<p>Une lettre fictive &agrave; Roland Barthes qui offre une nouvelle approche de l'&oelig;uvre du c&eacute;l&egrave;bre s&eacute;miologue et linguiste fran&ccedil;ais.</p>

De Roland Barthes, chaque chercheur, chaque étudiant, toute personne intéressée par le langage, les mots, les mythes, la mode, la photographie, le Japon, la Chine ou encore Racine, Balzac, Sade, Fourier ou Loyola, possède une image personnelle. Le centenaire de la naissance de l’écrivain (1915), mort en 1980, a été l’occasion de publications multiples sur les travaux et l’héritage laissé par le plus célèbre des sémiologues français, désormais devenu un « auteur classique » .

 

Jean-Marie Schaeffer , philosophe, spécialiste d’esthétique et de théorie des arts, écrit ici une lettre à Barthes, mais pas à l’auteur canonisé de Critique et Vérité . Il choisit d’aller à la rencontre de Barthes en revisitant son propre passé . Cette démarche, qui tient autant de l’autobiographie que de l’acte de remémoration des écrits de Barthes au moment où Schaeffer les découvrit pour la première fois, produit une insolite missive.

 

Avant tout, l’exercice d’écriture d’une lettre à un mort constitue, comme le rappelle Schaeffer, une « incongruité ontologique » . L’auteur s’autorise le périlleux exercice en évoquant la situation de Jacques Derrida qui dans le texte « Les morts de Roland Barthes »  expose l’idée que l’hommage posthume, s’il s’adresse à l’ami mort, parvient au « lui en soi, donc à soi-même » . Le texte que produit ainsi Schaeffer prend une tournure particulière qui navigue entre une relecture critique des œuvres de Barthes et une plongée dans la vie du philosophe luxembourgeois de naissance, ne reniant pas le caractère intime lié au genre épistolaire. On en découvre autant sur l’auteur que sur Barthes. Ces révélations, combinées à l’usage du « vous », amènent à un glissement d’ordre identitaire.

 

Ce glissement, en aucune sorte malencontreux, ouvre un autre régime de perception du texte chez le lecteur. Jean-Marie Schaeffer s’adresse au Roland Barthes en lui, tout en nous conviant par l’utilisation du pronom comme forme de politesse, et se faisant à celui en chacun de nous. Lorsqu’il évoque  les écrits de ce dernier et l’instant de leur première lecture, on se projette malgré nous dans notre propre approche de Barthes. L’écho est si vibrant qu’il obstrue parfois l’analyse sérieuse et la démarche novatrice que constitue le rappel autobiographique du parcours de Barthes par Schaeffer. On relit alors avec intérêt le passage intitulé « l’homme structural »  ou encore celui portant sur l’ouverture d’« Introduction à l’analyse structurale des récits »  pour se rendre compte de la valeur du travail de Barthes et ses apports considérables au domaine des sciences humaines.

 

Cette lettre constitue de la sorte un essai d’élaboration d’un simulacre, au sens que Barthes donnait à ce terme, c’est-à-dire la mise au jour du « procès proprement humain par lequel les hommes donnent du sens aux choses » . Jean-Marie Schaeffer transcende ainsi un acte initialement douloureux en une démarche féconde qui donne plein sens à l’idée que « l’écriture est en réalité une notion qui est du côté du lecteur au moins autant que du côté de l’auteur » , et que les récits sont un mode privilégié d’acquisition des connaissances et de compréhension de notre rapport aux choses et aux autres. En couchant sur le papier son expérience personnelle des textes de Barthes, l’auteur nous permet d’embrasser notre propre appréhension du personnage tel qu’on le conçoit désormais, l’arrachant de la sorte à un certain immobilisme classique pour générer une trace vivante de son œuvre à partir de notre mémoire#nf#