Philosophie

Le regard vide. Essai sur l'épuisement de la culture européenne.

Couverture ouvrage

Jean-Franois Matti
Flammarion , 302 pages

Périls d'un regard universel
[mardi 20 novembre 2007]


J.-F. Mattéi défend l’universalité du regard européen marqué par le souci de l’âme et enjoint au retour de la transcendance, mais néglige le rôle de l’altérité.

Avec Le Regard vide, Jean-François Mattéi fait l'éloge de la culture et de l'identité de l'Europe, tout en pointant du doigt ce qui la menace de dissolution. Un ouvrage intéressant et argumenté sur un sujet difficile qui conduit souvent à la polémique, mais discutable par certains aspects.


L'identité de la culture européenne

Comment définir l'identité de l'Europe ? L'Europe est un continent à l'histoire longue et complexe, un espace intellectuel que caractérise une multiplicité de sources de pensée (Athènes et Jérusalem, mais aussi Rome et Constantinople) et d'événements qui ont produit autant de révolutions et de changements d'ère. Ne serait-il pas alors par trop arbitraire de vouloir la réduire à un seul trait identifiant ?

Prenant acte de cette difficulté, Jean-François Mattéi insiste sur le fait que l'identité n'est pas à entendre dans le sens substantialiste d'une identité figée, telle qu'en elle-même, mais que ce concept a une validité opératoire en ceci qu'il permet de rassembler des traits communs et de trouver des "formes de convergence", ce sans jamais exclure la diversité – bien au contraire, c'est la distinction nette des identités qui la rend possible – ni le rôle constitutif de l'altérité – l'identité propre se fonde sur l'appréhension de l'identité de l'autre. Dès lors, définir l'identité européenne, c'est essayer d'en saisir les "formes de convergence" qui permettent d'esquisser le "creuset unique" dans lequel vont apparaître les évolutions et les traits multiples de la culture européenne. L'enjeu est de délimiter un cadre où va se dérouler l'histoire de l'Europe, pareille au déroulement d'une intrigue qui se fait en se défaisant, en se repensant, en s'élaborant à l'infini, au fil d'une avancée, comme se tisse l'œuvre de Pénélope.

Jean-François Mattéi saisit donc l'identité de l'Europe à partir de sa culture qui se spécifie non par un contenu particulier mais par le regard qu'elle porte sur le monde, lequel regard est théorique, c'est-à-dire qu'il porte au loin, observe les choses en les mettant à distance. Regard qui ne cesse de se confronter à un horizon ; horizon qui délimite tout autant le champ de vision que le lieu de ses espérances et de ses attentes.


L'universalité du regard

Le propre de l'Europe ne serait donc que ce par quoi elle se dérobe à elle-même, une appropriation qui ne s'accomplit que dans l'espoir messianique d'un à-venir, un regard qui s'ouvre sur ce qui le dépasse et l'appelle. Que ce soit sous la forme d'un récit mythique ou d'un récit historique, l'Europe s'appréhende elle-même par une mise en intrigue de l'infini, s'énonce en des termes qui lui assignent, sur fond d'une insatisfaction dépossédante initiale, une portée d'ordre universel par laquelle elle s'efforce de revenir vers elle : "Toute l'histoire de l'Europe tisse la trame continue d'une forme mythique qui, née d'un certain regard porté sur le monde, deviendra la narration de sa propre recherche."   Ne cessant de se donner un horizon, le regard théorique européen se présente d'emblée comme un regard à vocation universelle qui s'efforce d'intégrer dans son champ l'ensemble de ce qui est et d'inclure en la réalisant l'attente utopique d'un à-venir, ce qui lui donne pour propriété caractéristique d'être sans cesse capable de se critiquer. Ce regard universel qui porte inlassablement au-delà de lui-même pour atteindre ce qui l'initie se dirige vers trois objets privilégiés constitutifs des principaux thèmes du souci que l'Europe a d'elle-même : "[…] la préoccupation attentive (…) de ce qu'il y a de plus précieux en l'homme (…) se situe au croisement des trois orientations du regard : le souci de la compréhension du monde dans l'universalité de la vérité ; le souci de la communauté en tant que communauté dans l'universalité de la justice ; et le souci de la compréhension de l'âme en tant qu'âme dans l'universalité du Bien."((p.99)

De ces trois orientations du regard, la plus importante est certainement celle qui se tourne vers l'âme, car elle donne leur forme aux deux autres orientations. Par le souci de son âme, l'homme se découvre en lui-même ouvert sur l'infini, porté vers un au-delà, animé d'un désir de ce qui se tient par-delà son âme, vers quoi elle fait effort, sans que jamais son mouvement ne s'achève : "l'âme comprend que loin d'être recluse en son for intérieur, elle s'ouvre sur la proximité de l'infini."((p.197)) ; "[…] la tension du désir, en creusant inlassablement l'être, l'élève jusqu'à l'infini sans pourtant parvenir à l'épuiser."  Le "souci de l'âme", dès lors constitutif de l'homme comme le voulait le philosophe tchèque Patočka reprenant l'injonction socratique à se connaître soi-même, contribue à former d'une part le regard transcendantal issu de l'étonnement par lequel le monde nous apparaît dans la distance de la réflexion, et d'autre part le regard indigné par l'injustice qui, sous l'appel de la liberté qui déréalise le monde dans son immédiateté pour mieux le projeter, tend à atteindre le Bien, la justice à destination de tous sous la forme d'une égale reconnaissance de la dignité de chaque homme.


