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Société

Remplacer l'humain. Critique de l'automatisation de la société

Couverture ouvrage

Nicholas Carr
L'Échappée , 266 pages

Comment se répartiront à l'avenir les compétences entre nous et les robots ?
[mardi 31 octobre 2017]


Nicholas Carr ausculte, dans ce livre bien document, la face sombre de lautomatisation.

Nicholas Carr s’est rendu célèbre par sa dénonciation des effets d’Internet sur notre intelligence . Il récidive avec Remplacer l’humain, critique de l’automatisation de la société, paru aux Etats-Unis en 2014, qui vient d’être traduit en français aux éditions de L’échappée.

 

Une automatisation synonyme de déqualification

L’automatisation, explique-t-il, entraîne une déqualification qui se révèle particulièrement dangereuse lorsque l’homme doit reprendre la main dans des situations exceptionnelles. L’utilisation systématique du pilote automatique dans les avions prive ainsi les pilotes de la possibilité d’entretenir leurs compétences et compromet finalement la sécurité des appareils. La numérisation des dossiers médicaux se traduit par une inflation des coûts, y compris parce qu’elle favorise, semble-t-il, les considérations mercantiles, mais également une baisse de qualification des médecins et une dégradation de leur réflexion liée en particulier à la modification induite par l’automatisation de la prise de notes.

L’usage, désormais généralisé, des GPS affecte notre capacité d’orientation et partant le fonctionnement de notre mémoire, puisque les deux semblent très liés. Enfin, l’utilisation des logiciels de CAO  par les architectes bride leur créativité. Tous ces constats sont largement documentés par Carr qui s’appuie sur les résultats de psychologues et de spécialistes des facteurs humains (ergonomes), mais également sur des entretiens avec des professionnels.

 

Pour un nouveau partage des tâches entre l’homme et la machine

Une solution pour éviter ces inconvénients pourrait être trouvée dans un autre partage des tâches entre l’homme et la machine. Dans l’automatisation dite adaptative, « l’ordinateur est paramétré pour surveiller l’activité du travailleur, adaptant en continu la répartition des tâches dévolues à chacun selon les circonstances. Si l’opérateur doit par exemple réaliser une manœuvre délicate, l’ordinateur assure la prise en charge de toutes les tâches secondaires pour lui permettre de se concentrer sur le problème principal. Dans des conditions normales, il peut décider à l’inverse d’augmenter la charge de travail de l’opérateur en lui assignant un plus grand nombre de tâches pour qu’il ait une bonne connaissance de la situation et exerce ses compétences. » . Ces réflexions, qui concernent pour l’essentiel la conception de systèmes complexes à haut niveau de risques (comme le pilotage des avions), sont toutefois peu développées s’agissant d’autres applications, malgré quelques tentatives d’adopter, dans certaines professions, une forme d’automatisation davantage centrée sur l’humain.

 

De la moralité des robots

Des développements attendus de l’automatisation, comme les voitures autonomes ou les robots tueurs sur les champs de bataille, vont désormais soulever la question du comportement moral des robots. La première loi de la robotique formulée par l’écrivain Isaac Asimov qui dit qu’« un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger » n’est d’aucun secours dans un monde aussi imprévisible que le nôtre . La question des règles morales dont seraient doté ces machines, ou qu’elles pourraient en partie développer par elle-même, va ainsi devenir cruciale. Lorsqu’elle atteint un seuil critique, « l’automatisation fait évoluer les normes, les principes et les valeurs de la société, et par conséquent, l’ensemble des rapports sociaux et des relations humaines. Ce processus est renforcé par notre relation d’extrême dépendance à l’égard des réseaux informatiques qui […] façonnent le monde dans lequel nous vivons. » .

Du fait de l’automatisation, nous « avons de moins en moins les moyens d’exploiter nos compétences, de faire preuve d’ingéniosité, ou encore d’agir de façon autonome, ce qui fut pourtant longtemps considéré comme le propre de notre humanité. Et si nous ne commençons pas à réfléchir sérieusement à la direction que nous sommes en train de prendre, cette tendance ne fera que s’accentuer. » . Sauf à se résoudre à la fin de l’humanisme, comme certains l’évoquent désormais, comme Y. N. Harari dans Homos deus , par exemple. « A son meilleur niveau, la technologie rend le monde plus intelligible et plus conforme à nos intentions. Il devient un endroit où nous nous sentons chez nous.» , résume Carr, en citant Merleau-Ponty. Faisons qu'il en soit toujours ainsi, nous dit-il, avant de conclure l’ouvrage sur un vibrant appel à limiter le pouvoir de la technologie ou tout au moins à en faire un usage discipliné en prenant conscience de la répercussion de son utilisation sur nos façons de travailler et de vivre.

