Religions

Introduction à l'Ancien Testament

Couverture ouvrage

Thomas Rmer Jean-Daniel Macchi Christophe Nihan
Labor et Fides , 912 pages

La face cachée de l'Ancien Testament
[mardi 02 fvrier 2010]


Un livre remarquable qui restitue les enjeux historiques, théologiques et idéologiques d'un texte biblique dont la diversité et la complexité  constituent une inépuisable source de richesse pour la recherche.

Véritable bibliothèque à elle seule, la Bible - qui tire d’ailleurs son nom de l’expression grecque " ta biblia " signifiant " les livres " - correspond dans sa version catholique à 73 livres aussi divers que complexes. C’est à une introspection savante de la première partie de la Bible que nous appellerons Premier Testament plutôt qu’Ancien Testament - cette dernière appellation étant trop dépendante d’une conception chrétienne - que l’ouvrage Introduction à l’Ancien Testament invite le lecteur. Cinq ans après sa première édition, ce livre, placé sous la direction de Thomas Römer, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan, reparaît dans une nouvelle version entièrement révisée et substantiellement augmentée. En effet, et c’est là véritablement une nouveauté, la présente édition se propose d’introduire dans ses pages une étude des livres vétérotestamentaires des Eglises d’Orient ainsi qu’une présentation sommaire de l’histoire d’Israël et de Juda au 1er millénaire avant notre ère. Comme le rappelle la préface du livre, celui-ci se veut une " introduction historique et scientifique aux textes fondateurs de la civilisation judéo-chrétienne. "

La mise à jour des processus rédactionnels


Réunissant les meilleurs spécialistes (au nombre de 22), ce manuel, écartant délibérément toute approche confessionnelle ou spirituelle, entend privilégier un point de vue méthodologique en soulignant non seulement la cohérence interne de chacun des livres bibliques mais en retraçant aussi, dans la mesure du possible, l’histoire de sa composition et en présentant le contexte socio-historique dans lequel il a été rédigé. Organisé autour de cinq grandes parties (Le Pentateuque, Les Prophètes, Les Ecrits, Les livres deutérocanoniques, l’Ancien Testament des Eglises d’Orient), le manuel présente chacun des livres depuis la Genèse jusqu’au Testament des Douze Patriarches (appartenant au canon de l’Eglise d’Ethiopie). Si la diversité des livres bibliques ne saurait conduire à l’élaboration d’un modèle unique pour leur formation, chacune des études obéit toutefois, sur le plan formel, à une grande cohérence. Chaque article expose ainsi dans une approche synchronique  le contenu du livre (résumé en un très utile tableau), son origine et sa formation (milieux producteurs, les destinataires, les contextes historiques) ainsi que les thèmes et enjeux (les fronts polémiques du livre), le tout complété par des indications bibliographiques très précises pour ceux qui désireraient poursuivre l’étude du livre en question.

De fait, l’Introduction à l’Ancien Testament se présente bien comme un manuel où chacun des articles consacré à un livre peut  être lu  ou étudié de manière indépendante. A cette dimension pratique du livre s’en ajoute une seconde, plus déterminante d’un point de vue intellectuel : l’ouvrage, en tant qu’" introduction historique à l’Ancien Testament ", restitue de manière passionnante toute la richesse du débat exégétique qui traverse le Premier Testament.  Ainsi, chaque article, quel qu’en soit l’auteur, dresse un bilan de l’état actuel de la recherche en tentant notamment d’identifier les différentes strates rédactionnelles qui se superposent, s’entrecroisent ou s’interpénètrent selon les cas. Le lecteur a dès lors l’impression d’être plongé au coeur de la recherche exégétique, d’en partager les interrogations, les cheminements, voire les apories… De ce point de vue, il est tout à fait significatif de considérer la façon dont les livres du Pentateuque sont présentés : s’inscrivant en faux contre la thèse selon laquelle le Pentateuque se lirait comme un tout et n’obéirait de fait qu’à une seule hypothèse de formation (celle de la théorie documentaire), le présent ouvrage, s’il reprend la division  traditionnelle (Pentateuque, Ecrits, Prophètes), entend souligner la spécificité littéraire et théologique de chaque livre. Le lecteur verra ainsi les lignes de force qui sous-tendent traditionnellement la composition du Pentateuque opérer une sorte de glissement : comprenons que l’hypothèse de la théorie documentaire concernant la composition du Pentateuque, si longtemps souveraine, se voit profondément remise en cause par l’hypothèse de l’histoire deutéronomiste à laquelle Thomas Römer consacre dans le manuel un brillant chapitre.   On mesure là, dans cet article, toute la complexité et la richesse de la recherche exégétique qui cherche, tant du point de vue de la rédaction que du point de vue des thèmes, à exhumer l’histoire du texte lui-même. Malgré la complexité de la tâche, l’auteur pense pouvoir dégager certaines lignes de force : l’œuvre deutéronomiste couvrirait les livres allant du Deutéronome à 2 Rois, chercherait à expliquer l’exil babylonien et aurait été fortement influencée par les traditions assyriennes.