L'épuisement de la culture européenne

Considérant ce qui constitue ainsi l'unité de la culture européenne, il est possible d'en déduire que ce qui selon Jean-François Mattéi conduit la culture vers son épuisement est la perte de son âme, c'est-à-dire de son regard vers le lointain. Au profit de quoi et selon quels mécanismes une telle perte s'opère-t-elle ? Aux sources de l'épuisement de la culture européenne, Jean-François Mattéi semble indiquer deux causes principales.

La première cause se situe au niveau de la perte de tout horizon transcendant : "[…] ce qui a disparu, c'est le regard transcendantal que l'homme européen ou occidental portait sur son horizon d'existence, sur la fin morale qui éclairait ses choix et sur une liberté qui devait son orientation à la visée d'un bien commun."  Le risque est d'effacer le souci de l'âme pour lui préférer l'affirmation d'un moi substantialisé, tourné vers lui seul et les procédures par lesquelles il s'affirme et s'accomplit, incapable de se détourner de lui, ne supportant pas plus l'infini que l'altérité. Et Mattéi d'évoquer Sartre qui ne voit plus en autrui que celui qui me chosifie. Cette critique s'avère quelque peu unilatérale et on pourrait ici reprocher à Jean-François Mattéi de se complaire dans la critique plutôt que de s'intéresser à la vivacité des interrogations philosophiques sur le sujet et de chercher à en mettre en perspective les différentes approches.

Cette perte de l'horizon transcendant se joue également au niveau de notre rapport au monde et à la politique. Dans son désir d'universalité, l'Europe tendrait à confondre son désir de lointain avec un désir d'assimilation, d'appropriation de celui-ci et détourne le sens de sa préoccupation vers un souci de puissance, de maîtrise du réel. Ce ne sont plus alors les idées transcendantes qui dirigent le regard européen, mais les seuls processus par lequel le réel est soumis à la pensée. "L'impérialisme de l'action est ainsi la conséquence naturelle de l'empire de la pensée dès qu'elle cherche à connaître et à posséder, pour mieux jouir d'elle-même, tout ce qui tombe sous son regard."  Là encore, la critique peut rencontrer certaines limites dans la mesure où elle tend à indifférencier les théories (comme celle du progrès) qui considèrent les processus dans un sens téléologique comme orientation vers une fin idéale de l'humanité, et les théories (par exemple l'approche deleuzienne du sens)  qui considèrent les processus comme flux continu et immanent où surgit sans cesse de l'imprévisible. Sans soute peut-on déceler dans cette indifférenciation une volonté de ne pas se confronter, en les disqualifiant d'emblée, à des pensées qui récusent l'universalisme que Jean-François Mattéi défend en limitant la portée de son possible dévoiement.

La seconde cause se situe au niveau du fait que la portée critique, inhérente à un regard qui place toujours la distanciation d'un horizon à son origine, peut finir par se retourner contre lui. Sur ce point, précisons-le d'entrée de jeu par honnêteté intellectuelle, nous nous sentons en profond désaccord. Jean-François Mattéi s'en prend tout particulièrement à Derrida, dont il tend à réduire la pensée de la différence de soi à soi et la visée de la déconstruction à une forme de repentance qui serait une dénégation de tout sens  et un refus pur et simple de toute culture européenne . C'est ne pas voir qu'en confrontant la pensée aux limites de ce qui lui est impossible et en renvoyant le sens à ce qui le constitue, Derrida, nous semble-t-il, propose une forme de regard porté vers le lointain mais sans aucune forme de téléologie (cette même téléologie dont nous pensons qu'elle n'a pas assez été thématisée par Jean-François Mattéi) ni de prétention à l'universalisme, comme une manière d'écarter le péril pointé par Mattéi de l'attention à la seule puissance et à la domination qui abolit les différences et réduit l'altérité. Bien loin de conduire à l'aveuglement du regard dont elle trahirait les principes, nous pensons que la philosophie derridienne peut être à même de lui donner sa pleine portée et son élan initial.

