Arts visuels

Que faites-vous de vos morts ?

Couverture ouvrage

Sophie Calle
Actes Sud , 265 pages

Aux endeuillés, Sophie Calle reconnaissante
[lundi 11 mars 2019]


Un recueil de rponses tendres, mlancoliques, angoisses ou provocantes la question Que faites-vous de vos morts ? avec des photos de tombes.

Lors de son exposition intitulée "Beau doublé M. le marquis" au musée de la Chasse et de la nature en 2017, Sophie Calle, dans des livres d’or mis à leur disposition, avait invité les visiteurs à répondre à la question : « Que faites-vous de vos morts ? »

 

Jeu macabre : mode d’emploi

« Que faites-vous de vos morts ? Dans votre agenda, vous écrivez "mort" à côté du nom ? Vous dessinez une croix, une tombe ? Vous ajoutez la date du décès ? Vous raturez ? Vous recouvrez le nom avec du Tipp-Ex ? Vous ne faites rien ? Vous avez une méthode personnelle ? Dans un carnet d’adresses électronique, vous effacez le nom ? Vous l’effacez tout de suite ? Vous l’effacez quand vous ne pensez plus au mort ? Quand vous y pensez trop ? Vous effacez un ami lointain mais vous n’effacez pas votre mère ? Que ressentez-vous quand vous cochez la case : "Supprimer le contact" ? » Voici les réponses dans leur graphie originale, accompagnées de photographies de tombes prises par l’artiste dans différents cimetières (simetierre comme écrit un enfant) et de ses remarques sur la mort de sa mère auxquelles fait écho le constat plein d’humour et anonyme : « C’est fou ce que je m’entends bien avec ma mère depuis qu’elle est morte : on ne s’engueule plus. »

 

Provocation, émotion, remise en question

Du laconique « Rien » aux plus violents « Je le mange » ou même « Je les encule », la palette des émotions est très variée dans ce livre d’art qui est issu d’une multitude de voix anonymes et puissantes, jusqu’à remettre en cause le projet même de l’artiste : « Et la Pudeur ?! » (sur la page de titre) ou encore « pas de l’art ». Le lecteur découvrira les aveux les plus émouvants qui sont comme des poèmes, marqués parfois par l’absurde : « Je les mets dans une boîte sans fond dans une armoire sans portes. » Comment ne pas être en même temps sensible à l’humour des visiteurs de l’artiste, comme en écho au sien ? « Pendant longtemps, j’ai lu les résumés des épisodes de Santa Barbara sur la tombe de ma grand-mère car elle adorait cette série. Maintenant, la série s’est arrêtée, c’est triste. » Sophie Calle aurait aimé passer sa mort au cimetière Montparnasse ; elle a dû se rabattre sur « une concession dans celui de Bolinas, en Californie », en s’inquiétant toutefois de l’acheminement de ses restes. « Le responsable du cimetière m’a immédiatement rassurée : "le corps, par colis postal ; les cendres par FedEx". Ce détail ainsi balayé, je suis devenue propriétaire du lot 74 de la section T, à 8949 kilomètres de Montparnasse. »

 

Ce beau livre à la couverture grise et argentée, qui s’ouvre et se ferme sur des pages vert prairie, est à la hauteur de la très belle question posée par l’artiste à son public et poursuit son travail passionnant entre récit de soi et vie des autres, comme un miroir sans tain.

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