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Histoire

La guerre civile espagnole

Couverture ouvrage

Paul Preston José Pablo Garcia (ill.)
Belin , 240 pages

La violence inouïe de la guerre d’Espagne
[dimanche 26 août 2018]


Dans un récit très circonstancié de la guerre civile espagnole, Paul Preston décrit un conflit d’une rare violence et ses liens indissociables avec la géopolitique européenne de l’époque.

La guerre civile espagnole est la version dessinée de la somme universitaire intitulée The Spanish Holocaust écrite par l’historien britannique Paul Preston en 2012, et traduite en français en 2016. Spécialiste de l’histoire contemporaine espagnole, éminent professeur à la London School of Economics, il trouve par le biais du dessin une forme susceptible de faire connaître ses recherches à un public plus large. Avec l’illustrateur José Pablo Garcia, ils expliquent longuement et dans le détail la guerre d’Espagne.

Dans les premiers chapitres, les auteurs reviennent sur les racines de la guerre civile depuis le XIXe siècle : pauvreté d’une population encore largement rurale et sous la coupe des grands propriétaires terriens, tensions sociales et politiques fortes devant les inégalités et l’absence de libéralisation, sans compter une violence politique omniprésente. Vient alors la République, dirigée par le Front populaire à partir de 1936. Là démarre la guerre civile proprement dite, entre la République et ceux qui souhaitent sa destruction : monarchistes, une partie des militaires ou encore organisations fascisantes. Jusqu’en 1939 et la Retirada républicaine, ont lieu les combats, avant l’enchaînement d’une répression de grande ampleur des oppositions dans les années 1940. Les chapitres sont découpés de telle manière qu’ils permettent de suivre à la fois le conflit, ses enjeux et l’évolution de chaque camp : celui des républicains, celui des « rebelles ». Et les auteurs n’oublient pas d’inscrire ce conflit dans la géopolitique européenne des années 1930. Une somme en BD, impossible à résumer, où les acteurs et les événements foisonnent.

 

Une guerre d’une grande barbarie.

Au fil de la lecture, une évidence se dégage : la violence a été omniprésente durant le conflit. Une lapalissade ? Non, car Paul Preston décrit l’intensité et l’importance des atrocités commises et démontre ainsi la particulière barbarie de la guerre civile espagnole. Plusieurs éléments permettent de comprendre l’ampleur du drame humain.  Lorsque Franco s’engage dans la rébellion contre la République, il utilise notamment des troupes ayant fait leurs armes au Maroc dans les guerres coloniales. Particulièrement cruelles, elles importent en Europe des méthodes d’une brutalité extrême. Mais déjà les tensions politiques ont dégénéré en agressions physiques. Cette violence est pratiquée notamment par les groupes extrémistes comme la Phalange. Les civils sont pris pour cibles : torture, viols, massacres de masse, etc. Le tout justifié par le souci de préserver une Espagne « éternelle », catholique, avec le blanc-seing des autorités religieuses.

Si la nomenclature des régimes politiques distingue l’Espagne des régimes fascistes européens en considérant le franquisme comme une réaction et non une tentative révolutionnaire, constatons toutefois que les accointances sont nombreuses. La brutalité au premier chef. Pour Paul Preston, il n’y a pas d’équivalence à établir entre les assassinats perpétrés par les républicains et ceux commis par les « rebelles ». D’un côté, les errements injustifiables de la troupe, de l’autre une politique assumée par les autorités politiques et militaires, Franco en tête, d’extirper le Mal (communisme, anarchisme, républicanisme) en l’éradiquant.

À ceux qui pourraient mettre cette violence sous le compte d’une guerre, impitoyable, les auteurs prolongent leur récit à la période de l’après-guerre, dans un dernier chapitre intitulé : « la paix de Franco ». Cette antiphrase souligne en creux la brutalité du régime qui s’installe : emprisonnements massifs, assassinats collectifs, justice expéditive, travaux forcés. Vindicte qui se poursuit au-delà des frontières espagnoles : Franco encouragea les nazis à déporter massivement les républicains exilés en France durant l’Occupation. Et là nous revient le titre français du livre dont est tirée la BD : « une guerre d’extermination ». Sans aucunement trancher ici une question historiographique importante autour de cette expression, notons néanmoins que, dans le cas de la guerre civile espagnole, elle souligne une barbarie franquiste qui n’est pas simplement la résultante d’un conflit, mais une volonté pensée et assumée de réduire l’ennemi à néant.

