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Histoire

La révolution abolitionniste

Couverture ouvrage

Olivier Grenouilleau
Gallimard

Les chemins de l’abolitionnisme
[mardi 07 novembre 2017]


Une étude globale et ambitieuse du mouvement abolitionniste.

« Il faut cesser de vouloir à tout prix raccrocher l’abolition à un régime, un parti ou à une tendance politique particulière, et sortir des procès en béatification, héroïsation ou sorcellerie » . À travers un véritable ouvrage d’histoire globale, Olivier Grenouilleau retranscrit les causes et les formes de l’abolitionnisme, certes dans l’espace atlantique nord, mais aussi dans des espaces moins étudiés à travers ce thème. Il ressort de son travail une pluralité des abolitionnismes. Ce processus graduel fut le fruit de dynamiques aussi bien structurelles que conjoncturelles. Idéal de sincères convaincus, il apparut également comme le résultat d’une politique pragmatique qui comprit que l’esclavage n’était plus adapté aux structures économiques et politiques du XIXe siècle.

 

Une diversité géographique

Les abolitions prirent des formes variées et suivirent des temporalités différentes.L’abolition en elle-même fut bien souvent le fruit d’un processus. Ainsi, le mouvement s’avéra assez précoce en Atlantique nord. L’Angleterre interdit en effet l’introduction d’esclaves dans ses territoires en 1808, avant de mettre en place l’Abolition Act en 1833. A l’inverse, il fallut attendre 1962 pour que l’esclavage soit aboli en Arabie Saoudite tandis que le Soudan en vit une résurgence durant la guerre civile (1983-2001).

Pour les États s’engageant sur la voie de l’abolitionnisme, il s’agissait également d’un « moyen de se régénérer et de réaliser » . En Amérique centrale et du Sud, ce fut ainsi un moyen de consolider les indépendances. Il y avait par exemple 3 000 esclaves au Mexique qui furent tous libérés en 1829-1830, de même en Colombie en 1851.

On a longtemps déduit que l’abolitionnisme fut essentiellement un mouvement occidental. Or, pour l’auteur il s’agissait bien d’un mouvement international. Même s’il est indéniable que le projet porté en Amérique du Nord et Europe occidentale au tournant des XVIIIe et XIXe fut d’une nouveauté radicale . Ce tour d’horizon constitue incontestablement une des grandes forces du livre, Olivier Grenouilleau regrette d’ailleurs en introduction le manque de travaux optant pour une approche comparative.

 

Des causes multiples

Pour l’auteur, l’abolition a trop longtemps été abordée selon une approche mono-causale , alors qu'il apparaît davantage comme le résultat d’une conjonction de facteurs.

Il y eut d’abord une cause religieuse. Les trois monothéismes s’en étaient accommodés tout au long de l’histoire. Les groupes protestants, s’ils y jouèrent un rôle certain, ne furent pas les seuls. En effet, des communautés catholiques en avaient condamné la pratique dès le XVIe siècle. La philosophie s’ajouta à ce faisceau de facteurs, mais là encore il convient de ne pas généraliser. Si le chevalier de Jaucourt condamna l’esclavage, d’Alembert s’en accommoda. D’un point de vue économique, le monde se transforma entre les XVIIIe et XIXe, si bien que l’esclavage n’était plus adapté à l’ère capitaliste. Enfin, les esclaves eux-mêmes opposèrent davantage de résistance au système. Même si l’auteur ne rejoint pas les chercheurs passant trop rapidement de l’esclave docile à l’esclave rebelle, il est indéniable que les révoltes jouèrent un rôle dans la mise en place de lois abolitionnistes.

Pour Olivier Grenouilleau, il faut donc arrêter de chercher un facteur explicatif principal mais davantage réfléchir sur les combinaisons pour comprendre le pourquoi de l’abolitionnisme.

 

Un paradigme complexe

Si l’abolitionnisme fut bien un système international, il a aussi été marqué par des spécificités locales. Très souvent, on est passé d’un engagement individuel à une opposition collective. Ainsi, en Grande Bretagne, quelques individus agissaient dans de petites communautés alors que deux décennies plus tard, le mouvement prit une ampleur certaine, recourant au lobbying, aux pétitions et aux meetings. En France, il fallut attendre les années 1840 pour que le mouvement prenne une dimension comparable au modèle britannique et soit incarné par Victor Schœlcher.

L’auteur consacre avec brio toute sa troisième partie à la dimension internationale du mouvement. Il s’agit en effet d’un des premiers combats international et global en faveur des droits de l’homme. Les nations condamnèrent alors sur le plan national et international des pratiques maintenues par des individus et certains États. Olivier Grenouilleau parle de « république internationale abolitionniste »  ou d’« abolitionnisme global » .  Si au départ cette internationale ne reposait que sur des contacts entre individus, des clubs et des sociétés, à la fin des années 1880 ce fut une véritable croisade menée dans toute l’Europe par le cardinal Lavigerie alors que le pape qui s’immisçait dans le débat.

 

Olivier Grenouilleau signe ici un ouvrage complet, technique et ambitieux, sans jamais basculer dans les raccourcis et les simplifications. Ce travail ne recèle guère de failles et vient clore un cycle de recherche entamé avec les traites négrières . Ce lien quasi-fusionnel entre l’auteur et son sujet explique probablement le recours fréquent à la première personne du singulier. On appréciera particulièrement la conclusion qui livre quelques pistes de travail, au premier rang desquelles le besoin d’études sur la rhétorique abolitionniste, en particulier sur le plan iconographique et la nécessaire prise en compte de la multiplicité des acteurs. Auteur de l’ouvrage de référence sur les traites négrières, Olivier Grenouilleau fournit incontestablement ici le travail majeur sur le système abolitionniste.

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