 

On pourra reprocher à Carr d’instruire surtout à charge et de faire peu de cas des avancées réelles que l’on doit malgré tout à l’automatisation, et aussi d’en rester à une vision très classique des rapports entre la technologie et la société, quand les bouleversements qui s’annoncent appelleraient à les inscrire dans une perspective plus large. Il n’en énonce pas moins clairement un certain nombre de risques avec lesquels il faudra désormais compter. Le livre se lit très facilement, malgré quelques longeurs et répétitions.

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9 commentaires

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Franois Carmignola

31/10/17 15:58
Que les techniques employées changent les professions merci de nous l'apprendre. Qualifier négativement le changement est bien sur facile et on peut comparer tout cela au concept général de "prolétarisation" dont Marx et aussi Stiegler nous en enduit (je revendique le concept d'enduisation par le concept erroné, qui en vaut d'autres).

Ceci étant, Carr a aussi critiqué l'affreuse stupidité et la terrible et insondable fausseté de l'influence des robots sur le chômage. L'idée, à qu'elle est bonne, fut défendue pendant la dernière campagne présidentielle en France.
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Franois Carmignola

31/10/17 15:59
http://www.roughtype.com/?p=7887
Est le blog de Carr...
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Jean B

31/10/17 17:41
Sur ce point, jetez donc un oeil, si cela vous intéresse, pas seulement au taux de chômage, mais aussi au taux d'emploi aux Etats-Unis, qui lui n'a cessé de baisser tout au long des années 2000
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Franois Carmignola

01/11/17 08:50
La célèbre polémique sur les 40% de chtis chômeurs américains désargentés dans un monde impitoyable et qui sont donc en fait morts (de faim sans doute) ne lasse pas de faire marrer ceux qui voient qu'on y croit encore.
Le chômage américain est le plus bas depuis dix ans (4,4% Aout 2017) et le chômage français à son plus haut (9,6%, le double), mais cela sans doute est sans doute du, c'est sur, non seulement aux statistiques truquées par les ordinateurs américains, mais aussi aux robots que la France n'a pas : 3 à 4 moins par salarié que l'Allemagne.
Au fait le taux de chômage (faux et sans signification, bien sur) est de 3,7% en Allemagne. Les robots ont besoin de plain de ptites mains payées des queues de cerise pour leur graisser la pince: c'était ça ce que vous vouliez dire ?
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Jean B

01/11/17 09:44
Nous étions sur les effets de l'automatisation sur les emplois aux Etats-Unis, dont il n'est, soit dit au passage pas question dans ce livre, mais que vous évoquiez à partir d'un article du blog de Carr. Je me contentais de faire remarquer que ce point nécessitait de prendre en compte l'évolution du taux d'emploi sur le long terme, et pas seulement celle du taux de chômage.
Après, rien ne vous interdit en effet d'évoquer tous les sujets que vous souhaitez, en évitant, si vous voulez bien accepter ce conseil, le style injurieux que vous adoptez trop systématiquement dans vos commentaires
Bien à vous
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Franois Carmignola

03/11/17 06:41
Pardon pour mon ton, mais l'absurde bêtise de Benoit Hamon m'avait révolté: nous sommes aux XXIème siècle et ma bienveillance naturelle a des limites.
Sinon, le taux d'emploi se mesure en fonction de la population en âge de travailler et le taux d'emploi français est supérieur à celui des US.
Les deux indicateurs mesurent des choses différentes, et en plus le rapport avec les robots est rien moins que pas déterminé ni théorisé. Bref, choucroute: seriez vous un troll ?
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Jean B

03/11/17 08:23
Ben non, les taux d'emploi de la France est des Etats-Unis se sont rapprochés du fait de la forte baisse précisément de celui des Etats-Unis au cours des années 2000, mais le second reste tout de même de l'ordre de 4 points supérieur à celui de la France
Bien à vous,
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Franois Carmignola

04/11/17 20:38
Je n'en croit pas mes yeux: "supérieur", j'avais écrit "supérieur". Toutes mes excuses... Il a baissé de deux points en douze ans aux US: hmmh, significatif...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_pays_par_taux_d%27emploi
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Jean B

05/11/17 00:46
Pas en douze en vingt deux ans !
Mais il avait pas mal augmenté dans un premier temps, et la baisse a donc été nettement plus forte à partir du début des années 2000 de près de 4 points, ce qui est assez significatif et pourrait renvoyer pour partie à des pertes demplois liées à lautomatisation
Cest en tout cas suffisant pour écarter largument simpliste de N. Carr dans larticle que vous citiez



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