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Economie

Et si les salariés se révoltaient ?

Couverture ouvrage

Artus Patrick, Virard Marie-Paule
Fayard , 176 pages

Entretien avec Patrick Artus, à propos de son livre Et si les salariés se révoltaient ?
[lundi 09 avril 2018]


La dtrioration de la situation des classes moyennes dans les pays dvelopps pose aujourd'hui un srieux problme.

Patrick Artus et Marie-Paule Virard insistent dans leur nouvel opus sur la détérioration du sort de la grande majorité des salariés dans les pays de l'OCDE. Ceux-ci partagent de plus en plus de risques avec les investisseurs, quand ils ne les supportent pas à leur place. Ils apparaissent en revanche exclus du partage des profits lorsque la situation des entreprises s'améliore comme c'est le cas aujourd'hui. Patrick Artus revient pour Nonfiction sur cette situation et les pistes qu'ils suggèrent pour y rémédier dans leur ouvrage, qui fait parallèlement l'objet d'une recension.

 

Nonfiction : Vous lancez un pavé dans la mare en expliquant que les entreprises pourraient payer plus leurs salariés. Pourriez-vous expliquer pour nos lecteurs ce qui sous-tend cette affirmation ?

Patrick Artus : Dans l’ensemble de l’OCDE, depuis 20 ans, les salaires réels ne suivent pas la productivité du travail, le partage des revenus se déforme au détriment des salariés, ce qui est inacceptable à long terme.

 

La flexibilisation du marché du travail bute, expliquez-vous, sur l’absence de bons emplois, pour se substituer aux emplois détruits, que vous reliez à la diminution des emplois dans l’industrie et à l’augmentation des services aux personnes. Quel est le problème ?

D’une part, la flexibilité croissante du marché du travail doit avoir une compensation pour les salariés : formation de meilleure qualité, hausse des salaires, amélioration de la participation et de l’intéressement. Si les salariés prennent davantage de risque avec la flexibilité, ils doivent recevoir la rémunération qui va avec la prise de risque. D’autre part, la dynamique de l’emploi est devenue défavorable : les emplois créés sont de moins bonne qualité que les emplois détruits, ce qui est l’inverse de la dynamique de croissance habituelle.

 

Les classes moyennes sont les grandes perdantes des évolutions récentes, et vous montrez que cela compromet le rétablissement d’une croissance plus dynamique. Comment cela ?

La destruction des emplois intermédiaires (on parle de la bipolarisation du marché du travail) conduit à ce que de nombreux jeunes doivent accepter des emplois peu qualifiés ; elle réduit le pouvoir d’achat de la classe moyenne, qui est un des moteurs de la croissance à long terme.

 

Pour remédier à cette situation, les pistes que vous suggérez consistent principalement dans la généralisation de la participation des salariés aux profits et dans le développement de la formation initiale et tout au long de la vie. Pourquoi est-ce justement sur ces réformes sur lesquelles il faudrait insister ?

Il faut accepter l’idée qu’il y a un problème sérieux si une partie importante des nouveaux emplois sont des emplois peu qualifiés dans les services domestiques peu sophistiqués. Il est alors naturel de penser qu’il faut essayer de relever le niveau de gamme de ces emplois, d’où le rôle de la formation. Par ailleurs, il est normal que la contrepartie de la flexibilité soit l’intéressement, la participation, l’actionnariat salarié. Je ne dis pas que c’est une contrepartie suffisante.

 

A lire également sur Nonfiction :

- Pourquoi faut-il mieux payer les salariés ?, par Jean Bastien

- Entretien - Qualité de l'emploi et productivité, avec P. Askenazy et C. Ehrel, par Jean Bastien

- Revaloriser et réarmer le travail, par Jean Bastien

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