<p>La biographie &eacute;mouvante et intimiste d&rsquo;un des ma&icirc;tres de la pop song fran&ccedil;aise.</p>

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pas de préface, ni de conclusion. Ce récit débute sur la naissance de Michel Hamburger, en 1947, et termine sur son décès, le 2 août 1992, sous le soleil de Ramatuelle. Alain Morel et Grégoire Collard, respectivement journaliste et ancien attaché de presse du couple Gall-Berger, en savent suffisamment pour s’encombrer de détails.

L’objectif de Michel Berger - L'étoile au coeur brisé est énoncé entre les lignes, de façon assez claire : il s’agit de retracer l’existence, étonnamment tumultueuse, de cet artiste sensible à l’excès que fut Michel Berger. Paradoxalement, les deux auteurs ne cherchent pas à dévoiler tout de l’intimité de l’artiste – notamment ses dernières liaisons – mais tentent d’appuyer la thèse soutenue par celui-ci : ses chansons racontent sa vie.

Et quelle vie ! Une vie apparemment heureuse, mais rongée par un mal existentiel et constant de Berger. D’abord marqué par le trauma du départ paternel : le célèbre docteur Hamburger abandonne, du jour au lendemain, femme et enfants. Quelques années plus tard, c’est la fuite pour le moins inattendue de Véronique Sanson, qui le quitte pour Stephen Stills, et sans explication aucune. Ce chagrin d’amour le bouleverse à vie, nourrissant ses chansons d’une poésie profondément mélancolique, imprégnée d’un sentiment endeuillé que rien ne peut effacer. Sanson y répondra de la même manière : en chansons... En 1986, c’est au tour d’un ami proche, Daniel Balavoine, de partir brutalement. Pendant ce temps-là, sa fille Pauline meurt à petit feu de la mucoviscidose.



Le dernier traumatisme vécu par Berger est sans aucun doute sa crise cardiaque, qui terrasse un homme qui n’a jamais voulu mourir malgré toutes ses déprimes. Car Michel Berger était aussi une force de la nature, épatant par sa capacité de travail, et, surtout, sa passion infinie pour la musique. Féru de classique grâce à une mère professeur de piano, adorateur de Gershwin, inlassablement curieux, Berger début sa carrière à quinze ans, malgré son allure de jeune bourgeois échappé des beaux quartiers, allure peu prisée à l’époque. Il est rapidement directeur artistique et producteur chez EMI : faire découvrir les autres, les faire chanter l’intéresse autant que de produire lui-même, du moins jusqu’à une certaine période. Il écrit pour Françoise Hardy, Johnny Halliday, joue aux côtés d’Elton John, écrit les opéras rock Starmania et La Légende de Jimmy, et s’adoube tout naturellement en Pygmalion salvateur de France Gall. Dès 1973, c’est elle qui le choisit, sentant que son don à la chanson ne pourra que la sortir d’une impasse dans laquelle elle se trouve depuis quelques années.

Ce talent démesuré à écrire des chansons est aussi ce qui caractérise Michel Berger, perfectionniste du son. Il est aisé de reconnaître, dès les premières notes, ce swing bien senti et bien particulier de l’auteur compositeur et interprète français. Exigeant, plaquant ses accords sur son grand piano blanc dès le réveil, Berger écrit des morceaux qui pourraient être signés vingt ans plus tard, réussissant souvent l’exploit de faire d’une chanson française une pop song francophone. Exploit d’autant plus remarquable de la part d'un incorrigible nostalgique…


Tout cela, Grégoire Collard et Alain Morel le retranscrivent dans cette biographie empreinte d’empathie, mais, heureusement, d'assez peu de complaisance. De plus, étant proches de France Gall dont ils ont d’abord écrit la biographie, ils ne négligent à aucun moment l’importance capitale de la chanteuse dans la vie (artistique, familiale, sentimentale, sociale) de Berger. Les joies et peines du quotidien, leur complicité, rien ne leur a échappé. Si Grégoire Collard s’avoue fasciné par la personnalité énigmatique et le charme adolescent de Michel Berger, il n’en garde pas moins une certaine objectivité, sans doute favorisée par la contribution d’Alain Morel. Le résultat est une biographie où chaque mot est pesé, mais où une certaine émotion atteint le lecteur : on s’attache à l’enfant puis à l’adulte que devient Berger au fil des pages, avec comme bande sonore certains de ses tubes, comme « La groupie du pianiste », « Quelques mots d’amour », « Message Personnel » et, bien sûr, « Le Paradis Blanc »…

« Vivre plus vite que les autres, avoir un pied dans le futur. Vivre des rêves qui sont les nôtres. Et obéir à sa nature, puisque rien ne dure, vraiment. » chante-t-il dans « Les Princes des Villes ». Michel Berger a été emporté, sans doute avant de réaliser d’autres de ses rêves musicaux. Mais il a laissé l’empreinte indélébile d’un art d’une variété (très particulière) pop, d’une variété de qualité – comme on n’en fait sans doute plus aujourd’hui#nf#