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Société

Atlas mondial des migrations

Couverture ouvrage

Catherine Wihtol de Wenden
Autrement , 79 pages

Toute personne a le droit de circuler librement
[jeudi 12 fvrier 2009]
Catherine Wihtol de Wenden livre un tableau passionnant d’un phénomène sans réelle gouvernance.

Jamais la Terre n’a été une si petite planète : 200 millions de migrants se jouent en permanence de ses frontières, de ses États et de leurs territoires.

Depuis l’essor des appareils statistiques modernes, le chiffre et sa culture sont à la base de tout gouvernement des hommes qui se respecte. Et l’administration n’est jamais tant elle-même que quand elle jongle avec des abstractions budgétaires et des numéros de dossiers, d’étrangers, de guichets. Il est cependant des moyens de rendre à la société une part d’humanité en transformant par exemple ces chiffres désincarnés en flux matérialisés dans l’espace de la carte, comme incrustés dans des territoires vivants où se dessinent des trajectoires humaines distinctes, des rêves d’eldorado inassouvis et des saisons de sueur voire de larmes pour les travailleurs immigrés.

Quatre ans après sa première parution, l’Atlas mondial des migrations de Catherine Wihtol de Wenden ressort dans une nouvelle édition entièrement mise à jour. Le sujet est à la mode : une floraison de publications a apporté des données nouvelles et plus précises. Du côté des États, d’une part, l’élan sécuritaire issu du 11 septembre continue d’être largement exploité pour justifier des contrôles de plus en plus stricts de l’accès au territoire. Au niveau des organisations internationales, d’autre part, une attention croissante est portée à des phénomènes migratoires ingérables à l’échelle nationale, en croissance régulière, et dont l’évolution permanente est un défi posé à toute tentative de gouvernance. On peut d’ailleurs parier que les effets de la crise économique mondiale sur ces migrations, que ce soit sur le nombre de Mexicains traversant le Rio Grande pour se rendre aux États-Unis, les wet backs, de paysans chinois délaissant leurs champs pour rejoindre les usines des villes, ou de jeunes Polonais accourus en Angleterre pour profiter de la fin des années Blair, justifieront une nouvelle édition de cet atlas d’ici deux ou trois ans.

En attendant, le cru 2009 de ce petit ouvrage de Catherine Wihtol de Wenden est un outil tout à fait précieux par l’excellente vision d’ensemble qu’il propose d’un phénomène que sa variété rend difficile à cerner. Passées des cartes générales, précises et éclairantes, mais attendues, comme sur les principaux flux de migrants, les réfugiés, les diasporas ou la fuite des cerveaux, le grand pôle d’attraction que constitue l’Europe se voit consacrer pas moins du tiers de l’ouvrage. Les cartes sont récentes et précises, et les commentaires pertinents, que ce soit pour faire ressortir les "couples migratoires" de pays (France-Algérie, Allemagne-Turquie), les lieux de passage clandestins, ou les divers espaces et statuts juridiques réservés aux étrangers (des limites de Schengen à la carte des lieux d’enfermement). Ces cartes dessinent un espace tenté par le repli sur soi, une ancienne terre d’émigration qui peine à se concevoir en terre d’immigration, une Union européenne dont les velléités trouvent peu de prise sur les orientations politiques nationales.



Après l’Europe, les autres grands foyers de migrations mondiaux sont passés en revue : monde arabe, Afrique subsaharienne, Proche et Moyen-Orient (un réfugié sur trois dans le monde vit en Iran ou au Pakistan !), Asie orientale (40% des migrants dans le monde), continent américain… Sans entrer dans le détail, on peut ici encore souligner l’intérêt des changements de focale allant traquer l’inscription dans l’espace des phénomènes migratoires jusqu’à l’échelle d’une ville, de Kaboul à Los Angeles.

Enfin, cet Atlas des migrations se clôt sur les nouveaux enjeux qui modifient actuellement le visage de ces migrations : féminisation, émergence de réfugiés environnementaux, nouvelles solidarités entre pays de départ et pays d’accueil, apparition de "villes globales"… De fort stimulantes perspectives pour appréhender d’un œil neuf une question que l’on croit à tort souvent plus liée à la question de l’identité qu’elle ne l’est vraiment : comme le note l’auteur, "plus on ferme les frontières plus les migrants s’installent, plus on ouvre, plus ils circulent et moins ils se sédentarisent". Une pensée que l’on devrait méditer du côté du 101, rue de Grenelle, en allant ratifier les instruments internationaux existants tels que la Convention des Nations Unies sur la protection des travailleurs migrants (1990) avant d’aller chercher à arracher à de nouveaux pays africains des "accords de gestion concertée des flux migratoires". Ce fut le cas récemment au Mali… où heureusement l’on s’avisa fort justement de l’erreur certaine qu’il y aurait à s’attendre à gérer quoique ce soit de façon "concertée" avec nos gardiens zélés de l’identité nationale.

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