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Société

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Couverture ouvrage

Zygmunt Bauman Ezio Mauro
CNRS , 300 pages

La démocratie est-elle compatible avec le capitalisme ?
[vendredi 01 septembre 2017]


Entretien avec Ezio Mauro qui signe un essai quatre mains avec Zygmunt Bauman sur la crise de la dmocratie.

Dans La Valse aux adieux, Milan Kundera met en scène différents types de dissidents et analyse leur rapport au pouvoir. Ce qui effraye Sabine, peut-être la plus charmante d’entre eux, n'est pas la laideur, ni la violence exprimées par l'Etat : c'est le masque de beauté, de positivité et de consentement. Le mal exécuté par les honnêtes gens, insolemment innocents – pour reprendre les mots des « Démons » –, tristement lâches.

C'est le sujet du dialogue entre le sociologue polonais, Zygmunt Bauman, disparu en janvier 2017, et l'ancien directeur  du principal quotidien italien La Repubblica, Ezio Mauro. L'essai, sorti en Italie il y a quelques mois, est divisé en trois parties, et aborde la crise de la démocratie, de l'opinion publique et de la communication dans le monde contemporain. Ses références vont de Rifkin à Paine, de Rosanvallon à Steiner, Bobbio, Barber et Price.

Les deux intellectuels se rejoignent sur leur constat d'apathie politique, de crise de la médiation (« le medium peut aujourd'hui se passer du message » remarque Bauman), de la capacité critique, le manque de « grammaire culturelle » (Herzog), la transformation radicale et irréversible de l'homme contemporain et la nécessité d'habiter politiquement l'espace supranational, d'établir des biens communs mondiaux, de retrouver une forme de communication et d'action avec les autres, de nous interroger continuellement et radicalement.

L'analyse des formes de communication contemporaines est notamment approfondie : de la position de Nicholas Negroponte, directeur du MIT (« la connexion est un droit humain »), aux pouvoirs de surveillance et d’influence de certaines organisations (du moment que la National Security Agency peut contrôler les préférences des utilisateurs d'Internet, pourquoi y renoncerait-elle ?), aux questions éthiques que cela pose au quotidien (pourquoi ne pas publier cela ?), et aux promesses trahies par le web .

Le dialogue, guidé par la raison des Lumières, manque peut-être un peu de nuances et de références historiques, mais il articule des questions contemporaines incontournables entre politique et sciences sociales. Le code démocratique se montre nu, dans toute sa vulnérabilité, soutenu par la même loi inscrite dans les réseaux sociaux, le principe de loterie énoncé par Borges en ouverture du livre, celui que Tristan Harris appelle « intermittent variable rewards » .

Lors d’un passage en Italie, où, il y a quelques années, nous eûmes l'occasion de connaître Zygmunt Bauman, Ezio Mauro a eu la gentillesse de nous en dire plus sur cet essai, paru simultanément dans plusieurs pays.

 

Nonfiction : Dans quelles circonstances ce livre est-il né ?

Ezio Mauro : Il est né lors du festival de La Repubblica, appelé la Repubblica delle idee. Bauman a été invité plusieurs fois et à chaque fois cela a été un succès. A Naples, il y a quatre ans, nous avions eu une discussion sur l'opinion publique dans le théâtre du Palais Royal. La directrice éditoriale de Laterza, Anna Gialluca, l’a retranscrite et nous a envoyé le texte, en nous suggérant d’en faire un livre. Proposition que Bauman a acceptée. Nous n’avons toutefois pas travaillé à partir de ce texte. J'ai écrit les premières pages d’un autre, lui ai envoyées par courriel, il m'a répondu et quelque chose de différent est né, un texte autonome, indépendant, nouveau. Il y a bien sûr des passages concernant l'opinion publique, puisque c'est un sujet crucial de nos jours, mais notre dialogue a pris soudain une nouvelle forme, la sienne. Je dirai que c'est un dialogue sur la crise de la démocratie et sur la confiance que l’on peut avoir en cette dernière.