Tenant compte de ces aspects, on peut être amené à reconsidérer la définition que donne Jean-François Mattéi de l'identité de la culture européenne et du privilège qu'elle tirerait de son rapport à l'universel. D'une part, on peut se demander s'il est légitime d'accorder la portée d'un regard théorique à la seule culture européenne, et s'il n'en existe pas la trace dans des œuvres d'auteurs extérieurs à la sphère européenne. D'autre part, on peut se demander s'il n'est pas possible de donner un autre sens à l'universel que celui qui en fait l'émanation et le privilège de la seule pensée européenne  .


Jean-François Mattéi, sur un sujet difficile, propose une réflexion argumentée qui ne sombre jamais dans la polémique et qui a le mérite de mettre en avant l'importance et la nécessité de s'interroger sur notre rapport à notre héritage culturel et au risque que représente la perte de l'horizon du sens, ce sans jamais tomber dans les excès d'une substantialisation de l'identité qui se constituerait dans le refus de toute altérité et dans le seul souci de son affirmation, en occultant tout ce qui se tient au-delà d'elle. Cependant, son éloge de l'identité européenne le conduit à une disqualification trop rapide de certaines pensées critiques et à ne pas prêter assez d'attention à ce qui constitue l'altérité de l'Europe.


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Crédit photo : Galerie de Albertane / Flickr.com
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2 commentaires

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Cercle-bourgogne.hautetfort.co

06/05/08 04:23
Article d'intérêt.
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Megistias

05/09/08 19:40
Idées : Le regard vide, de Jean-François Mattéi.


[Le philosophe Jean-François Mattéi a publié récemment un livre remarquable : Le regard vide ( Essai sur lépuisement de la culture européenne. 306 pages. Editeur Flammarion). Cet ouvrage profond et passionnant est aussi de lecture parfois difficile. Larticle qui suit a voulu en extraire la substantifique moelle, et en faciliter la lecture en proposant, et rien de plus, un guide de lecture].




« Un mythe », disait Sacha Guitry, pour rire, dans un de ses innombrables festivals desprit, cest une chose qui nest pas vraie » Et dattribuer, dans la foulée, aux femmes, son objet détude privilégié, une congénitale mythomanie, qui leur assurait, disait-il, une si grande supériorité sur lhomme dans lart de la comédie, et le goût des « choses fausses », sauf des bijoux toutefois !
Sacré Sacha !
Mais le « mythe » est quelque chose de bien plus sérieux, que les mythographes ont répertoriés, et que les mythologues prétendent expliquer ou interpréter. Les mythes sont alors des récits, imagés, symboliques, par lesquels les hommes ont tenté dexpliquer lunivers, son origine, et son histoire. Ils sont aussi des condensés dexpériences, qui, sous une forme plus ou moins voilée, sont censés conserver lexpérience vécue, dès les temps les plus anciens, pour les faire servir, à présent, à la lutte pour la vie, à la solution des problèmes que lhumanité se pose de siècle en siècle.
Les mythes pullulent dans la littérature religieuse, dans les récits des grandes épopées littéraires. Ils perdurent au cur même de la modernité, sous des formes nouvelles ; les gadgets de la technique la plus avancée, ont remplacé les artifices magiques de lantiquité, mais les hélicoptères ont remplacé Pégase, E.T pourrait bien évoquer Ulysse, et James Bond Héraklès. La structure du mythe est toujours présente, toujours prégnante, et lon sait lusage quont fait, avec des fortunes diverses, de lanalyse des mythes, et pour nous en tenir à la psychologie, un Freud, un C-G.Jung, pour rendre compte des profondeurs du psychisme humain.
Dans le livre quil vient de publier (Le regard vide, Essai sur lépuisement de la culture européenne, chez Flammarion), le philosophe Jean-François Mattéi a recours au mythe pour tenter de percer le secret de lEurope, pour tenter de saisir lessence de cette civilisation, et la nature de la maladie qui, présentement laffecte et la dévore.

(I) A lorigine.

