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Histoire

Les fusillés (1940-1944)

Couverture ouvrage

Claude Pennetier Jean-Pierre Besse Thomas Pouty Delphine Leneveu
L'Atelier , 1950 pages

Condamnés à mort sous l’Occupation
[lundi 01 juin 2015]


Un recensement désormais incontournable des victimes d’exécutions judiciaires pendant l’Occupation.

Les fusillés est un livre aussi important sur le plan de la recherche historique que sur le plan émotionnel et mémoriel. C’est d’abord un livre de mémoire, d’hommage à des hommes et des femmes assassinés, à l’instar de ceux publiés par Serge Klarsfeld sur les listes de déportés, par l’association Mémorial qui rassemble les noms des victimes du communisme en Russie, ou par la Pologne en mémoire des officiers massacrés par les Soviétiques à Katyn. Les fusillés donne une liste des victimes. Il inscrit ad vitam aeternam le nom de 4425 personnes qui constituent une partie des victimes de l’occupation fusillées par les Allemands et quelquefois par leurs complices français. C’est aussi un livre triste parce que son principal initiateur et animateur, Jean-Pierre Besse, est décédé subitement alors qu’il pilotait ce travail depuis plusieurs années déjà. Il avait publié il y a presque 10 ans une remarquable étude sur les fusillés, avec un autre des maîtres d’œuvre de l’ouvrage, Thomas Pouty.

Un recensement de la répression

Par son étendue, cet ouvrage est un outil de travail de première importance favorisant de nouvelles études historiques, sociopolitiques, voire géographiques sur la répression en France et, conséquemment, sur les formes d’engagement dans la résistance. Si les études à ce sujet existent et sont nombreuses, ce livre permet d’en préciser certains contours et d’approfondir d’autres aspects.

La présentation reprend les principales phases de la répression, éclairée depuis quelques années par les travaux de Thomas Pouty, Gaël Eisemann, Thierry Laurent ou Thomas Fontaine. Il poursuit les recensements effectués et pilotés par Serge Klarsfeld et les équipes qu’il a animées. En outre le dictionnaire développe certains thèmes du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français créé par Jean Maitron et dont Claude Pennetier est le maître d’œuvre depuis le décès de l’historien du mouvement anarchiste. La forme « Maitron » élargit ici le corpus à des personnalités qui ne sont pas passées à un moment ou un autre de leur vie par la gauche de l’échiquier politique.

La répression a pris différentes formes. Au total il y a eu en France métropolitaine plus de 15 000 morts par balles (en comptant les massacres des dernières semaines d’occupation). Le corpus choisi est celui des fusillés après condamnations. Il faut pour acquérir ce statut avoir été exécuté sur une « base légale ». En conséquence toutes les exécutions sommaires ne sont pas prises en compte. Cependant, le corpus final n’est pas exhaustif, certaines archives ayant disparu. Les fusillés mentionnés sont donc ceux qui ont été condamnés par la justice, les otages, les guillotinés par Vichy, les morts sous la torture et ceux qui se sont suicidés pour y échapper ; enfin, les femmes guillotinées en Allemagne.

Les formes de la répression sont connues, les grands groupes de victimes également. Les Résistants, chrétiens, socialistes, gaullistes ont payé un lourd tribut. Les vers d’Aragon dans « la Rose et le Réséda » semblent recouvrir la réalité. Si nous sommes loin des « 75 000 fusillés », les communistes représentent le tiers des exécutés. C’est parce que le PCF a, après la guerre, surexploité la part certes considérable des communistes parmi ses effectifs qu’ils sont devenus les martyrs de la guerre par excellence. La propagande et les hommages du PCF ont été à la hauteur du martyr. L’exemple le plus éloquent est certainement le poème « Strophes pour se souvenir » d’Aragon, extrait du Roman inachevé rendant hommage aux combattants du réseau Manouchian : avec l’aide de l’interprétation donnée par Léo Ferré, ces « strophes » ont créé la légende autour de ce « Sang de l’étranger » (selon la formule de Stéphane Courtois, Adam Rayski et Denis Peschanski), légende qui, comme toutes les légendes, à la lecture du dictionnaire, repose sur une grande part de vérité. Ajoutons qu’une grande partie des fusillés appartenait aux communautés juives d’Europe centrale et orientale installées à Paris. Ainsi 20 % des fusillés du Mont Valérien sont Juifs et l’immense majorité de ces Juifs fusillés étaient communistes – dimension qu’en revanche le PCF n’a pas mise en avant. Enfin ce qui frappe à la lecture de ce dictionnaire, c’est l’absence d’appartenance partisane de la grande majorité de ces fusillés, à l’image de ce cultivateur Pierre Baudu, passé par les armes le 16 juillet 1940 pour détention illégale d’armes à Boucé dans l’Orne.

Travail en cours ?

Cependant, aussi important que soit ce dictionnaire, il n’est pas exempt de reproches. D’abord parce que certains travaux sur la résistance et la répression n’ont pas été utilisés, ainsi ceux de Franck Liaigre sur les FTP, ou plus marginalement, ceux de Bruno Chiron sur les communistes fusillés au Mont Valérien. Si ce dictionnaire est le reflet des travaux sur la Résistance, il donne parfois une impression d’inabouti parce que nombre de notices ne sont que le recopiage des dossiers de la Division des archives des victimes des conflits contemporains de Caen, sans investigations historiques complémentaires. Les fiches biographiques conservées dans ces archives étaient rédigées par les familles pour obtenir le statut de victimes. D’autres notices sont simplement la reprise des notices anciennes du Maitron, sans, là non plus, de compléments réels sur la partie concernant la Résistance.

Il existe en outre des oublis surprenants comme, par exemple, Pierre Brossolette, alors que ce dernier aurait dû a minima avoir sa biographie dans la partie des « Morts sous la torture ». Par ailleurs, pourquoi rejeter Charles Wolmark, fusillé à Charnècles (Isère) le 30 juillet 1944, dans le corpus des exécutés sommaires ? Annie Kriegel l’avait porté en épitaphe d’une des meilleures études sur les Communistes français. Cet oubli est révélateur d’une autre carence, l’oubli de certains départements. Si, dans certains cas, l’omission peut apparaître marginale, comme pour l’Ain ou le Cantal, elle devient problématique dans le cas d’un département comme l’Isère, qui a compté un peu moins d’un millier d’exécutions.

Ces remarques n’altèrent pas l’importance de l’ouvrage, tant sur un plan mémoriel, émotionnel que scientifique. Aucun travail sérieux sur la Résistance et l’Occupation ne peut désormais faire l’économie de son utilisation.

 

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