 

NF : Changeriez-vous aujourd’hui certains passages ou poseriez-vous d’autres questions, survenues trop tard pour être incluses dans vos échanges avec Bauman ?

EM : Je ne changerais rien. Je voudrais seulement pouvoir encore discuter avec lui. Il répondait très rapidement, était très généreux avec n’importe quel interlocuteur et à chaque fois surprenant par sa capacité à ouvrir de nouvelles voies. Si je pouvais, je commencerais avec lui un chapitre sur le terrorisme, l’Etat islamique et la démocratie attaquée…

 

NF : Le livre se referme sur un regard curieux porté sur la science contemporaine et sur les perspectives du monde à venir. Au-delà de cette lumière finale, une autre, presque nostalgique, semble tournée vers le XXe siècle...

EM : Il y a certes une nostalgie pour une démocratie plus « proche », à portée de main, vivante et capable de répondre concrètement aux interrogations du quotidien. Je pense avec obstination que ce n'est pas de la nostalgie, mais de l'espoir.

 

NF : Cet essai a eu une heureuse réception internationale. Avez-vous d’autres projets en tête ?

EM : J'ai fait un reportage pour La Repubblica qui a duré un an sur les lieux, les personnages et les événements de 1917 en Russie, l'année des deux révolutions. J'ai pu étudier, voyager, retrouver mon amour pour la Russie, grandiose et terrible, où j'ai travaillé pendant trois ans comme correspondant entre 1988 et 1990. Cela deviendra un livre publié chez Feltrinelli et qui sortira en Italie le 19 octobre 2017, mais aussi une série à la télévision en huit parties. J'ai essayé de me faire le reporter d'un événement qui s'est produit il y a cent ans : une expérience qui m'a bouleversé.

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3 commentaires

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PHO

02/09/17 14:59
Cher M.J., il faut absolument que vous vous renseigniez davantage sur la démocratie athénienne, avant de faire un usage aussi audacieux de l'histoire. Périclès rirait sans doute beaucoup s'il apprenait qu'il avait été inspiré par un esprit socialiste. Cela dit vous avez raison, sous certains angles, on peut comparer la ligue de Délos à l'URSS ; mais je ne suis pas certain que la prédation des richesses et l'asservissement des populations soumises corresponde tout-à-fait à l'idée communiste que vous évoquez par ailleurs!
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M.J

01/09/17 18:15
le titre de l'Essai est très captivant par rapport aux problèmes que la démocratie actuelle pose dans les pays qui ont comme modèle politique ce régime. Si nous faisons un recule historique sur la gestion de la démocratie à Athènes à l'antiquité, il y a effectivement un grand écart entre la démocratie actuelle et celle de l'antiquité. Si on peut les comparer, le constat qui se manifeste est que la démocratie d'Athènes n'était pas gérée avec le capitalisme, elle l'était avec le communisme ou l'esprit socialiste parce que reposant l'agir politique sur le citoyen et la cité. Elle ne mettait pas l'accent sur l'argent où le profit individuel. or, c'est ce qui est à la mode dans la démocratie actuelle. Sauf que dans vos propos vous ne ressortez pas réellement cela . Donc, comme le titre du livre est à l'interrogative, pour aider le lecteur, il faut dénouer la difficulté en dégageant si vous êtes ou non d'accord que le capitalisme est incompatible avec la démocratie. Cependant, pour moi je suis d'avis que le capitalisme est incompatible à la démocratie, d'où je l'ai montrer dans l'un de mes ouvrages que j'ai intitulé : le capitalisme dénature la démocratie. J'espère que nous en ferons un combat d'auteurs pour amener l'humanité à saisir le danger de gérer la démocratie avec le capitalisme.
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Jean B

01/09/17 13:46
très bien, mais l'on ne comprend pas de quoi il est question dans cet ouvrage...

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