Il y a trois mille ans, il ny a pas encore de civilisation européenne. Elle va surgir et se former peu à peu.
J-F Mattéi a recours au mythe pour en décrire la genèse. Plus précisément au mythe dEuropé, la merveilleuse fille du roi Agénor, de Tyr, que Zeus trouva si belle, que pour la séduire il se transforma en un magnifique taureau blanc, que la jeune fille ravie chevaucha pour samuser, mais qui aussitôt séloigna du rivage, lemportant jusquen Crète, mais pas au-delà.
Dès lantiquité grecque, lépopée dEuropé fut analysée, sous divers angles.
Europé vient dAsie comme on dénommait alors le moyen orient. Elle fut à lorigine de la dénomination dun continent que pourtant elle nabordera pas.
Ses frères, (son sang) partis à sa recherche ne la rejoindront pas, mais fonderont des villes.
Demblée, saffirment les thèmes de linsatisfaction, et de lédification.
Etymologiquement, Europé renvoie à la forme verbale grecque « opopa » : le fait de voir.
Pour les Grecs le mot « ops » désigne le regard, cest-à-dire ce qui tient à distance lobjet que lon observe, pour le considérer dun il critique, avec objectivité. Regard de savant, de théoricien de lobjectivité, qui sous-tend la pensée européenne tout au long de son histoire.
Mattéi résume en voyant dans lEurope une civilisation qui na pas sa source en elle-même, mais dont le regard est orienté vers lextérieur ; une culture qui a connu un destin darrachement au sol où elle est née ; une culture de fondation de « villes ».
Déplacement, mouvement, fondation.
Déjà, bien avant Montesquieu, le Grec Hippocrate, le patron de la médecine, avait noté autre chose : linfluence des climats sur les peuples.
Or la diversité, le changement permanent des climats en Europe, oblige celle-ci, pour survivre, au changement, à ladaptation.
Pas de repos pour les Européens. Avec cette conséquence, évoquée par Aristote dans sa Politique : « le barbares sont plus enclins à la servitude que les Grecs, et les Asiatiques que les Européens ».
A la silhouette qui se profile, viennent sajouter dautres lignes. Celles quapporte le récit biblique.
Denis de Rougemont note des similitudes entre le païen Agénor, et Chnas, ou Canaan, dans la Bible. Les voyages des fils dAgénor, auraient pour équivalents lexode des fils de Cham, fuyant lesclavage auquel ils auraient été promis.
Le christianisme enfin ajoute sa note particulière et capitale à la formation de lidentité européenne. On sait que les Grecs distinguaient le monde des Hellènes, et celui des barbares, que les Romains faisaient de même, le « limes » (la frontière) étant la ligne de démarcation entre la civilisation et le reste.
Après la conversion de lempire romain au christianisme cette frontière cesse dêtre géographique. Le couple significatif est désormais celui du chrétien et du païen. Le « limes » (la ligne de partage) devient intérieur, spirituel, et passe à lintérieur de chacun.
Métamorphose capitale, puisque avec lavènement (progressif) de la chrétienté, « leuropéanité », si jose dire, cesse dêtre biologique, raciale, géographique, etc, pour devenir spirituelle, puisquon peut être un descendant de Romulus, et pourtant être un pauvre païen, un esclave, et cependant un bon chrétien.
Mieux, comme le souligne, alors, St-Augustin, le paganisme (nouvelle dénomination de la barbarie) passe désormais en nous. Et le travail de civilisation passe par une activité constante darrachement aux forces qui nous éloignent de la perfection.
LEurope, qui naît alors et se développera tout au long du moyen âge, ajoute à son désir dêtre, le souci du perfectionnement indéfini, par lanalyse de soi, la connaissance, non plus seulement du monde extérieur, mais de soi-même, de la vie intérieure, orientée vers lidéal. Et elle conserve, dans son être le plus profond cette insatisfaction, à légard delle-même et du monde, que lui lègue ses origines.
Pour résumer lanalyse disons que :
Le mythe phénicien avait conduit la princesse Europé vers les terres lonitaines où portait le regard.
Les Grecs, puis les Romains ont creusé la distance, non plus seulement géographique, mais culturelle avec les « barbares ».
Cette différence est devenue plus profonde avec le christianisme dont la fin devient encore plus lointaine : la parousie, ou attente du retour du Christ en gloire.
Lattente du Christ creuse en lâme une inquiétude qui ne peut être comblée que par linfini.
Ainsi se constitue la culture européenne, alors en bonne santé. La culture, cest-à-dire la formation du regard et du « bien choisir », ou comme dira Nietzsche : « éduquer un peuple à la culture, cest essentiellement laccoutumer à de bons modèles, et lui inculquer de nobles besoins ».
Poursuivant son analyse Jean-François Mattéi distingue, dans le regard européen, trois direction principales : Le regard sur le monde, le regard sur la cité, et celui sur lâme.

II) Un regard sur le monde.

