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Histoire

Pour que vive l'histoire. Écrits

Couverture ouvrage

Madeleine Rebrioux
Belin , 798 pages

Madeleine Rébérioux, historienne du socialisme et humaniste
[mercredi 10 janvier 2018]


Un recueil des grands crits de Madeleine Rebrioux qui tmoignent de la richesse de ses recherches et de ses engagements.

Historienne majeure du XXème siècle, pionnière dans le domaine de la recherche sur le socialisme, Madeleine Rebérioux (1920-2005) a marqué son temps. Douze ans après sa disparition, les éditions Belin font paraître un recueil de ses écrits les plus marquants. Madeleine Rebérioux fut, après la Seconde Guerre mondiale, une personnalité importante de la recherche historique française par la qualité de son travail, mais aussi par le rôle qu'elle a joué dans de nombreuses institutions.

Après avoir réalisé une thèse sous la direction d'Ernest Labrousse, elle devient une des figures de proue de l'histoire sociale française. Elle collabore ainsi, avec Jean Maitron, au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et est une des instigatrices de la revue Le mouvement social créée en 1960, qu'elle dirige de 1971 à 1982. Elle fut aussi professeur à Paris-VIII et à l'EHESS. Vice-Présidente du musée d'Orsay (1981-1987), elle contribua à faire de celui-ci un des principaux musées français. Elle reste aussi, de par ses recherches en histoire, une des spécialistes du socialisme en France et notamment de son héraut : Jean Jaurès.

Elle fut, comme beaucoup de ces contemporains, membre du PCF dont elle est exclue en 1969. Grande syndicaliste au SNES et SNESup, elle fut aussi anticolonialiste ; ses prises de position pendant la guerre d'Algérie furent remarquées dans le domaine universitaire français. Humaniste, elle combattit toute sa vie les inégalités sociales en France et dans le monde : elle fut, à ce titre, présidente de la Ligue des droits de l'Homme de 1991 à 1995.

À travers ce livre, Gilles Candar, Vincent Duclert et Marion Fontaine reviennent sur œuvre de l’historienne. La postface de Michelle Perrot, écrite au moment de la disparition de Madeleine Rebérioux, par sa justesse et sa simplicité, résume bien l’œuvre et la vie de cette dernière, empreinte de recherches historiques c'est certain, mais aussi et surtout de combats. Les trois grandes parties du livre reflètent donc les différentes facettes de la vie et de l'engagement de Madeleine Rebérioux.

 

Histoire du travail et du socialisme

Madeleine Rebérioux reste, aujourd'hui encore, une référence dans l'historiographie du travail et surtout du socialisme. Ces différents travaux dans ces deux domaines sont utilisés régulièrement par les chercheurs qui s'intéressent à ces sujets. Madeleine Rébérioux a particulièrement contribué au développement en France après la Seconde Guerre mondiale de l'étude d'une personnalité centrale du socialisme français : Jean Jaurès. Figure marquante de la gauche, fondateur du journal l'Humanité, Jaurès est alors une icône dans les milieux intellectuels de gauche dont l'historienne fait partie. Preuve de l'importance du personnage dans les travaux de Madeleine Rebérioux, près de 100 pages de l'ouvrage sont consacrés à ses travaux sur cette figure mythique du socialisme.

Deux articles sont particulièrement intéressants ici : « Jaurès et la nation » où elle présente la vision de ce dernier sur la nation, article qui permet d'appréhender les idées du ténor de la gauche et du pacifisme en France dans une période nationaliste tendue avec l'Allemagne à la veille de la Grande Guerre. L'autre article, « Jaurès et le Marxisme » a permis à Madeleine Rebérioux d'expliquer la vision qu'avait le député du Tarn de la pensée de Karl Marx, tentant ici de clarifier les différents débats qui agitent socialistes et communistes depuis le congrès de Tours en 1920 pour savoir laquelle des deux branches issue de la scission aurait soutenu Jaurès.

Jusqu'à la création de la SFIO en 1905, le socialisme est un mouvement très divisé en France : il a fallu toute l'énergie et la stature d'un Jaurès pour que soit créé un parti qui unifie les différentes tendances. Dans plusieurs articles retranscrits ici, Madeleine Rebérioux fait une mise au point sur les différents socialismes qui ont existé en France, de la Révolution française à la création de la SFIO. Ainsi, elle explicite la complexe genèse des mouvements socialistes en France, dont elle est longtemps restée la grande spécialiste. Albert Thomas ou Jules Guesde sont ici très bien présentés dans deux articles de l'historienne.

