Le 22 mars 2008, une trentaine d’intellectuels chinois se sont mobilisés pour faire face à la situation conflictuelle au Tibet, délivrant un message tout à la fois de tolérance et de mise en garde. Dans une lettre ouverte comportant douze suggestions à l’attention du gouvernement de Pékin, ils invitent ce dernier à entamer un dialogue direct avec le Dalaï Lama et à apaiser, par tous les moyens, les tensions et violences dont le Tibet est la proie depuis plusieurs semaines. Au premier rang des revendications de l’intelligentsia chinoise figure la volonté de faire toute la lumière sur les circonstances exactes du déclenchement des émeutes de Lhassa, le 14 mars, émeutes que le Parti communiste au pouvoir se plaît à attribuer à la "clique du Dalaï Lama" quand les intellectuels chinois y voient  davantage une "révolte populaire déclenchée par certains événements". À cette fin, ils demandent une enquête sérieuse  et digne d’un État de droit, suggérant notamment au gouvernement d’inviter la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies à dresser, sur le déroulement des événements et le nombre de victimes impliquées, son propre bilan.

Le même désir de visibilité et de transparence s'exprime dans leur appel à mettre fin à la "propagande univoque des médias officiels chinois" qui ne contribue qu’à attiser des animosités déjà vives, et à ouvrir le Tibet aux médias nationaux et internationaux indépendants, cette "attitude ouverte" devant permettre par ailleurs d’améliorer l’image dont le gouvernement de Pékin jouit auprès de la communauté internationale. Au terme du manifeste, la trentaine d’écrivains, journalistes, professeurs d’université et militants des Droits de l’Homme signataires exhortent le Parti communiste au pouvoir à maintenir à tout prix la cohésion nationale en évitant  d’accroître les divisions inter-ethniques et en "respectant les libertés de religion et d’expression explicitement garanties par la Constitution chinoise", celles que le peuple tibétain tente précisément de faire valoir. Libre à chacun d’apposer sa signature à la fin de la pétition à condition de respecter quelques règles élémentaires d’engagement : n’utiliser que son nom courant, le recours au pseudonyme ou à l’anonymat étant fermement prohibé, et préciser son lieu de résidence et son occupation. Les signatures peuvent être envoyées à l’une des adresses suivantes : xizangwenti@gmail.com; xiamixiami@hotmail.com ou encore degewa@gmail.com.


* Voir l'article de la New York Review of Books retranscrivant le manifeste en anglais.

* À lire également sur nonfiction.fr :

- L'article de Bastien Engelbach consacré au texte de François Jullien, spécialiste de la pensée chinoise, "Des Droits de l’homme – notion d’universalisant", paru dans le numéro d’hiver de L’agenda de la pensée contemporaine (Flammarion).

- L'article de Vassily Klimentov sur l'éclatement des émeutes de Lhassa.


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Crédit photo : shapeshift / Flickr.com