Regard, et davantage, souci, pour suivre correctement la pensée de notre philosophe. Il y a dans le souci, plus que dans le regard. Par le souci, regarder devient une tâche inquiète, et passionnée, par delà la matérialité plate du monde, sen arracher par un effort héroïque, pour en extraire le sens, sen extraire pour échapper à la quiétude de la vision immédiate des choses pour se porter vers un au-delà des frontières de lâme et du monde, vers linstance ultime de lIdée.
A travers un long voyage dans les méandres de la culture européenne, Mattéi sappuie sur la pensée de nombreux philosophes, doù se détachent, par la fréquence des références à leur pensée, les noms de Platon, de Plotin, de Heidegger, de Patocka, Pessoa, et peut-être surtout Emmanuel Kant.
Le regard européen, nous dit-il, après avoir scruté ces uvres canoniques, est un regard transcendantal, qui de ce fait unifie lensemble de nos représentations en une seule conscience dont la signification est universelle.
Cest une observation importante. Contrairement à dautres cultures, fermées sur elles-mêmes, qui nont pas lidée que leurs principes et croyances puissent être mises en doute, cultures dirais-je « provinciales », la culture européenne, à tort ou à raison, pense, et se pense, en termes duniversalité.
Mattéi est, là-dessus sans équivoque : « La thèse que je soutiens dans cet ouvrage sur la culture de lEurope est bien dorigine kantienne ; mais il nest pas difficile de lui reconnaître une ascendance grecque, plus précisément platonicienne, en raison de ce vocabulaire de lidéalité que partagent tous les penseurs européens, les matérialistes aussi bien que les idéalistes. En clair, cest la constitution de lhomme telle que la pensée notre culture dans ses plus hautes réalisations, ce que Kant nomme le « sujet transcendantal »et que jappelle plus simplement le « regard », qui a déployé cette conception dune âme susceptible de découvrir les formes auxquelles se plient toutes les expériences possibles. Et cette constitution est luvre de la culture européenne qui la universalisée au profit de lhumanité entière. En élaborant le concept de transcendantal, Kant na fait que tirer les conséquences métaphysiques de ce que la réflexion des penseurs occidentaux avaient développé depuis les Grecs ». (pages 93-94).
Il ne sagit pas, pourtant, selon notre auteur dun « eurocentrisme »facile et de mauvais aloi. Montaigne est aussi parmi ses références, pourtant peu suspect détroitesse desprit et de provincialisme culturel.
Précisément, Montaigne est celui, qui partant de lobservation concrète de lui-même, et de son environnement, chez lui et dans ses voyages, de la lecture des plus grands penseurs, avec lesquels il sentretient dans le silence de sa bibliothèque, a le souci de peindre et découvrir par delà les idiosyncrasies personnelles, « la forme entière de lhumaine condition ».
Et puis lauteur na aucune peine à démontrer que la critique de leurocentrisme est dabord une critique qui vient de lEurope elle-même. Les lumières par exemple, deux siècles après Montaigne remettent en question la vision de lEurope par elle-même par comparaison aux autres cultures. Cest lépoque de la diffusion du mythe du « bon sauvage », auquel sont liés les noms (héritage encore de Montaigne) de Rousseau, de Montesquieu de Bougainville, de Diderot. Dans sa fiction critique des « Lettres persanes », Montesquieu fait visiter la France par deux Persans qui jettent un regard aigu sur la personne invitante. Ce nest plus le civilisé qui étudie le primitif, mais le primitif a qui le civilisé a donné la parole, qui décrit le civilisé. Regard typiquement européen. Dans cet ouvrage le regard de lautre sur soi permet détablir une distance critique.
Mais QUI a éclairé le regard de lautre ?
«.. On aurait pu, écrit J-F Mattéi, laisser les cultures archaïques à lécart du mouvement que lEurope a insufflé à lhistoire en les protégeant par linsularité des utopies ou les réserves de lethnologie. Cest oublier que la prise en compte des autres sociétés est marquée justement par un tel écart critique et que lesprit européen vit de la distance exotique qui le sépare de lobjet visé. La réciproque nest pas vraie. Aucune autre culture na jeté de regard éloigné, ou abstrait, sur la culture européenne, et aucune na eu le goût de lexotisme, car le monde primitif, plein de forces et de dieux, était refermé sur lui-même. La liberté du regard européen est un luxe de civilisé qui se détache de son monde, au moins depuis le christianisme, parce quil lui semble vide. Cest là que gît la séparation entre les cultures et entre les regards ».
La pensée européenne, en son essence (pas en ses caricatures, ou ses errances, quand elle sest, trop souvent, éloignée delle-même, pour retomber dans les ornières de la barbarie ; errances que, seules, retiennent ses ennemis, principalement des Européens dailleurs), nest pas le refus de considérer toute forme darchitecture, ou de sculpture, de musique, de poésie, différentes des formes de ces arts dans lAthènes antique, comme des modes de barbarie. Ce quelle cherche, par delà les différences, ou les singularités, ce sont les universaux, les archétypes universels.
Ce qui intéresse le philosophe grec par exemple, cest lHomme. Non lhomme individuel, qui sappelle Callias, (ou Charles, ou Juliette ou Farid) avec ses particularités strictement individuelles, mais ce par quoi il peut être dit un Homme, son essence, ou sa nature dHomme, qui seule, si elle existe, est le fondement dune juridicité universelle, le fondement des « droits de lhomme ».
Dans son style de philosophe, difficile, technique mais rigoureux, Mattéi lexprime fort bien : « La figure de lEurope ne senracine pas ainsi dans lunivers matériel et ne sincarne pas dans une détermination raciale ou sociale ; elle sinscrit dans une « entéléchie » qui domine de part en part le devenir de lEurope dans la diversité de ses figures », ou, plus simplement dit, dans un « telos spirituel », une fin idéale visée en direction dun « pôle éternel » qui nest autre quune « idée infinie, sur laquelle, de manière cachée, lensemble du devenir de lesprit » de lhumanité européenne veut déboucher ».
Ainsi la culture européenne ne se confond pas, comme dautres cultures (la Chinoise traditionnelle, par exemple, même si M.Mattéi ne cite pas cet exemple) avec une expression géographique, avec une race, ni même avec aucune des formes que son art, ou sa technique ont pu prendre au cours des siècles.
LEurope, se caractérise par son « telos » ( fin, but, visée, et je dirai : ce qui est le nerf de la pensée et de laction), cest-à-dire, au delà de la légitimité, dans certaines limites, du chatoiement des usages et des uvres, par son goût et sa passion de la vérité, universelle, de ce que peut découvrir, dans un esprit de vérité universelle, le Chinois, le Français, le Congolais, ou lamérindien, quand il cherche lHomme, comme disait avec humour, dans un autre contexte, le célèbre Diogène.
Et cest la perte de ce « telos », dans lEurope moderne, qui inspire des inquiétudes aux esprits lucides, comme lauteur le souligne, et comme jy reviendrai un peu plus loin.

