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Politique

Des intrus en politique, femmes et minorités : dominations et résistance

Couverture ouvrage

Mathilde Larrre (dir.) Aude Lorriaux
Editions du Détour , 223 pages

Un monde politique de l'entre-soi
[mardi 13 mars 2018]


Comment les femmes politiques subissent les discriminations et parviennent, malgr les obstacles nombreux, dpasser le sexisme ordinaire.

Le livre de Mathilde Larrère et Aude Lorriaux, Des intrus en politique, femmes et minorités : dominations et résistance, présente une étude fouillée concernant la situation des femmes dans le monde politique français. Publié aux Editions du Détour, cet ouvrage est le résultat d’une enquête approfondie et livre les témoignages directs d’une trentaine de femmes politiques appartenant à des partis différents.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, arrêtons-nous sur un point de sémantique : comment le dictionnaire définit-il le terme « intrus » ? Est intrus celui ou celle qui s’est « invité dans un groupe sans avoir qualité pour y être admis ». Majoritaires dans le corps social, les femmes ne sont pas les seules à être discriminées, la couleur de peau, l’origine sociale ou culturelle pouvant également constituer des obstacles dans le monde politique.

 

Un détour par l’Histoire pour expliquer le présent

Pour comprendre où nous en sommes à l’époque contemporaine, il convient de revenir quelque peu en arrière. Pas de posture victimaire dans le livre, mais un raisonnement à partir de réalités historiques. Mentionnons simplement deux faits : lors de la Révolution Française, les femmes sont exclues du droit de vote puis du droit d’association par le décret Amar en 1793 ; elles n’obtiennent le droit de vote qu’après la Seconde Guerre Mondiale, 15 ans après la Turquie et 30 ans après la Grande-Bretagne !

L’analyse sur le temps long montre bien la construction, l’enracinement et la légitimation des processus d’exclusion des femmes de la sphère politique, avec son lot de clichés et de craintes irrationnelles au gré des époques. Citons par exemple ce député tombé dans les oubliettes de l’Histoire, Pierre-Gaspard Chaumette, qui disait aux femmes à la fin du XVIIIème siècle : « restez ce que vous êtes. Loin de nous envier les périls d’une vie orageuse, contentez-vous de nous les faire oublier au sein de nos familles. »

 

Des discriminations multiformes subies par les femmes politiques

Pour saisir la complexité et la variété des comportements sexistes, on peut à la lecture de l’ouvrage de Mathilde Larrère et Aude Lorriaux en dresser trois grands types :

- la sexualisation des femmes et la réduction à leur corps. Cette technique de discrimination vise à enfermer les femmes dans une image réduisant leurs compétences et leurs capacités intellectuelles. On se souvient des commentaires sur les tailleurs d’Edith Cresson Premier Ministre ou des railleries sur le physique de Simone Veil.

- l’invisibilisation. Pour nier aux femmes un rôle dans la sphère publique, certains hommes politiques font comme si elles n’existaient pas. Ne pas les écouter, ne pas prendre en compte leurs avis, faire en sorte que des décisions soient prises sans les consulter, tout ceci fait partie d’une myriade de stratagèmes visant à les invisibiliser.

- la cooptation. Le monde politique, comme de nombreux univers sociaux, fonctionne aussi par cooptation. Celle-ci constitue une puissante arme sexiste, par la reproduction de codes sociétaux ou de pratiques visant à exclure du champ politique les femmes qui y sont actives.

Face à ces réalités, certaines femmes politiques décident de faire de leur féminité un atout. Citons un exemple : là où ramener les femmes à leur fonction maternelle peut constituer un des outils du sexisme, certaines choisissent d’en faire un atout ; c’est ce que l’on appelle le retournement du stigmate. Ainsi, lors de sa campagne présidentielle de 2007, Ségolène Royal n’a pas hésité à valoriser son statut de mère. N’y aurait-il donc que des hommes à même d’être les « pères de la Nation » ?

Autre exemple, l’appropriation de codes masculins pour en faire des outils d’égalité de genre. La première femme à avoir été nommée Ministre des Affaires Etrangères, Michèle Alliot-Marie, n’a ainsi pas hésité à faire le forcing quand un huissier de l’Assemblée Nationale eut la bonne idée de ne pas vouloir la laisser entrer en pantalon. Elle le menaça de le retirer s’il ne laissait pas passer celle qui occupait alors le Quai d’Orsay !

 

Témoignages vécus et recul académique

L’un des principaux intérêts de l’ouvrage est également de donner directement la parole aux femmes politiques pour dire ce qu’elles ont vécu ou vivent encore : Najat Vallaud-Belkacem, Valérie Pécresse, Clémentine Autain, Roselyne Bachelot, Anne Hidalgo, Cécile Duflot, Laurence Rossignol… toutes témoignent de la virulence des attaques et des comportements inappropriés qu’elles ont subi parce qu’elles sont des femmes.

Des progrès quantitatifs et qualitatifs ont certes été accomplis : en moins de 20 ans, le nombre de députées est passé de 10% à 38% dans le cadre de la législature en cours. Les deux derniers gouvernements sont paritaires et la parole sexiste ne peut plus jouir de la même impunité que par le passé. Il n’en demeure pas moins qu’on ne dénombre que 15% de femmes Maires et seulement 4 femmes Présidentes de Régions.

 

Mise en perspective du sexisme « habituel »

Après avoir terminé la lecture de cet ouvrage, on se dit à la fois que la situation s’améliore et que les préjugés sexistes ont encore la vie dure. Heureusement, des femmes parviennent à s’imposer dans l’univers politique grâce à leur travail et leurs talents.

Pourtant, en 2014, au moment où la députée EELV de la Vienne Véronique Massonneau a pris la parole à l’Assemblée, ce sont des cris de poule qui ont accueilli son intervention. De même, l’animalisation de la Ministre de la Justice Christiane Taubira, mêlant sexisme et racisme, témoigne de cette réalité toujours présente contre laquelle le combat n’est pas encore gagné. Le chemin vers l’égalité réelle est encore long, semé d’embûches, mais il est heureusement porté par de nombreux hommes et femmes au sein de la société.

Dans le sillage de « l’affaire Weinstein », la libération de la parole a bien entendu concerné la sphère politique. Face à la persistance de faits sociaux ancrés, c’est également par des évolutions sociales de moyen et long terme que le fléau du sexisme en politique peut être combattu : déconstruction des stéréotypes dès l’école, éducation à l’égalité dans toutes les sphères de la société (professionnelle, familiale…) et formation tout au long de la vie contribuent de façon utile à cet objectif de liberté, d’égalité et de fraternité.

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