A la fois introduction à la Bible – à son histoire et ses modes d’interprétation – et dictionnaire clair et accessible, cet ouvrage est un très bon guide pour une première approche en quête de spiritualité plus que d’érudition.

Comme il l’expose dans son avant-propos, l’auteur construit son ouvrage sur deux pôles, la révélation et l’inspiration. Le cœur du livre se présente ainsi comme un dictionnaire proposant non des synthèses, mais  « des espaliers qui relient divers passages bibliques » . En amont, une introduction générale propose certaines mises au point sur l’histoire de la Bible, de son autorité et sur l’influence de certaines cultures et traditions ecclésiales.

L’introduction à la Bible est raisonnablement longue et fait l’économie de points d’érudition discutés par les seuls spécialistes. Elle est extrêmement claire et accessible et s’adresse à toute personne désireuse moins de connaître la Bible comme un objet d’étude, que de se familiariser avec son environnement, les principes qui président à son Ecriture, à la composition des canons et à sa lecture. L’auteur commence par la présentation des différents livres de la Bible, présentation simple et fort concise. L’histoire d’Israël est exposée avec limpidité. Les éléments d’information relatifs aux langues dans lesquelles sont écrites ou traduites la Bible (ainsi que l’histoire des manuscrits) sont assez complets et mis en rapport avec les problématiques qui y sont reliées (la question de l’« inspiration » de la Septante, la valeur et la validité de cette traduction, la difficulté d’établir une version « officielle » de l’Ancien Testament en Grec). La relecture chrétienne de la Torah est examinée avec les inflexions qu’elle impose, d’abord avec l’ordre des livres bibliques qui change dans le christianisme, l’adoption de certains livres deutérocanoniques, puis leur rejet par la Réforme.

Etienne Nodet explique ensuite les points importants de l’historiographie biblique. Il insiste d’abord sur le fait que « les textes bibliques ne sont presque jamais des rapports de témoins oculaires. Leur mise par écrit est largement postérieure, d’après des sources écrites, des traditions orales ainsi que des intentions rédactionnelles ou poétiques. » . L’objectif des auteurs bibliques n’est pas de décrire les évènements dans leur objectivité et selon les critères d’une scientificité à l’image de la nôtre, mais il peut être de combiner différentes sources (sans se soucier, si elles divergent, de savoir laquelle dit « la vérité »), de conférer à un évènement une portée théologique forte ou de faire passer un message politique, social ou moral en se servant d’un fait.

Dans un troisième moment, l’auteur fait le point sur le Nouveau Testament en s’attardant sur les deux composantes essentielles du cadre culturel dans lequel il est apparu et qui est différent de celui dans lequel a été conçu l’Ancien Testament : « la plus importante est l’Ecriture augmentée de diverses traditions et d’une littérature juive non canonique ; on peut y ajouter une faible dose d’hellénisme. La moins importante est ce qu’apportent les sources externes, c’est-à-dire la géographie et l’histoire de la Judée, prise au sens hérodien, incluant Galilée, Samarie et Idumée » . C’est l’occasion d’un bref récit de l’histoire de la Judée. L’histoire de la formation des textes néotestamentaires est exposée, ainsi que l’histoire de cette histoire. Cela amène l’auteur à reprendre certaines questions précisément liées à cet aspect du Nouveau Testament : le problème synoptique et celui des Vies de Jésus. Le premier veut comprendre pourquoi des dissemblances existent dans les évangiles synoptiques qui sont pourtant considérés comme vrais. L’auteur examine rapidement les différentes tentatives proposées pour résoudre cette difficulté (solution augustinienne, théorie des « deux sources »  et les difficultés qui demeurent). Le second pose le problème de savoir ce qu’on peut connaître de Jésus à travers les textes évangéliques et s’il est possible de raconter une vie de Jésus 