III) Un regard sur la cité.

La philosophie naît de létonnement disait Socrate. Pour lui, rien ne va de soi, et comme disait Schopenhauer « plus un homme est inférieur par lintelligence, et moins lexistence pose pour lui de problèmes ».
A ce compte lEurope est (ou du moins a été) des plus intelligente.
Sétonner, cest dabord prendre conscience que rien ne va de soi : par exemple lordre du monde, ou encore lordre dans la cité.
A cet égard lEurope, dans son développement spirituel est une perpétuelle remise en question de lordre des choses. Cette remise en question a engendré une véritable culture de lindignation, et en premier lieu contre linjustice.

Lidéal de Justice.

Cette remise en question de linjustice suppose une réflexion rationnelle et méthodique sur la Justice, une recherche philosophique de lIdée vraie du Juste. Toujours le regard, la mise en perspective du tout fait, en fonction de lidéal, qui, dans la mesure où elle progresse permettra la prise de conscience dun « ordre » social quelconque comme désordre.
Oui, la pensée européenne est transcendantale, pour reprendre la terminologie évoquée ci-dessus.
Cela ne signifie pas que la civilisation européenne a toujours uvré justement. Lhistoire est là pour nous rappeler ses errements, ses fautes, ses crimes. Mais ceux-ci découlent-ils de son essence, ou de son éloignement de cette essence ?
LEurope est à la recherche de la Cité idéale. Sans doute, encore, ce thème de lutopie nest pas sans inconvénient. Dans leur recherche, les penseurs dEurope ont sans doute été à lorigine de maints errements, pour parler par euphémisme. Qui donc peut, sérieusement, affirmer que penser véritablement est chose facile !
Lessentiel est ici de considérer que lessence de lEurope, que nous recherchons, est dans ce mouvement vers la Justice. Que ce mouvement na de sens que par lorientation du regard vers lIdée du Juste, lIdée du Bien.
Et cette recherche de la justice nest possible que par la mise en action des principes de la raison « universelle », découvertes et énoncées par lEurope. « Elle en est lâme, écrit encore Montaigne, et partie ou effect dicelle : car la vraye raison est essentielle, de qui nous desrobons le nom à fauce enseignes, elle loge dans le sein de Dieu ; cest là son giste et sa retraite, cest de là où elle part quand il plaist à Dieu nous en faire valoir quelques rayons ».

Lidéal de liberté.

Un autre des piliers de la culture européenne est lidéal de liberté, la prise de conscience de labîme quil y a entre lêtre et le devoir être. Ici encore la réflexion nous renvoie à la transcendance de lIdée qui est la force étrangère qui nous appelle à nous arracher aux adhérences, grâce à « une puissance désobjectivante, une puissance de distanciation à légard de tout objet possible ».
Et ici, cest Hegel qui écrit : « Tout comme dans le domaine théorique, lesprit européen cherche à atteindre aussi dans le domaine pratique lunité à produire entre lui et le monde extérieur. Il soumet le monde extérieur à ses buts avec une énergie qui lui a assuré la domination du monde. Lindividu part, ici, dans ses actions particulières, de principes universels fixes ; et lEtat représente en Europe, plus ou moins, le déploiement et la réalisation effective arrachés à larbitraire dun despote la liberté au moyen dinstitutions rationnelles ».

IV) Le regard sur lâme.

