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Europe

Europa. La dernière chance de l’Europe

Couverture ouvrage

Valéry Giscard d’Estaing
XO édition / TF1 Editions , 188 pages

VGE, le fils refondateur de l’Europe
[samedi 25 octobre 2014]
Valéry Giscard d’Estaing appelle à la mise en place du projet EUROPA, un ensemble fédéré regroupant idéalement douze nations de l'Union européenne.

En déclinologue optimiste, l’ancien président de la République, âgé de 88 ans, publie un récit empreint de gravité, mais enjoué. Valéry Giscard d’Estaing voit l’évidence, la nomme et l’épèle dans un langage intelligible : minée par les crises multiformes et l’absence de leadership, l’Europe est une puissance en sursis, lancée sur une pente destructrice ; parachever l’Europe relève de l’urgence stratégique. Dans une geste gaullienne, l’appel au sursaut succède au constat critique : il est encore temps de rééquilibrer le jeu des grandes puissances « socio-capitalistes » dans l’espace-monde ; mais plus on attend, plus la fenêtre d’opportunité se referme ; seul le projet de zone « Europa » à l’horizon de 2040 permettra de relever ce défi civilisationnel. L’ancien Chancelier d’Allemagne des années Giscard, Helmut Schmidt, qui gratifie le livre d’une préface, applaudit des deux mains cette énième initiative européenne de son vieil ami.

Sous la forme de courtes vignettes calibrées au format web, les chapitres sont comme des petites bulles de temps, d’un temps retrouvé : nostalgie du « couple Valéry-Helmut », d’une visite inopinée de Jean Monnet à l’Elysée, du sommet de Brême d’où naquit l’E.C.U, de l’initiative « Comité pour l’union monétaire de l’Europe », du moment « Convention européenne », etc. Le lecteur y retrouve les traits caractéristiques du style giscardien : analyse au laser, vision synoptique autant que séquentielle, bonheur du style, coups de griffes contre sa proie favorite Chirac-ce-briseur-de-rêves…

Au total, cet essai est d’une évidente originalité par le projet qu’il porte. Quelques faiblesses tout de même : des anecdotes recyclées
- la visite de Monnet à l’Elysée en 1977 déjà racontée dans Entretien avec Agathe Fourgnaud ou la manœuvre, déjà rapportée dans Le pouvoir et la vie, pour faire en sorte que l’unité de compte européenne porte le nom E.C.U, qui renvoie à l’ancienne monnaie française du Moyen Âge - et, surtout, une lecture auto-promotionnelle de la construction européenne qui peut déranger. De fait, pour le distingué auteur, la « ligne droite » commence en 1974, année de son élection aux responsabilités suprêmes : c’était le temps béni de l’approfondissement avant l’élargissement. La rupture intervient en 1991, sous l’effet conjugué, d’une part, de l’éclatement de l’URSS suivi par le dégel du glacis à l’Est (on se met à élargir sans approfondir, ni adapter les institutions de l’Europe élargie), d’autre part, des erreurs de Maastricht (l’union monétaire sans l’union économique).

« Achever l’intégration économique et monétaire de la zone euro pour en faire une puissance du XXIè siècle »

Le projet « Europa », c’est un périmètre, une solidarité et une gouvernance pour qu’enfin l’Europe soit en capacité de porter de grands projets politiques et d’affronter le XXIe siècle.

Au sein de l’Europe des 28, qui continuera d’exister, Europa regrouperait les pays membres de la zone euro volontaires pour renforcer leur intégration. Dans sa recherche d’une taille suffisante, VGE pressent douze Etats, dont le noyau dur des six fondateurs, issus de l’Empire romain germanique (Allemagne, France, Italie, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg). C’est grosso modo un retour à la Communauté européenne de 1986.

Une solidarité maximale s’exprimerait au sein d’une véritable « Fédération d’Etats-Nations », pour reprendre l’expression forgée par J. Delors : même discipline budgétaire ; impôts (TVA, IR, IS) et droit du travail (systèmes de protection et de rémunération sociale) identiques. On le voit, c’est aller bien au-delà des classiques « coopérations renforcées ».

La gouvernance s’inspirerait du modèle fédéral américain : chaque Etat membre d’Europa demeurerait responsable de l’affectation de ses dépenses publiques dans les domaines consubstantiellement liés à l’identité des territoires nationaux (e.g éducation, santé, justice). Europa serait, dans un premier temps, dirigée par un président(e) élu(e) par ses pairs, avant de l’être par le « Congrès des peuples d’Europe ». Un « Directoire politique » réunissant les responsables gouvernementaux des Etats membres aurait pour mission de définir les priorités, de s’assurer que les décisions des Etats vont dans le sens prévu et de rendre des comptes aux Parlements nationaux. Un Trésor européen émettrait une dette attractive au nom de tous via des « bons du Trésor Europa ». Que ce soit avec le Congrès des peuples ou le retour aux Parlements nationaux, on doit admettre que VGE tire les leçons des lacunes de la méthode Monnet-Schuman, par trop technocratique.


Europa Utopia ?

Valéry Giscard d’Estaing a composé cet essai en deux volets (mémoires d’un insider de la scène politique européenne ; projet concret de zone Europa) et propose, au début du livre, sa carte de l’Europe rêvée. Est-ce par mimétisme avec Utopia, le fameux ouvrage de Thomas More, chancelier du roi Henry VIII d’Angleterre, qui comportait ses deux parties (partie critique ; partie onirique) et intégrait une cartographie de l’île imaginaire d’Utopia, lieu de l’ailleurs et du bonheur… ? Europa, une nouvelle utopie ? En conclusion de son essai, VGE écrit : « Imaginez que vous visitiez l’Europe de 2030. Là où vous apercevez aujourd’hui un puzzle, encombré de rivalités quotidiennes, vous découvrirez un large espace, apaisé et libre, où vous pourrez tenter votre chance et organiser votre vie, dans le décor d’une des civilisations les plus captivantes et les plus variées que l’humanité ait produites » .

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