déforestation de notre planète . La question n'est pas Pourquoi tant de haine, mais pourquoi tant de peine pour écrire sur un livre manifestement insignifiant ...

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Liseron

21/02/10 17:15
J'ai dû vérifier sur des sites de vente de livres qu'il s'agissait bien du "Boniface" de C dans l'air. Et c'est bien lui ! Comme quoi, les intellos de plateaux télé sont à pleurer.

Monsieur Segal, je vous en remercie vivement: je viens définitivement de changer d'avis sur ce pauvre Boniface.
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Jérôme Segal

22/02/10 01:27
@ronaldinho gaucho
1. J'aime bien jouer au football.
2. "Jérôme Segal n'a jamais pratiqué le football de compétition". C'est nécessaire pour avoir le droit de critiquer ce livre ? J'ai fait du foot quand j'étais gamin mais aujourd'hui je préfère un autre sport (que je pratique en compétition), même si j'ai toujours plaisir à jouer au foot avec mes enfants ou des amis !
3. J'ai hésité à répondre car 1. et 2. sont sans rapport avec le contenu de ma critique.

@Christ Boursin a.s. de "qu'a-t-il écrit, pour se permettre" etc. : Ce serait un autre exemple d'attaque ad hominem et ce serait qui plus est inexact car j'ai publié un livre (facile à trouver sur le Net).
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Marc S.

22/02/10 22:05
Encore un "intellectuel" médiatique, un "expert" patenté et inamovible qui se ridiculise. Boniface croit au football comme d'autres croient au père Noël. Mais généralement, ces derniers ont moins de 10 ans Or, un enseignant-chercheur (Paris VIII) n'a pas pour vocation à débiter de telles sornettes ; on est alors en droit de douter de ses vues quand il commente à l'envi les conflits, en géopolitologue de plateau qu'il est. Il est donc bien utile qu'on vienne démontrer que son livre sur le foot est minable. Et la question d'aimer ou pas le football ou de pratiquer le foot de compétition est ici absurde, il ne s'agit pas de critiquer un sport en tant que corpus de gestes techniques, il s'agit plutôt de ne pas sombrer dans l'apologie d'une pratique qui relève davantage de la marchandisation, de la mise en scène du libéralisme et de la spectacularisation du patriotisme, etc., que de la "beauté du sport". C'est ce que fait J. Segal et il faut l'en remercier, tant la critique du sport-spectacle, du sport-roi, du sport en tant qu'idéologie est un exercice difficile en France, à cause de la domination du point de vue à la Boniface.
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Alex

24/02/10 11:26
Bonjour,

je ne suis pas vraiment fan, habituellement, du travail de Monsieur Boniface, qui se laisse trop souvent aller à la passion, au militantisme, et à la subjectivité, alors que je préférerais davantage de rigueur et de mesure de la part du scientifique qu'il est aussi (bien que par cette voie il se ferait sans doute moins entendre).
Toutefois, lui faire un tel procès en intelligence (et même en probité), avec des arguments (?) aussi vides (pour rester poli), ça ne peut que le remettre en valeur, par comparaison.
M. Segal, vous m'avez rendu le propos M. Boniface beaucoup plus intéressant que je ne le trouvais initialement. En ce qui me concerne, c'est ce qu'on appelle un effet boomerang.
Cdlt
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jyl

12/06/10 22:58
le titre "pourquoi tant de haine" me suffit pour considérer que Mr Boniface est malhonnête. En effet faisant parti de ceux qui ont ressenti de la honte à cette victoire ... je n'ai cessé depuis d'être ridiculisé par les alcoolisés du foot industriel. On nous fait passer pour haineux afin de mieux se débarrasser de nous, c'était faire grand cas de la minorité que nous nous sommes avérés être. J'ai depuis cherché en vain une charte éthique sur les sites officiels de football !!!!
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Valrie

09/08/10 00:08
Critiquer un tel "livre" a-t-il un intérêt sur ce site ? M. Ségal qui est paraît-il universitaire n'a-t-il pas mieux à faire ?
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BERTRAND

10/08/10 22:05
Oui, aucun intérêt. Pas digne du site.

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