Sous-jacente à ces préoccupations essentielles sur le monde, qui dénote bien plus que son apparence, sur la justice et la liberté, réside lâme elle-même.
Quand Socrate se préoccupe de découvrir ce quest lHomme en lui-même, cest quil a compris que tout le reste est subordonné à une substance fondamentale qui est lâme elle-même. Cest le premier, en dignité, des fondamentaux que plus tard on appellera la personne humaine.
On distingue, par exemple, la cithare, du joueur de cithare. De même lhomme est plus que son corps, et ses qualités. De même lhomme, en lui-même, est distinct de son corps.
Et selon le degré de perfectionnement de son âme, il jouera plus ou moins bien de son corps. Le duo Socrate-Alcibiade, est, à cet égard, révélateur.
Socrate, est un modèle de laideur, et nul na oublié le portrait charge quen a tracé Rabelais, « le visage bovin, le regard dun fou ».
Alcibiade, au contraire, est une merveille de la nature. Il a pour réussir en société, tous les atouts, la beauté, la grâce, le brio intellectuel. Mais il laisse le souvenir dun ratage. Alcibiade est un raté, car il a dédaigné de cultiver son âme, concentrant toute son attention à la réussite mondaine.
Tandis quau contraire, Socrate a surmonté tous ces handicaps par le soin inverse. Cest lui, le modèle de tout ce quil y a de vraiment noble à Athènes ; cest lui, le père de la philosophie, linitiateur de la sagesse. Et par-dessus les siècles, il continue à mouvoir lappétit des âmes cultivées pour le dépassement de soi, en direction de lIdée, de lidéal.
Lintrospection, une introspection métaphysique, est au fondement de lEurope en sa substance la plus vraie, et complète.
Les pères de lEglise, au premier rang desquels, St-Augustin, ne sy sont pas trompés qui ont discerné en son testament les prodromes de lEvangile.

V) Le regard aveuglé, ou le déclin.

La culture européenne est donc une culture du regard. Son souci, dont dépend le bonheur, léquilibre, la réussite humaine postule cet objet divin que Platon, dans sa République appelait lidée du Bien.
Saint Augustin au livre VII des Confessions évoque ce regard : « Jentrai, et avec lil de mon âme, quelque médiocre que fut son état, je vis au-dessus de ce même oeil de mon âme, au-dessus de mon intelligence, une lumière immuable, non pas cette lumière ordinaire perceptible à tout regard charnel (). Elle était dun autre ordre que tout ce monde dici-bas ».
Mais cette vision européenne sest obscurcie, cette foi en la lumière sest engourdie.
Le regard est désormais vide, comme celui des statues antiques des musées, qui ont perdu les couleurs quelles portaient jadis.
Cela sest accompli peu à peu. Beaucoup font remonter la crise (paradoxalement) aux lumières et au XVIIIè siècle. Dautres remontent plus loin en arrière. Lauteur y consacre des pages nombreuses et éclairantes, quil ne me sera pas possible de résumer en quelques pages. Mais il y a crise de lEurope. Elle existe toujours. Paradoxalement une part delle-même sest étendue au monde entier. LAmérique est européenne. LAsie en voie deuropéanisation. Si le Japon, hier, la Chine aujourdhui, sont entrés dans le concert des grandes puissances mondiales, cest en adoptant les techniques de management de loccident.
Mais dans le même temps, lEurope se trouve refoulée, confinée au continent qui porte ce nom, « ce petit cap avancé du continent asiatique ». Elle a cessé de croire en elle, et se trouve en butte à des critiques, même à une haine qui peut faire peur.
Les plus virulents de ses contempteurs sont des européens mêmes, surtout des intellectuels, qui se livrent à un jeu mortel de déconstruction des valeurs les plus éminentes, qui ont été évoquées plus haut.
Il ne sagit pas, pour eux, de repérer pour les vitupérer, et corriger, les fautes, erreurs, crimes, ces manquements à lidéal. Nous serions alors dans le registre de la critique légitime (et de lauto critique, qui est au cur de lexamen de conscience) dont nous avons vu quelle étaient consubstantielles à lEurope.
Il sagit dune entreprise, douloureuse, et délirante de haine de soi dont ce texte de lécrivain Suzanne Sontag donne une idée assez exacte : « La vérité est que Mozart, Pascal, lalgèbre de Boole, Shakespeare, le régime parlementaire, les églises baroques, Newton, lémancipation des femmes, Kant, Marx, les ballets de Balanchine etc, ne rachètent pas ce que cette civilisation particulière a déversé sur le monde. La race blanche est le cancer de lhumanité. Cest la race blanche, et elle seule - ses idées, et ses inventions qui éradiquent les civilisations autonomes partout où elle sétend, qui a bouleversé léquilibre écologique de la planète, et qui menace maintenant lexistence de la vie elle-même » (sic).
Lauteur de cette bouffée délirante jette le bébé avec leau du bain, les errements à lécart de lidéal avec lidéal lui-même.
Camus lavait dit : « le drame de lEurope actuelle, cest quelle naime plus la vie »
Elle naime pas la vie parce quelle en a exclu lEsprit, la réduisant à un pur jeu datomes, initié par le ..hasard !
Le drame de lEurope, cest lembourbement dans le matérialisme, le refus de tout ce qui la fondé : la recherche de la transcendance, la foi dans le pouvoir de lesprit de libérer lhomme de lanimalité, de linviter à la communion en cette lumière quévoquent Platon, St-Augustin, et même Nietzsche encore, et qui sappelle le Bien, lAmour pour les chrétiens.
Dès lors la notion de « personne humaine » disparaît pour laisser place à lindividu moderne quun Gilles Deleuze décrit comme une « machine désirante ». Et les machines désirantes « ça fonctionne partout, tantôt sans arrêt, tantôt discontinu. Ca respire, ça chauffe, ça mange, ça baise ! () Partout ce sont des machines, pas du tout métaphoriquement : des machines de machines, avec leur couplages, leurs connexions. () Le sein est une machine qui produit du lait et la bouche une machine couplée sur celle-là. () Le désir fait couler, coule et coupeflux de cheveux, flux de bave, flux de sperme, de merde ou durine, (..) etc, etc.
Cest cette Europe là qui est une catastrophe, dans lexacte mesure où sa maladie, qui est le nihilisme, est lexact contraire de la santé perdue.
J-F Mattéi en donne une description fort exacte et lucide. Il évoque la désintégration de la langue, celle de lart, dans la mesure où ce qui se présente sous la dénomination dart moderne en mérite encore le nom.
Il donne de remarquables exemples de cette déchéance voulue : « Car c'est bien de néant qu'il s'agit dans une culture frappée de nihilisme. On régresse abstraitement de la peinture à la toile, de la toile à l'objet, de l'objet au cadre et du cadre à l'artiste afin que la planéité du tableau mette un terme à la hauteur de l'uvre. Lorsque l'artiste en arrive à exhiber le rien, ou à s'exhiber lui-même, ce qui est souvent lié, il peut proclamer, avec la vacuité de l'art, la mort de l'uvre. C'est l'existence propre de l'objet artistique, privé de beauté et de signification, qui est menacée dans son intégrité ontologique quand on la réduit à une confusion d'éléments esthétisables selon le décret de l'artiste. La mort de l'uvre est alors programmée à travers ce que Lévi-Strauss appelle « les productions les plus sordides de la culture ». J'en citerai quelques exemples dans le désordre de leur insignifiance: les poubelles de Spoerri, les boîtes de tampon à récurer de Warhol, les images d'abattoirs d'Éli Lotar, les nus encadrés d'étrons humains de Gilbert et George, les imageries fécales de Noritoshi Hirakawa, les gorets en putréfaction de Christian Lemmez, et pour reprendre une illustration emblématique, la Merda d'artista de Piero Manzoni dans ses 90 boîtes vendues au prix de lor. On fouille et lon touille linhumain dans l'homme, non pas pour transcender l'humanité vers la création, mais pour explorer ce qu'il y a, dans l'immanence du geste quelconque, de pauvre, de repoussant ou d'insignifiant. La rupture avec la transcendance consommée, nul n'attend plus rien des splendeurs derrière les tombeaux car les tombeaux sont vides et ne laissent aucun espoir de résurrection. L'art lui-même est vide ».

