THÉÂTRE – Maraband, par le collectif L'improbable
[vendredi 18 mars 2016]

Dans cette pièce écrite en écho à L'Annonce faite à Marie de Paul Claudel, le collectif L'improbable nous invite dans l'imaginaire d'un théâtre physique et vivifiant.

 

Tout jeune collectif créé par Albertine Vilain-Guimara, Florence Weber, Yoanna Marilleaud et Marine Garcia-Garnier à leur sortie de l'ESAD  , L'Improbable déclare dans sa note d'intention avoir voulu « retourner » la peau des six personnages de Claudel pour travailler la création d'un texte à partir des pulsions et rapports physiques de ceux-ci. De l'intrigue initiale affleure comme noeud dramatique principal le projet de mariage entre Violaine et Jacques. L'écho à la pièce de Claudel se fait à coup de vibrations sonores et physiques.

 

La pièce s'ouvre sur un noir ou plutôt une fausse obscurité dans laquelle on devine, à jardin, une silhouette assise que distingue un masque blanc d'oiseau. Ce personnage énigmatique, à la table de mixage, installe une écriture sonore en ligne dramaturgique, peu commune, mêlant musique, sons et voix. Premières vibrations, premiers échos. À cour, un landau poussé par une autre silhouette dont le déroulé du pas, lent, sur le bord de scène ordonne progressivement la lumière sur le plateau. On découvre alors les éléments du décor, simples, essentiels et clairement disposés : quatre chaises, un tapis, une plante verte haute. Lunettes noires au nez, les quatre autres personnages arrivent sur la scène dans un ralenti qui donne à voir l'énergie qui les porte et les lie. La fille au landau, Mara se lance dans un monologue qui vient comme titrer le tableau : « La famille c'est ça, ça bouge pas d'un poil ».

 

C'est d'ailleurs ainsi que la pièce se structure : une succession de tableaux vivants où alternent jeu de voix et jeu du corps au rythme des variations sonores dont on se demande si elles sonnent les mouvements d'une partition ou les débuts et fins de rounds. Le public est pris à témoin par chaque membre de la famille qui, tour à tour, semble se livrer à lui dans ses rêves, ses failles et ses peurs. Ces monologues-confessions font entendre les dissonances du soi-disant bloc familial. Un à un, les personnages nous annoncent qu'ils partent. Pierre, l'homme-oiseau musicien, est l'amant qui contamine, condamné à la solitude. Mara, pleine de colère et de reproches contre l'ordre qui est l'ordre et la famille qui est le règne de l'ordre, veut tout faire exploser. Violaine, la soeur, aussi aimée que fébrile : « c'est le coeur qui m'a poussé. J'ai tout, j'ai trop, j'étouffe. L'amour d'un homme j'en fais quoi?! ». Anne, le père, questionne son utilité : ce bâtisseur de famille est à présent un tuteur qui n'a plus de plantes à faire tenir. Le fiancé de la soeur, Jacques, était là où il voulait être, pour ne plus se poser de questions ; sa bien-aimée partie, il réalise alors qu'il ne pourra « plus jamais la toucher, jamais la revoir, jamais l'entendre ». Et enfin la mère, Elisabeth, qui n'a « jamais dit, jamais touché deux mots » ; toujours empêchée, toujours retenue, elle est celle qui garde tout, celle qui se pousse pour faire pousser, celle que l'on quitte et qui se quitte.

 

Ce qui constitue l'originalité et l'énergie de la pièce tient à l'exploration dramaturgique des liens texte-corps pour trouver un autre terrain de création théâtrale. Autres vibrations, autres échos. Les différents monologues sont entrecoupés par une sorte de chorégraphies où l'engagement physique des corps parle tout autant que le texte des tensions et pulsions qui lient et délient les personnages. Les mouvements sont exécutés et enchaînés avec une précision et une vivacité qui emportent le spectateur dans des méandres narratifs insoupçonnés. Les corps des comédien.nes convoquant une tout autre poésie : elle se lit dans les portés, les chutes, les glissés, les poussés, les frappés, les têtes que l'on manipule. Comme autant d'action pour décaler les dimensions spatiales et temporelles du plateau. On voudrait même aller plus loin avec eux.

 

Que les vibrations du corps contaminent à leur tour les séquences parlées, que les corps osent prendre le pas sur l'ordre justement, chahuter la forme – cette option dramaturgique qui consiste en l'alternance entre scènes-texte / scènes-corps. Cette dernière, à force de répétitions, parfois enferme ; les envies déclenchées chez le spectateur s'y sentent parfois à l'étroit. Alors que tout bouillonne, des gestes comme des fulgurances qui nous font entrevoir un improbable qui risque davantage. C'est tout à la fois surprenant et réjouissant de voir la mère s'enrouler dans le tapis, avec une fougue que le texte ne nous laissait pas soupçonner. On rêve à plus de corps, encore, des pulsions auxquelles on laisserait plus encore plus de place. Dans « Maraband » , le collectif nous fait goûter à un imaginaire vif, fait d'instincts et d'intuitions qui promettent une belle suite.

 

Maraband au Théâtre de Belleville du 2 au 12 mars.

Texte et mise en scène Marine Garcia-Garnier

Assistanat à la mise en scène Clément Baudoin

Avec Jonathan Aubart, Yoanna Marilleaud, Eliot Maurel, Albertine Villain-Guimmara, Tom Verschueren et Florence Weber

Création lumière Clément Baudoin

Création musicale Jonathan Aubart

Durée : 1H

Crédit Photo : @Maxime Colin Yves et Ricardo Constantini

 

 

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