Le Premier Testament replacé dans le contexte littéraire du Proche-Orient


Cette dernière considération permet précisément de mettre l’accent sur un autre aspect  essentiel de l’ouvrage : la volonté, toujours manifeste chez les auteurs, de considérer, dans la mesure du possible, chacun des livres à la lumière des littératures étrangères de l’Antiquité. L’introduction générale de la littérature de la sagesse se plaît ainsi à situer les livres sapientiaux de la Bible dans le cadre des sagesses mésopotamienne et égyptienne. Il n’est  que de considérer l’un de ses livres les plus connus : Job dont les thèmes traités présentent de nombreux parallèles avec la littérature du Proche-Orient ancien, notamment avec un  texte médiéval babylonien, BAM 234, ou avec l’écrit araméen des VIII/VII èmes siècles avant notre ère intitulé La sagesse d’Ahiqar.

Dans une même perspective, le chapitre consacré aux apocalypses juives montre comment cette tradition puise ses sources au début de l’époque hellénistique à travers le livre d’Hénoch notamment. Exemple d’autant plus intéressant qu’il met en lumière une autre vertu de l’ouvrage : celui-ci, en  adoptant un point de vue résolument historique, permet non seulement au lecteur de mesurer les jeux d’influence auxquels sont soumis les textes vétérotestamentaires mais aussi, comme dans un jeu de miroirs, d’enrichir le cadre traditionnel de l’exégèse du Nouveau Testament. Prenons un seul exemple : le chapitre consacré au livre d’Hénoch  (appartenant au canon de l’Eglise d’Ethiopie) permet de mettre à jour de manière plus pertinente certains aspects de l’Apocalypse de Jean. S’il est vrai que cet écrit doit beaucoup au livre de Daniel, il est intéressant d’observer que certaines thématiques johanniques se trouvaient déjà à l’oeuvre dans le livre d’Hénoch.  

Un  des grands mérites du présent ouvrage est donc de proposer au lecteur une introduction plus large au Premier Testament, au-delà de ses inscriptions protestantes et catholiques. C’est que l’Introduction à l’Ancien Testament constitue indéniablement un ouvrage indispensable à tout étudiant en sciences bibliques car il présente de manière passionnante " l’envers du décor " : derrière l’édifice solidement établi du canon de la Bible apparaissent, comme dans un mouvement d’ombre et de lumière, les jeux de réécriture, d’ajouts, de synthèse qui ont traversé  le texte vétérotestamentaire pour lui donner sa forme définitive. Peut-être le manuel pourra-t-il paraître un peu ardu au lecteur qui ne possède pas quelques repères élémentaires. Empressons-nous toutefois de préciser que, s’il s’agit d’un livre savant, ce savoir lui est toujours rendu accessible, quel  que soit l’auteur de l’article, grâce à une rédaction limpide et précise qui va à l’essentiel. Enfin, dans un ultime souci de clarté, l’ouvrage propose dans ses dernières pages un tableau chronologique très détaillé de l’histoire d’Israël et de l’histoire de l’Antiquité, deux cartes détaillées (des royaumes d’Israël et de Juda ainsi que du Proche-Orient ancien) et un glossaire.

On l’aura compris : ce livre est en tous points remarquable. En tentant de porter un regard lucide sur les différents processus rédactionnels à l’œuvre dans le Premier Testament et en considérant constamment le texte vétérotestamentaire à la lumière de l’histoire littéraire du Proche-Orient, le manuel nous invite à reconsidérer la Bible, loin des positions dogmatiques ou confessionnelles, pour découvrir les coulisses d’une " mise en scène savamment orchestrée par des auteurs antiques " (Christophe Uehlinger) afin d’ériger ce monument littéraire qu’on appelle la Bible. .
 
 

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1 commentaire

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un des noms du Livre

02/02/10 17:11
C'est une remarque relative à votre proposition -qui se soutient, certes!-de substituer "Premier Testament";(vous et non les auteurs).
parce que l'adjectif ""vétérotestamentaire" n'en a pas encore été"informé" voyez-vous...et comme qui dirait aujourd'hui "ça fait désordre"
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