Le quatrième et dernier moment de l’introduction prend en charge la lourde question de l’interprétation de la Bible. Les difficultés de l’interprétation sont en effet d’abord liées à des problèmes de traduction (par exemple, le terme « prêtre » dans la traduction française renvoie aussi bien au kohen de l’Ancien Testament qu’au presbuteros du Nouveau Testament, lesquels ne désignent pourtant pas la même réalité). De plus, le style biblique est loin d’être transparent et dépend de certains points de vue. Il y a une rationalité dans l’Ecriture de la Bible qui ne peut pas se réduire à la seule déduction, mais correspond à l’attribution d’un sens. La Bible elle-même invite à la méditation sur l’Ecriture, l’obligation de « scruter » (darash) est récurrente dans le texte. Après avoir ainsi exposé les difficultés liées à l’Ecriture en elle-même, l’auteur esquisse une histoire des interprétations, de l’exégèse juive de Philon d’Alexandrie à L’interprétation de la Bible dans l’Eglise, le document de la Commission biblique pontificale de 1993, en passant par l’exégèse littérale de Rashi au Moyen Âge, les quatre niveaux de compréhension d’Origène, l’Exégèse protestante des Lumières, et autres épisodes importants de l’histoire de l’interprétation de la Bible. Puis l’auteur conclut son introduction par une étude de la façon dont a été conçue l’« inspiration » qui anime les rédacteurs des textes saints. Remarquons simplement que, spécialiste de Flavius Josèphe, l’auteur lui fait une belle place dans son introduction.

Dans la partie consacrée aux « thèmes bibliques », la plus longue, l’auteur invite moins à la connaissance qu’à la découverte, et moins à l’analyse scientifique qu’à la prière  . Les thèmes se présentent par ordre alphabétique et concernent aussi bien des personnages que des lieux, des gestes, des sentiments, des concepts ou des objets. Dans le cas des personnages ou des lieux, la biographie ou l’histoire est rapidement retracée (avec la mention des passages précis du texte dans lesquels on retrouve les éléments historiques), et, de manière tout à fait intéressante, la façon dont les autres textes le considèrent est étudiée. Ainsi pour Moïse par exemple, l’auteur suit les évènements qui rythment sa vie (naissance, sauvetage par la fille de Pharaon, assassinat d’un égyptien, fuite, service chez Jéthro, vocation, mission, refus du Pharaon, etc.) mais il montre aussi comment comprendre certains évènements de cette existence (l’errance dans le désert permet aux hébreux de se constituer comme peuple et d’apprendre la pédagogie de Dieu) mais aussi ce qu’il symbolise dans d’autres livres bibliques (il est une figure de la sagesse, dans le livre de la Sagesse, comme dans l’Epître aux Hébreux, il désigne la Loi dans le Nouveau Testament, il est celui par qui Dieu a accompli ce qu’il avait annoncé à Abraham). Les gestes étudiés sont d’abord définis (ainsi l’article « prière » définit la prière comme « une demande qui s’appuie sur le rappel de la fidélité de Dieu » distinguée de la louange, de l’adoration ou de l’action de grâce), puis l’auteur rappelle les passages de la Bible dans lesquels ils sont importants (pour la prière sont ainsi mentionnés les demandes d’intercession des patriarches et de Moïse, les prières des rois pour le peuple, les Psaumes qui, « détachés de tout récit suivi, reflètent en vrac l’histoire biblique à travers l’expérience personnelle de la prière, où tous les sentiments humains s’expriment. » ), la place de la prière dans la vie de Jésus, qui enseigne comment prier – qui est l’occasion d’une étude de certains thèmes du Notre-Père (« le pain » et l’importance de la figure du Père) – et dans celle de l’Eglise primitive décrite dans les Actes des apôtres. Ces études font l’économie de développements théologiques et spirituels autour de ces thèmes ainsi que de l’histoire de leur réception, ce qui permet des explications directes, claires et simples.

Dès lors, les informations sur les institutions, comme le sanhédrin, sont absentes de cet ouvrage. Cela n’est pas un manque puisqu’il ne s’agit pas d’un instrument d’érudition, mais d’un parti pris, celui d’inviter à la découverte en donnant les premiers repères nécessaires et en gardant à l’esprit que l’étude de la Bible peut être porteuse de sens et pas seulement de faits, d’informations ou de connaissances.#nf#