THÉÂTRE – Le Révizor de Gogol, par Paula Giusti
[samedi 17 janvier 2015]

« De quoi riez-vous ?... C'est de vous-mêmes que vous riez !... »

 

Paula Giusti et sa compagnie Toda Vía Teatro jouent Le Révizor de Nicolas Gogol au Théâtre de la Tempête jusqu'au 15 février 2015. De cette pièce publiée en 1836, satire de l'administration provinciale russe, confite de corruption et d'incompétence, Paula Giusti nous offre une adaptation et une mise en scène à la fois audacieuses, généreuses et quelque part très fidèles à l'œuvre de Gogol.

Audacieuses, voire quelque peu risquées, car Paula Giusti prend le parti d'incarner Khlestakov, le scribouilleur urbain, exigeant mais fauché de Petersbourg qui est pris pour l'inspecteur du gouvernement par le Bourgmestre et sa clique, en pantin manipulé par Ossip, le domestique de Khlestakov dans la pièce originale. Les personnages de Khlestakov et d'Ossip sont ainsi mêlés pour ne faire qu'un. Le mépris ne porte plus alors sur une personne, mais sur un objet. Ce choix de mise en scène permet d'extrapoler jusqu'à la métaphore l'émanation quasi-démiurgique de la puissance lointaine, inaccessible mais omnipotente de l'Etat, objet de terreur mais aussi révélateur implacable de la médiocrité de cette petite société dirigeante locale. Plus que cela, le pantin constitue le centre vide du déréglement de la petite communauté, le non-lieu construit et animé de toute pièce par les protagnistes emportés par leurs stratégies illusoires, qui elles-mêmes découlent de turpitudes bien réelles. Point imaginaire qui agrège et dévoile l'absurde.

Généreuses également car, si la construction inévitable de la mise en scène autour du pantin (celui-ci étant manipulé par l'ensemble des comédiens, à tour de rôle ou à plusieurs à la fois, avec des moments de grâce) pouvait laisser craindre une certaine lourdeur, la pièce nourrit progressivement et jusqu'à l'effusion un rire franc et puissant, le rire russe du théâtre de Gogol. Il y a en effet quelque chose de l'ordre de l'ébullition dans cette mise en scène, qui pose tranquillement le décor dans les premiers temps, puis, peu à peu, monte en température. Les comédiens eux-mêmes semblent se chauffer au fur et à mesure que le rire se déploie. Ils sont bons, notamment Laure Pagès qui impressionne dans le rôle d'Anton, le bourgmestre, qui distribue à tour de bras bourre-pifs, grimaces et petits rires de contentement.

Fidèles à l'œuvre de Gogol, enfin, par une scénographie simple, avec quelques meubles et deux portes amovibles qui agencent l'espace, faux-nez, maquillage et péruques. Pas de translation dans un décor contemporain ici. Et même les petites fantaisies, comme celle du tango – Paula Giusti est née en Argentine – ou de l'accent italien ou espagnol de certains personnages, n'enlèvent rien à l'âme russe qui se dégage de la pièce. Au contraire, elles amplifient subtilement, par petites touches, l'universalité du comique de Gogol.

Il ne faudrait pas oublier le travail musical d'ambiance opéré par Carlos Bernado Carneiro Da Cunha qui rythme la pièce de bout en bout.

 

 

Le Révizor ou l'inspecteur du gouvernement, de Nicolas Gogol

Du 6 au 30 juillet 2016 au Théâtre des Lucioles (Avignon).

La pièce fut également jouée du 15 janvier au 15 février 2015 au théâtre de la Tempête (Cartoucherie, Paris).

Texte français d'André Markowicz (Actes Sud)

Adaptation et mise en scène de Paula Giusti

Avec Dominique Cattani, Florent Chapellière, Larissa Cholomova, Mathieu Coblentz, Sonia Enquin, André Mubarack, Laure Parès et Florian Westerhoff

Musique et son de Carlos Bernado Carneiro Da Cunha

 

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