VI) Un combat pour la vie.

Cette maladie de lEurope, qui est une maladie du monde tout entier, vue son imprégnation des « valeurs » européennes, il est urgent de recourir aux thérapeutiques les mieux adaptées.
Le grand corps malade a encore des ressources vitales. Cest à formuler le meilleur diagnostic que le philosophe Mattéi, professeur des universités, membre de lInstitut, lune des têtes pensantes majeures aujourdhui en France, sest attaché.
Il se situe dans la mouvance de cette nouvelle évangélisation que promut naguère Jean-Paul II, et que poursuit lEglise catholique (elle nest pas la seule).
Cest par la tête que le poisson pourrit dit le proverbe.
Cest à lui remettre les idées en ordre, en lui réapprenant le meilleur de sa tradition que lon arrachera lEurope à sa névrose actuelle.
Linauguration, (la restauration pour être plus exact) dans quelques jours à Paris, par la pape Benoit XVI, du fameux collège des Bernardins, sinscrit dans ce combat pour la VIE.

Megistias.


PS : Il y a une remarque, que ne fait pas Jean-François Mattéi, que je me permets de faire sous forme de question naïve. Dans le texte de Suzanne Sontag, cité dans larticle ci-dessus, lauteur déclare que « la race blanche est le cancer du monde ».
Cette phrase est passée, comme une opinion, parmi dautres. Quen aurait-il été si quelquun avait écrit que « la race noire, ou jaune, sont des cancers de lhumanité ». Imagine t-on le concert (justifié) dimprécations qui sen serait suivi ? La déflagration (justifiée) de mise en examen pour incitation au « racisme le plus barbare qui aurait retenti ?
Ma question naïve, est un bon indice de létat du monde occidental en ce moment de lhistoire. Individuellement, pourtant, le masochisme est toujours considéré comme une pathologie du comportement.


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