Géographie

Les glaciers à l'épreuve du climat

Couverture ouvrage

Bernard Francou Christian Vincent
IRD , 272 pages

Les glaciers, témoins privilégiés du réchauffement climatique
[samedi 29 septembre 2007]


Ce tour du monde des glaciers de montagne offre, photographies à l'appui, un nouveau regard sur le réchauffement climatique.

Les glaciers de montagne figurent des paysages qui sont parmi les plus impressionnants, les plus émouvants et les plus propres au questionnement. Présents sous toutes les latitudes et sur presque tous les continents, les glaciers vivent et évoluent. Ils sont des témoins de l'histoire de la terre et de son climat. On s'alarme aujourd'hui de leur fonte ou de leur recul. Qu'en est-il ? Quels enseignements tirer des observations de terrain sur leurs dynamiques et les évolutions de leurs masses ?


Un tour du monde des glaciers

Les Glaciers à l'épreuve du climat, que viennent de publier Bernard Francou et Christian Vincent apporte à ces questions des réponses étayées et passionnantes. Bernard Francou dirige l'antenne de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) installée en Equateur, qui comprend une dizaine d'équipes de recherche. Depuis quinze ans, ce briançonnais a consacré son travail et sa recherche à l'observation des glaciers des pays andins. Pour accomplir cette merveilleuse activité, il se rend tous les quinze jours sur un glacier à 5000-5500 mètres d'altitude. Son alter-ego, Christian Vincent, est chercheur au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement, le LGGE, à Grenoble. Il est responsable du service d'observation des glaciers dans les Alpes françaises.

Il faut d'entrée souligner la clarté et l'accessibilité du propos, qui ne cède pourtant jamais à la facilité ou à la simplification. Au contraire, tout l'intérêt de l'ouvrage réside dans son parti pris d'arpenter l'ensemble des glaciers de la planète, en restituant à chacun la spécificité de son comportement et l'historique de sa dynamique. Sous le signal global, que de disparités locales !

Le livre, à mille lieux des généralités catastrophistes, restitue le plaisir évident que les auteurs prennent à relater, en arpenteurs et en photographes, la vie et la dynamique propres à chacun des glaciers de montagne de la planète. C'est ainsi que, lovés dans les conclusions de portée générale à l'échelle de la Terre, les auteurs attirent notre attention et notre curiosité sur les anomalies d'échelles continentale, régionale ou locale. Le réchauffement climatique cesse tout à coup d'être abstrait et atmosphérique. Il devient comme palpable et ancré dans des réalités préhensibles visibles. Leurs analyses mettent ainsi en perspective le recul général effectivement constaté ces trente dernières années avec la variabilité du phénomène en fonction des conditions météorologiques locales. Les petits glaciers ne réagissent pas comme les grands. Les glaciers des zones tropicales pas comme ceux du cercle polaire. L'arpentage des auteurs attire l'attention du citoyen inquiet sur les anomalies constatées dans les Alpes, par exemple, où les phénomènes physiques et météorologiques propres à la dynamique des grands glaciers alpins l'emportent sur la variabilité du climat pour rendre compte des évolutions. Dans quelques rares régions, les bilans de masse des galciers ont montré une évolution positive, comme en Norvège maritime ou en Nouvelle-Zélande.

A l'appui de ce tour du monde des glaciers de montagne, Bernard Francou et Christian Vincent proposent près d'une centaine de clichés photographiques qui permettent au lecteur de visualiser très précisément les éléments de leurs démonstrations. L'évolution du glacier de Chacaltaya, qui domine La Paz dans les Andes boliviennes (5390m.), est ainsi saisie par six clichés qui, de 1940 à 2005, témoignent de la fonte et de la condamnation inexorable de ce glacier que les dépliants touristiques mentionnent encore comme point de départ de la plus haute piste de ski du monde. Son cas illustre la très forte sensibilité des petits glaciers de montagne aux variations climatiques (températures et précipitations). Dès lors que la ligne d'équilibre (définie comme la limite de la zone d'accumulation et de la zone d'ablation) d'un glacier se situe au dessus de son sommet, il est clair que le réchauffement du climat le condamne à disparaître. Les glaciers tropicaux sont ainsi les meilleurs témoins du changement climatique à l'œuvre.


Les glaciers, témoins des évolutions du climat

Parce que les glaciers sont un impitoyable témoin des évolutions du climat, les auteurs se font tour à tour historiens et climatologues. Sachant que les glaciers de montagne ne représente qu'une infime partie des masses glaciaires terrestres, l'intérêt de l'ouvrage est bien de considérer l'anatomie des glaciers et leur évolution comme un marqueur du changement climatique, qui permet de comprendre celui-ci mieux que tout autre phénomène physique. Bernard Francou et Christian Vincent diagnostiquent ainsi la situation de déséquilibre entre les glaciers et le climat actuel. Les glaciers, dans leurs morphologies d'aujourd'hui, sont les témoins d'une époque climatique passée. Leur recul est ainsi inévitable, quand bien même le réchauffement climatique se stabiliserait à son état actuel. Et si, comme possible voire probable, le réchauffement atteint en moyenne +2 à 3° C d'ici à 2100 (hypothèse dite modérée) ? Dans les Alpes, seuls subsisteront les glaciers dont les zones d'accumulation sont au dessus de 3500 m. d'altitude. Il faudrait une augmentation du volume de précipitation annuelle de 30% pour une augmentation moyenne de la température de 1°C pour qu'il en soit autrement. Les amateurs du parc de la Vanoise, du massif des Ecrins et des ascensions pyrénéennes peuvent donc se préparer à voir disparaître les glaciers qu'ils chérissent.

Tous les modèles élaborés par les glaciologues - dont le livre rend compte, schémas et graphes à l'appui, dans un tour de force pédagogique - convergent vers la prédiction que nous nous dirigeons vers une époque qui serait la plus chaude de l'Holocène (ces 10 000 dernières années). Mais, comme le rappellent non sans malice Bernard Francou et Christian Vincent, l'avant dernier des cycles interglaciaires du Pléistocène, l'Eémien, a réservé il y a 125 000 ans à nos lointains ancêtres la surprise de se refermer subitement au bout de 10 000 ans: « Cette constation n'est pas anodine pour nous qui vivons dans la douceur d'une cycle inter-glaciaire depuis 10 000-12 000 ans ! Aurons-nous un sursis avant de replonger dans le froid ? ».
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