Nos proverbes, censés véhiculer des bouts de sagesse ancestrale, sont souvent incompris, considérés obsolètes, de moins en moins usités quand ils ne sont pas simplement oubliés. Certains, pourtant, nous paraissent bel et bien faire sens aujourd'hui. Aussi la chronique L'âge de nos adages se donne pour objectif d'en dépoussiérer quelques-uns pour en raviver l'actualité. Cette semaine: "avoir voix au chapitre"!

 

 

Drôle d'expression s'il en est...

Pour la comprendre, il faut d'abord savoir que le « chapitre » en question n'est pas celui d'un livre : le terme renvoie à un rassemblement de moines. Ces moines se réunissent à l'origine pour lire et commenter un chapitre de l'Évangile ou de la règle monastique, d'où le nom donné à ces rassemblements. Les moines se réunissent dans une salle spécifique, garnie de chaises : la salle capitulaire.

Au IXe siècle, les clercs séculiers reprennent ces pratiques, et notamment les chanoines. Ceux-ci sont des clercs séculiers attachés à une cathédrale ou une collégiale. À partir du xie siècle, ils prennent de plus en plus d'importance dans la vie quotidienne de leurs églises : de plus en plus, les chapitres dirigent. D'autant que les laïcs, notamment les seigneurs, ont alors moins leur mot à dire dans la gestion des églises : engagée dans la réforme grégorienne, l'Église affirme en effet la liberté et l'autorité du clergé. Au contraire, les chapitres vont être supprimés pendant la Révolution française : le clergé, et donc les églises, passent alors sous le contrôle de l'État.

Pendant près de sept siècles, les chanoines se réunissent pour discuter des affaires de leur église et prendre des décisions. On affirme donc que les chanoines ont tous « stallum in choro et vocem in capitulo » : un siège dans le chœur et une voix au chapitre.

L'expression pointe donc vers une pratique démocratique de la décision : un homme, une voix. On sait, notamment par les travaux de Jacques Dalarun, que les monastères médiévaux sont des lieux d'expérimentation politique, qui inventent une forme de démocratie en insistant sur l'égalité de tous les moines . Avoir voix au chapitre, c'est ainsi avoir le droit d'être consulté, pouvoir donner son avis, dans une forme de démocratie directe qui donne une grande place aux débats et recherche le plus souvent possible l'unanimité. Tous ceux qui ont participé à Nuit Debout, l'an dernier, reconnaîtront sans doute des éléments familiers : place de la République, on s'attachait également le plus possible à faire circuler la parole, à laisser tout le monde s'exprimer, à dégager du consensus. Ces nouvelles pratiques démocratiques contribuent ainsi, près d'un millénaire après, à faire entendre les échos des voix du chapitre.

 

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