À l'occasion de la parution d'une nouvelle biographie consacrée à Roland Barthes, Tiphaine Samoyault vient nous parler de son œuvre, et de la résonnance que peuvent avoir ses écrits à l'heure actuelle.

Qu'est-ce que la pensée de Roland Barthes peut nous apporter aujourd'hui ? La question est légitime, et les réponses qui seront apportées tout au long de cette rencontre riches d'enseignements. Le projet biographique de Tiphaine Samoyault n'entend pas suivre une chronologie stricte, mais proposer une articulation de la vie et de la pensée de Roland Barthes, dans le but d'ouvrir un nouvel espace mémoriel.

Un positionnement « faible » en politique

L'Histoire retiendra que Roland Barthes n'a pas signé le Manifeste des 121, contrairement à la grande majorité des intellectuels de l'époque. Il était en effet opposé à toute forme de manifestations, et abhorrait les slogans et la réification de la parole. Sa pensée était en ce sens très marginale par rapport à ses contemporains, dans la mesure où il affectionnait une forme plus modeste d'engagement politique. Cette biographie nous apprend qu'il a été signataire d'autres pétitions, qui ne revendiquaient pas expressément le droit à l'insoumission. Comment justifier cette position « faible » en politique ? Ici, le terme est à comprendre comme une analogie à la musique, à savoir une note sur un temps faible, et non comme une faiblesse à proprement parler. Marxiste de la première heure, comme en atteste des lettres écrites du sanatorium en 1945, il ne supporte pourtant pas l'idée d'un communisme de gouvernement, et le concept de domination reste pour lui problématique.

Roland Barthes, écrivain ou écrivant ?

Roland Barthes établissait une distinction claire entre les écrivains, ceux qui écrivent, et les « écrivants », ceux qui écrivent sur ceux qui écrivent. Selon lui, la critique avait cependant un sens très fort, et ne se limitait pas à une herméneutique des textes, mais à la capacité à révéler la pensée des discours. Un des plus grands paradoxes de Roland Barthes aura été de correspondre à la définition qu'il donnait des « écrivants », tout en s'incluant parmi les écrivains.

Il avait mis en place un fichier, qui consistait en une accumulation de boîtes à chaussures remplies de feuilles A4 coupées en quatre et recouvertes de notes. Contrairement à beaucoup d'autres écrivains, qui partaient du fragment pour aller vers une forme écrite plus construite, Roland Barthes suivait la logique inverse. C'est à partir de carnets et de textes qu'il fragmentait et décomposait, pour mieux recomposer ensuite.

L'utopie du neutre

Pour Roland Barthes, le neutre n'est pas synonyme de neutralité, mais plutôt un principe permettant à deux bords d'une opposition de ne jamais se stabiliser. C'est précisément cette oscillation qui permet de rester continuellement en mouvement. L'utopie serait donc de se tenir dans un espace au sein duquel personne ne serait enfermé dans une entité stable.

On entend souvent que Roland Barthes est passé par plusieurs phases, ce que Tiphaine Samoyault réfute. Selon elle, Roland Barthes a connu quelques inflexions, mais a su faire preuve d'une grande constance. On assiste aujourd'hui à une multiplicité d'espaces de réception de l'œuvre de Roland Barthes. Il reste très peu enseigné aujourd'hui à l'université, hormis au sein des départements de communication. Ses publications posthumes ont beaucoup influencé l'image que nous avons de lui, car il est davantage lu comme un écrivain, et non comme un « outil ». Tiphaine Samoyault n'hésite pas à parler de désynchronisation, entre ce que Roland Barthes était avant sa disparition et la perception de son œuvre à l'heure actuelle#nf#

 

Pour en savoir plus :

 

Photo : © 

Théâtre de l'Odéon, Place de l'Odéon, 75006 Paris

Réservations : 01 44 95 98 21

Site du théâtre : http://www.theatre-odeon.eu/

Durée : 1 h 15

10 € | 5 € (Hors abonnement)