 

Un travail de mémoire inachevé.

En terminant leur ouvrage, les deux auteurs décrivent les problèmes que suscite cette guerre dans la mémoire des Espagnols aujourd’hui. Sans réellement l’expliquer, ils constatent les difficultés de la péninsule ibérique à faire émerger une mémoire plus apaisée, nourrie des recherches historiques. Au sein d’une partie de l’opinion publique et de la classe politique, l’aveuglement et/ou les liens idéologiques avec le franquisme la conduisent à nier la réalité des violences des « rebelles ». Difficile de ne pas s’étonner après le récit de Paul Preston que la réalité des crimes du franquisme ne soit pas davantage l’objet d’un consensus au sein d’une société espagnole ouverte et démocratique. Des milliers de familles pleurent encore des disparus, si bien que le travail de mémoire reste encore partiel.

 

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7 commentaires

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François Carmignola

28/07/18 17:41
La question des violences de la guerre d'Espagne reste discutée, et bien au delà de ce qui est évoqué.
On n'oubliera pas l'inutile massacre en 36 de 5 à 10 000 religieux qui n'avaient pas commis d'excès eux, ce qui servit de repoussoir et au combien. On n'oubliera pas non plus le rôle controversé des communistes et de leurs alliés russes, bref tout ce qui dissuada l'Europe d'aider le camp républicain.
Quand aux violences de 1940 dues au méchants franquistes, qui pourtant n'aidèrent pas Hitler (35 ans de rab pour Franco en échange), vous repasserez, l'histoire s'intéressait déjà à autre chose, de beaucoup plus méchant.

Pour finir, on notera que l'élection de Février 36 n'était pas nette (47/46%), et que POUM et anarchistes, sans parler des communistes donnèrent du fil à retordre au sociaux démocrates, qui ne maitrisèrent pas la situation.
Si on parlait plutôt d'échec global de la démocratie ?
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Luc Nemeth

30/07/18 13:14
vous ne manquez pas d'audace, François Carmignola, là où spéculant sur l'amnésie des uns et l'ignorance des autres vous tentez de faire croire que ce serait... "le rôle controversé des communistes et de leurs alliés russes" (sic) qui aurait dissuadé l'Europe d'aider le camp républicain : faut-il vraiment vous rappeler que Moscou, sur ce point pleinement solidaire des démocraties occidentales, signa la... non-intervention à leurs côtés ?
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François Carmignola

31/07/18 19:42
Et au risque paraitre "soyons encore plus fou", je me permet même d'affirmer, sans autres preuves que Wikipédia, que la non intervention signée en Septembre s'accompagne dés le mois d'Octobre de livraisons de matériel par l'URSS...
Cela ne fut pas sans contrepartie: l'"or russe" quitta l'Espagne en Septembre...


Sans parler du soutien explicite de l'URSS aux "fronts populaires" en général dés 35, ce qui bien sur, selon vous, mais je m'avance peut être, (mon audace sans doute), suscita un enthousiasme délirant dans tout le monde occidental.

De manière générale l'histoire nous a montré hélas que la détestation absolue du communisme et de toutes ses politiques fut toujours pleinement justifiée, après, pendant et avant. Viva la muerte !
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luc n.

06/08/18 17:40
à tout hasrad j'ai eu la curiosité de vérifier sur... wikipedia, qui effectivement rappelle que "dès septembre 1936, l'Union soviétique dénonce la situation et entame à son tour des livraisons d'armes aux Républicains en échange des 510 tonnes d'or de la banque d'Espagne" : mais, outre que c'est là un rappel quelque peu accablant je ne vois rien là qui excuse la signature de la non-intervention par Moscou (comme par les autres grandes puissances).

Oublions l'aspect financier, sur lequel nous sommes à peu près d'accord. Le pronunciamiento franquiste date du 18/19 juillet. En septembre, Moscou en était encore à accepter... l'envoi-de-médecins-et-de-médicaments. Ce fut seulement fin septembre, lorsque le Komintern comprit le profit qui pouvait être tiré d'une aide à l'Espagne républicaine, que fut accepté à Moscou le principe de l'envoi de Brigades internationales, dont les premiers combattants arrivèrent les 5/6 octobre.
"Mieux vaut tard que jamais" ? Sans doute. Mais entretemps, deux mois et demis avaient été perdus : délai qui avait été suffisant à Franco pour transformer la guerre de guerilla, où il était perdant (comme le prouve la défense de Barcelone par ses habitants le 19 juillet) en guerre conventionnelle -où il était gagnant à tous les coups avec l'aide d'Hitler et de Mussolini.

