Que reste-t-il du magistère des "intellectuels" ? Ceux-ci, parfois critiqués pour leurs interventions dans le débat public, ou au contraire pour leurs silences sur certains sujets, sont sur la sellette, selon Jacques Julliard qui s'exprime dans la revue Commentaire. L'auteur entend apporter des éclaircissements sur ces problématiques en les contextualisant. Il rappelle que les intellectuels sont non seulement "ceux qui [..] exercent des fonctions non manuelles d’encadrement ou d’innovation" mais aussi ces "travailleurs du symbolique [...] qui interviennent [...] pour défendre et promouvoir des valeurs".

La question n’est donc pas tant de déplorer la disparition de la figure du "grand intellectuel", leader d’opinion, que d’analyser ce qui a changé dans le champ intellectuel. La disparition du bloc soviétique, et donc de la centralité du communisme, a fermé la parenthèse de "l’engagement" des intellectuels. Pour Jacques Julliard, nous vivons un retour "vers une vision plus traditionnelle de l’intellectuel" : celui qui dénonçait, servait et appartenait à un collectif semble avoir disparu au profit de celui qui se donne pour mission "d’expliquer, de faire comprendre, de proposer des solutions".

Cette vocation renouvelée de l’intellectuel s’inscrit dans une démocratie mal en point dans laquelle les représentés ne font plus confiance à leurs représentants. L’intellectuel retrouve la mission qu’il avait au XVIIIème siècle "de servir d’interface entre les peuples et les gouvernements". À lui de se faire entendre d’une opinion défiante à son égard.

 
Martin Messika.

 

Jacques Julliard, "Les intellectuels dans la démocratie d’opinion", Commentaire, n°119, Automne 2007, p.687-696