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Histoire

Mai 68 en Alsace

Couverture ouvrage

Geoffrey Girost Benot Wirrmann
Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg , 192 pages

Mai 68 aux bords du Rhin
[jeudi 14 juin 2018]


Un catalogue dexposition revient sur lvnement en Alsace, et plus particulirement Strasbourg, o la mobilisation tudiante fut importante.

L’Alsace est davantage connue pour son conservatisme politique que pour ses élans révolutionnaires. Pour autant, elle n’a pas été complètement insensible à l’ébullition provoquée par 1968 comme le révèle Mai 68 en Alsace, le catalogue d’une exposition éponyme actuellement présentée à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg. Un travail passionnant qui met en relief et contraste une réalité locale par rapport aux interprétations nationales. Quelques chapitres structurent le livre : l’explosion estudiantine et ses prodromes, la grève des salariés, la réaction du pouvoir et enfin les lendemains de mai. La majeure partie de l’exposition est consacrée au soulèvement étudiant.

 

Situationnistes et étudiants à Strasbourg

Strasbourg a joué le rôle de catalyseur dans les prémisses de 1968. Outre les enseignements hétérodoxes d’Henri Lefebvre, qui quitte Strasbourg pour Nanterre à la rentrée 1966/1967, un vent de révolte souffle à l’université.

En effet, à l’automne 1966, un peu comme à Nanterre, une minorité proche des libertaires et des situationnistes a pris le contrôle de la section locale de la centrale syndicale étudiante, l’UNEF. Peu après paraît la brochure De la misère en milieu étudiant qui est à l’origine du « scandale de Strasbourg ». C’est son sous-titre qui a attiré les commentateurs. Cette misère étant « considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier ». Le sensationnel et surtout la provocation font mouche et provoquent le « scandale de Strasbourg ». Parallèlement, le succès est tel qu’il dépasse les frontières nationales et demeure encore aujourd’hui un texte de référence du fait de son ironie mordante. Si la brochure choque, elle est révélatrice du climat et provoque des réactions en chaîne d’individus se disant offusquées.

Les situationnistes ne sont pas les seuls à agir ; des groupes d’extrême gauche (trotskistes et maoïstes), certes minoritaires, commencent à se développer. Après les journées parisiennes du début mai, des répliques se font sentir dans l’université, l’acmé se situant dans la nuit du 24 au 25 mai lorsque les étudiants tentent d’ériger des barricades.

Parallèlement, la créativité de l’époque se retrouve dans les productions universitaires, comme un écho aux productions de l’atelier des beaux arts parisiens. Le catalogue fait la part belle à l’inventivité et à la richesse des slogans. Toutefois, le mouvement étudiant ne représente qu’une partie de la contestation.

 

Ouvriers en grève et contre-offensive gaulliste

En Alsace, le mouvement social est faible, voire très faible. De même, les partis de gauche sont marginaux. Ainsi, l’appel à la grève le 13 mai n’est que très partiellement suivi. C’est une semaine plus tard que le mouvement commence réellement. La grève ne touche cependant que des secteurs minoritaires : les entreprises de Strasbourg et quelques usines à Mulhouse et Colmar. Le mouvement social, reprend les caractéristiques du mouvement qui traverse la France avec quelques occupations, les jeunes ouvriers étant souvent à la pointe du mouvement. Mais l’Alsace demeure très conservatrice et la grève minoritaire.

La réponse gaulliste est aussi très tardive, mais plus précoce que dans le reste du pays. Suite à un graffiti sur le monument aux morts, les jeunes gaullistes rassemblent 3 000 personnes lors d’une première manifestation. Cette dernière est suivie le 1er juin d’une deuxième qui compte le double de participants. Le mois de juin fait figure de triomphe pour les gaullistes. Tous leurs candidats sont élus dès le premier tour alors que le taux de participation est exceptionnellement fort, ce qui laisse les acteurs du mouvement de mai quelque peu abasourdis. Le décalage entre la vie politique régionale et la vie estudiantine est alors saisissant.

 

Poussières de Mai et contre-culture

La dernière partie de l’exposition analyse la contre-culture alsacienne. A l’échelle alsacienne, on retrouve les mêmes répliques du mois de Mai que celles traversant l’ensemble de la société français, leur caractère minoritaire étant encore plus marqué. Des espaces de contestations apparaissent néanmoins.

Les exemples le plus aboutis sont les journaux Vroutsch, Klapperstein 68 et Uss’m follik. Tous servent de réceptacles aux luttes et conflits sociaux des années 1970 comme la grève des mineurs de 1972. Ils favorisent également l’émergence de la contre-culture en Alsace en introduisant l’écologie et en dénonçant – déjà – la centrale nucléaire de Fessenheim, ou en se préoccupant du réaménagement des quartiers et de la spéculation foncière. Ils soutiennent les objecteurs de conscience ainsi que les insoumis anarchistes comme Sylvère Herzog, est condamné à deux ans de prison pour avoir refusé de faire son service militaire. En dépit de leur marginalité, ces thèmes irriguent une partie de la société alsacienne.

 

Le catalogue de l’exposition est une réussite grâce à son articulation entre le local et le national. Il laisse aussi une large place à des entretiens avec les acteurs du mois de Mai rendant pleinement compte des contrastes qui ont traversé la société alsacienne.

 

* Dossier : Mai 68 : retrouver l'événement.

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