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Economie

La responsabilité sociale de l'entreprise

Couverture ouvrage

Jean-Pascal Gond Jacques Igalens
Presses universitaires de France (PUF) , 126 pages

Une auscultation de la RSE
[vendredi 23 janvier 2009]


Les auteurs proposent avec ce petit livre une somme très utile sur la RSE, enjeu social et  économique majeur du XXe et, espérons-le, du XXIe siècle.

L’idée de responsabilité sociale des entreprises (RSE) est relativement ancienne, expliquent Jean-Pascal Gond et Jacques Igalens, car elle “s’est constituée en doctrine structurant les discours et pratiques des hommes d’affaires américains entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle […] dans une tradition de philanthropie corporative” . Mise sous le boisseau avec la crise de 1929, elle renaît dans les années 1950 et le monde académique s’en empare à son tour comme l’atteste le livre d’Howard R. Bowen Social Responsibilities of the Businessman, paru en 1953. Dès cette époque, l’idée de RSE fait l’objet de controverses, la plus célèbre critique restant celle de Milton Friedman.
Depuis une dizaine d’années environ, la RSE a fait l’objet d’une institutionnalisation relativement poussée sous l’effet d’initiatives d’institutions internationales : le Livre vert que la Commission européenne lui a consacré, le Pacte mondial proposé par Kofi Annan, ou la définition de nouvelles obligations légales (en particulier de reddition des comptes en matière sociale, environnementale et éthique). Ces dernières se sont alors accompagnées du développement d’une offre de services par des cabinets de conseils spécialisés dans la réalisation de rapports sur le développement durable, sur l’investissement et la consommation socialement responsables. Mais la RSE a également donné lieu à un travail intense de production de normes par des organismes nationaux et internationaux, dont certaines destinées à la certification.

Une cartographie des théories susceptibles de fonder la RSE.

Le principal intérêt de cet ouvrage réside peut-être dans la clarification qu’il opère entre les différentes théories susceptibles de fonder la RSE. Historiquement, celles-ci ont progressivement intégré les trois niveaux des principes de responsabilité sociale, des processus de gestion des problèmes sociaux, et des résultats et impacts concrets des politiques de RSE . À partir des années 1980, ces approches ont été complétées par la théorie des parties prenantes, qui a permis de préciser les groupes vis-à-vis desquels l’entreprise devait exercer ses responsabilités . Une façon de clarifier le champ, montrent les auteurs, consiste à distinguer le type de représentation des relations entre l’entreprise et la société que supposent les différentes approches théoriques. L’approche fonctionnaliste appréhende la relation sur le mode de l’intégration et s’attache à éclairer les conditions grâce auxquelles les buts de l’entreprise et de la société peuvent être rendus compatibles . “L’approche socio-politique, davantage centrée sur les dynamiques de pouvoir, analyse le lien entreprise/société comme un rapport de force et de domination. La vision culturaliste s’attache à l’étude de la façon dont les entreprises s’imprègnent des valeurs sociales et influencent en retour ces valeurs” . Dans cette approche, la définition de la RSE varie en fonction du contexte organisationnel et national . “Enfin l’approche constructiviste est focalisée sur la co-construction de l’entreprise et de la société” . Selon cette dernière conception, “la définition et le contenu légitime de la RSE restent ouverts et sujet à négociation : la RSE est un ordre négocié, toujours susceptible d’être modifié ou altéré par les stratégies des acteurs.” . Chacune de ces approches privilégie des questions de recherche différentes, ce qui paraît de cette façon tout à fait naturel.



Un examen des retombées possibles et des outils développés.


Les auteurs consacrent le chapitre suivant à la question de la mesure de la RSE, de ses enjeux et des acteurs concernés, ainsi que des dimensions devant être prises en compte. On peut distinguer, expliquent-ils, parmi les différents modes de mesure qui ont été utilisés : les mesures de discours (sur la base des rapports annuels), les indicateurs de pollution, les mesures d’attitude ou de valeurs, les mesures de réputation et enfin les mesures comportementales ou d’audits . “Les outils qui tendent aujourd’hui à s’imposer […] sont ceux développés par les nouveaux praticiens de la mesure de la RSE que sont les agences de notation sociales et environnementales.” . Ils restent toutefois largement perfectibles comme l’ont établi des études récentes, l’une d’elles ayant notamment montré la faible convergence des scores attribués aux mêmes entreprises par différentes agences de notation, et une autre le faible pouvoir prédictif des données environnementales .


La question des retombées financières qu’une entreprise peut attendre de la RSE fait l’objet d’un autre chapitre . Celle-ci a donné lieu à de très nombreux travaux empiriques. La majorité d’entre eux montre une relation positive entre performance sociale d’entreprise (PSE) et performance financière (PF). Et les quelques bilans réalisés en leur appliquant des techniques de méta-analyses, plus exigeantes, “s’accordent sur l’existence d’une relation statistique faible, mais positive, entre la PSE et la PF” , notent les auteurs. Sur un plan managérial cette fois, il est possible d’aller au-delà du questionnement relatif à l’existence d’une telle corrélation générale, pour chercher à comprendre pourquoi et comment, dans une organisation donnée, l’effort en matière de PSE peut contribuer à renforcer la PF . Différentes études ont ainsi mis l’accent sur les bénéfices que l’entreprise pouvait espérer atteindre à travers la RSE en termes de légitimité, de protection à l’entrée, de recrutement, de différenciation, de maîtrise des risques, etc.
La RSE a aussi donné lieu au développement d’un certain nombre d’outils au nombre desquels figurent le reporting social (souvent intégré au rapport annuel, pour lequel on dispose d’un norme internationale privée : la GRI, Global Reporting Initiative), l’audit (interne ou externe) de la RSE (qui s’étend y compris aux sous-traitants), divers outils de diagnostic et d’aide à la mise en place proposés par différents organismes, ou encore d’outils intégrés à la gestion des ressources humaines (accords d’entreprise sur différents sujets, chartes diverses et variées, etc.).


La RSE reste un sujet en devenir.

Les défis auxquels la RSE est aujourd’hui confrontée n’en sont pas moins importants. Ils portent, toujours et encore, sur la conciliation entre celle-ci et la performance financière, sur son adoption par les pays émergents d’une part, et par les PME d’autre part, et encore sur sa meilleure prise en compte par les mouvements sociaux.
Son succès académique est considérable, en partie parce qu’elle est susceptible d’intéresser de nombreuses disciplines. Au-delà de l’entreprise, elle interpelle aujourd’hui tous types d’organisation, mais elle prend également de plus en plus de sens pour l’individu (“il semble raisonnable de prévoir qu’à l’avenir, un moteur de la RSE soit situé au niveau des attentes individuelles” . Mais aussi pour l’État, soucieux de l’amélioration de la performance sociale des entreprises qui opèrent sur son territoire, ou encore pour l’Europe (en dépit de l’échec du forum des parties prenantes que celle-ci avait organisé en 2004). “Il ne faut en attendre ni la résolution des grands problèmes que connaît la planète, ni une transformation des entreprises, encore moins du capitalisme”, mais elle peut contribuer à des progrès de moyenne portée en les incorporant progressivement aux outils de gestion traditionnels , concluent les auteurs.
Un petit livre excellent, à mettre entre toutes les mains.

 

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