Autre axe majeur des recherches de Madeleine Rebérioux présenté dans cette première partie de ce recueil : le travail. Celui-ci est abordé par l'intermédiaire de travaux sur ses acteurs principaux : les ouvriers. Preuve de la sensibilité féministe de l'historienne, elle s'est surtout intéressée aux ouvrières, figures largement délaissées dans une époque, des années 1950 à 1970, où l'Histoire est encore majoritairement faite par des hommes, étudiant d’autres hommes. Madeleine Rebérioux a donc été, avec Michelle Perrot, une des pionnières des « gender studies » en France avec ses travaux sur les ouvrières ou sur les femmes proches du socialisme. D'ailleurs, l'article sur « George Sand, Flora Tristan et la question sociale » est particulièrement éclairant sur les aspirations de recherches de l'historienne dans le domaine de l'histoire des femmes.

Cette première partie retranscrit donc les deux grands axes des recherches historiques engagées tout au long de sa vie par Madeleine Rebérioux. Il s'agit de la face la plus connue de cette dernière, mais les articles choisis le sont à bon escient : à la fois les plus représentatifs de son travail, mais aussi les plus novateurs pour leur époque.

 

La république et la défense des droits : l'engagement de la citoyenne

L'engagement dans la société civile a été, depuis sa jeunesse, un leitmotiv de la vie de Madeleine Rebérioux pour qui, faire de l'histoire n'est pas simplement comprendre le passé mais bel et bien voir les conséquences des événements sur le présent. Elle n'est donc pas restée dans sa tour d'ivoire occupée à ses recherches mais, toute sa vie durant, elle s'est engagée dans différentes instances (syndicales, universitaires, administratives), parfois proches du pouvoir (dans les années 1980 quand la gauche gouverne le pays). Les articles sélectionnés dans cette seconde partie de l'ouvrage reflètent parfaitement cet engagement.

Ainsi, tout au long de sa longue carrière, elle a essayé de comprendre les grands mouvements de la société française du XIXème siècle. On pense ici par exemple à ses écrits sur l'Affaire Dreyfus qui ont fait avancer en leur temps la recherche historique et qui sont reproduits dans Pour que vive l'Histoire, ou à des textes sur les syndicats, les manifestations, la Ligue des droits de l'Homme, autant de passions qui ont jalonnés la vie de Madeleine Rebérioux. A l’aune de ses écrits, l’on saisit les motivations et les questionnements de cette grande dame de l'Histoire française de la seconde moitié du XXème siècle. La République, les droits, les combats de la gauche pour ces derniers apparaissent dans cette partie. On retrouve aussi avec bonheur son article sur le « Mur des Fédérés » qui avait été écrit pour les Lieux de Mémoire de Pierre Nora, auquel Madeleine Rebérioux avait été conviée à participer.

 

La culture et les arts : une facette moins connue

Cette partie reflète un aspect plus méconnu mais ô combien important du travail de Madeleine Rebérioux : l'histoire culturelle. Elle est en est un des piliers à partir des années 1970. Son article retranscrit ici sur « culture et militantisme » publié en 1975 dans le Mouvement social avait posé les jalons des études sur la culture ouvrière. Ses travaux sur les intellectuels de gauche, ou sur la littérature avaient pour but d'explorer comment étaient perçus les ouvriers par les milieux bourgeois, mais aussi de montrer comment ils avaient accès à une culture (appelée alors « de classe »). Les travaux de Madeleine Rebérioux mêlèrent donc histoire culturelle et histoire sociale dans des textes majeurs comme « Critique littéraire et socialisme au tournant du siècle », toujours publié dans le Mouvement social en 1967. Les femmes ne sont pas oubliées ici : l'accès à la culture des ouvrières fait l'objet d'un article, tout comme les représentations féminines dans l'art à travers le musée d'Orsay et ses expositions.

L'art et la culture occupaient un part importante de la vie de Madeleine Rebérioux. Par ses travaux, par son engagement dans le développement du musée d'Orsay, l'historienne a contribué à faire connaître cette période artistique du milieu du XIXème siècle à la Première Guerre mondiale, le plus souvent via l’histoire des ouvriers ou des femmes.

 

La publication des principaux écrits de Madeleine Rebérioux, regroupés sous le titre Pour que vive l'Histoire est un acte important : il faut saluer les historiens qui s'en sont chargés et les éditions Belin qui ont permis cette publication. En effet, même douze ans après sa mort, ses écrits restent d'une grande actualité dans le domaine de l'histoire sociale, politique et culturelle. Regroupés ici, ils donnent une belle vision de la pensée historique de Madeleine Rebérioux, une des grandes historiennes françaises du XXème siècle.

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