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Négationnisme : pourquoi la France ?
[mardi 20 janvier 2009]

Après l’acclamation d’une des figures du négationnisme par un triste clown qui ne fait plus rire grand monde, voici un article qui tombe à pic. Signée par Henry Rousso, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, cette contribution à la dernière livraison de la revue Cités tente de répondre à trois questions : pourquoi le négationnisme concerne t-il particulièrement la France ? pourquoi a-t-il connu un essor dans les années 1970 ? pourquoi à l’Université ?

L’historien entame son article par un rappel des principales étapes du développement du négationnisme en France depuis la guerre, insistant de façon claire sur les évolutions et les personnages clés, comme Paul Rassinier qui postule que le génocide des juifs n’est qu’une "rumeur" inventée de toutes pièces par ceux-ci, inversant de cette manière la charge de la preuve (c'est désormais aux survivants qu'il incomberait de prouver leurs affirmations…).

Jusqu’aux années 1970-80, les idées négationnistes restent confinées à de petits cercles. Il en est ensuite définitivement autrement : en octobre 1978, l’ancien commissaire général aux questions juives déclare dans L’Express : "À Auschwitz on n’a gazé que des poux". Peu après, Robert Faurisson, maître de conférences en littérature affirme dans la presse : "Les chambres à gaz, ça n’existe pas !" . Viendront ensuite, en 1985, l’affaire de la thèse (finalement annulée) d’Henri Roques, les propos de Jean-Marie Le Pen puis des milieux islamistes (par la voix du chef d’État iranien notamment).

Henry Rousso avance plusieurs hypothèses pouvant expliquer cette forte présence de milieux négationnistes en France depuis les années 1970.

Tout d’abord la "nécessité politique" pour l’extrême droite, laminée après Vichy et la perte de l’Algérie française, de "faire sauter l’un des obstacles majeurs à [sa] renaissance". Il faut aussi considérer le contexte post-68 favorable à la révision "des grandes mythologies de l’après-guerre".  Ainsi réévalue-t-on par exemple l’implication de l’État français dans la Collaboration. Cette dynamique aurait offert un terreau favorable au développement du négationnisme, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche , alors que s’exprimaient parallèlement des besoins mémoriels croissants.

Reste la question de l’Université. Pour l’historien, auteur notamment du rapport sur Lyon-III, plusieurs raisons peuvent expliquer qu’elle ait pu accueillir en son sein des négationnistes. Il faut mentionner pêle-mêle l’habillage pseudo-scientifique par Faurisson des thèses de Bardèche ou de Rassinier, un esprit "anti-68" de certaines universités, le fait que les négationnistes purent s’appuyer sur des personnes qui étaient déjà en poste (comme Faurisson), sans oublier les réticences des universitaires à sanctionner leurs pairs.

Si, comme le rappelle Henry Rousso, le négationnisme n’a jamais modifié de façon sensible les acquis de la recherche scientifique, il n’en pose pas moins d’importantes questions éthiques, épistémologiques et juridiques. "Peut-on rester vertueux en luttant contre la perversion ?".

 

* Henry Rousso, "Les racines du négationnisme en France", Cités, n°36, 2008, p.51-62

 

* À lire également sur nonfiction.fr : 

l'entretien avec l'historienne Claire Toupin à propos de la réaction des intellectuels catholiques face à "l'affaire Williamson".

- notre dossier "Fascisme-nazisme. Histoire, interprétations, débats".
 

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