La "détestation absolue du communisme" -qu'apparemment vous tentez de m'attribuer- constitue ici un redoutable... contre-argument : la politique intérieure est une chose, la politique étrangère en est une autre. Je ne trahis aucun secret d'Etat en vous rappelant l'existence du pacte germano-soviétique, qui fut d'ailleurs précédé de six ans par le pacte... italo-soviétique (pacte d'amitié et de non-agression) avec l'Italie fasciste du 2 septembre 1933. Et pour en rester à l'Italie fasciste on s'étonne d'avoir à vous rappeler que ce fut une des premières puissances à reconnaître officiellement l'URSS -Mussolini enragea même, d'avoir été à cet effet... devancé de quelques heures par la Grande-Bretagne.

Savoir enfin si l'URSS était ou non "communiste" nécessiterait un débat séparé mais parmi celles et ceux qui en Espagne dès juillet 1936 (je laisse de côté la période antérieure) luttèrent les armes à la main il en était aussi pour lesquels le mot communuisme avait un sens. Et puisque vous utilisez le mot détestation -dont acte!- je vous rappelle qu'en plus d'un cas ils-et-elles eurent à en faire les frais, sous forme d'une balle dans le dos, en provenance... de brigadistes, parmi lesquels il n'y avait pas que des enfants de choeur. Votre très-déplaisant "Viva la muerte" reconnaîtra les siens...
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François Carmignola

22/08/18 08:03
@luc n.
Je ne suis plus très sur de comprendre votre position, et la guerre d'Espagne fut le lieu de tant de détestations croisées qu'on s'y perd un peu... Ce que je voulais dire était que l'épouvantail communiste (on associait le communisme à la Russie soviétique à l'époque, tout comme d'ailleurs on le fait toujours à moins d'être trotskiste, voir la chanson de Renaud "le HLM") fut (sans doute) décisif dans l'absence d'aide des européens démocrates à la république espagnole.

Ce que j'ajoutais, c'était que c'était justifié, et que la république espagnole noyautée par eux et rendue impuissante par les affreuses alliances de toutes les déclinaisons des socialismes révolutionnaires mérita sa destruction... D'où mon déplaisant, je vous l'accorde, slogan. La politique du pire y conduit toujours, hélas.
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François Carmignola

22/08/18 08:08
@luc n.
Ah au fait: si il y eut effectivement un pacte italo soviétique en 33, il y eut aussi un pacte franco soviétique ("traité d'assistance mutuelle") en 35 qui fut même signé par Laval!
(j'ai les mêmes sources que vous, Wikipédia).
Le vrai pacte celui qui stupéfia le monde, fut le pacte germano soviétique, mais en aout 39...
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luc n.

22/08/18 15:40
@François Carmignola
(votre affirmation selon laquelle je fais mes courses chez... wikipedia ne manque pas de burlesque. Je dirais même plus : quel que soit, le sujet de ma recherche sur "google", j'ai pour habitude de cliquer sur le premier résultat autre que ce site)

En ce qui concerne les démocraties occidentales je suis en désaccord total avec vous : elles avaient ici des raisons intrinsèques de non-intervention. De plus, après le pronunciamiento, la gauche espagnole n'est plus même identifiée au "communisme" et à ses alliés, de toute façon peu nombreux (je vous rappelle que l'UGT n'avait que quelques dizaines de milliers d'adhérents, contre plus d'un million pour la CNT) mais... à une Révolution en marche : et on voit mal pourquoi les démocraties seraient aller aider, en Espagne, ce qu'elles combattaient sur leur propre territoire ! Et ce qui est vrai à propos de l'antifranquisme ici concerné est vrai de l'antifascisme et de l'antinazisme. Un édifiant aveu en figure dans les archives du FBI (dont j'en profite pour vous signaler qu'il se livre encore à de la rétention en ce domaine). Les antifascistes de l'entre-deux-guerres ou encore ceux et celles qui en 1936-37 étaient partis pour l'Espagne, via la France (car le Department of State ne tarda pas à apposer le tampon "not valid for Spain" sur les passeports) étaient encore, même après (!) la seconde guerre mondiale et tout ce que l'on savait maintenant de la barbarie, éloquemment définis sous l'appellation PREMATURE ANTIFASCIST (autant dire : antifasciste d'avant Pearl Harbor...).
A lire aussi dans nos archives...
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