ARTS & SCIENCES : des stades et du Mondial
[vendredi 27 juin 2014]



Il est difficile de suivre la succession, voire le télescopage, des matchs de foot à propos du Mondial sans s’apercevoir de plusieurs choses : que les stades de la coupe du monde de foot posent eux-mêmes des problèmes (de finances, de choix d’investissement, de taille, d’utilisation,...) ; mais aussi que le stade et la figure du stade s’imposent désormais dans les villes du monde comme l’édifice indispensable à la publicité de la ville, au remaniement du maillage urbain, à la gloire des politiques municipaux, à l’identité locale et à la constitution d’un certain type de public.

Ce n’est pas l’objet de cette brève Arts et Sciences de se polariser sur chacun de ces problèmes. En revanche, il est possible d’opérer une lecture de ces événements (la construction des stades) à partir de l’axe Arts et Sciences, pour autant qu’il existe bien un art des stades (architecture), que celui-ci doit bénéficier de connaissances scientifiques et techniques des matériaux, et parfois des nouveaux matériaux, et que cet art des stades n’est pas sans requérir d’autres sciences de référence : la géographie, l’urbanisme, l’anthropologie, l’histoire, l’économie. 

Durant toute une époque, nous avions bénéficié des travaux de Marc Perelman pour dépouiller l’ensemble de ces questions. Voici qu’ils sont complétés par un récent numéro de la revue Urbanisme (n° 393, Eté 2014). L’opus majeur de Perelman s’intitulait : L’ère des stades. Genèse et structure d’un espace historique (Suisse, Infolio Editions, 2010). Il brassait une vue panoramique de la question, analysant dans les stades, outre leur histoire, la mise en œuvre d’une visibilité totale, leur organisation spatiale et temporelle, et bien sûr les effets de l’architecture sur le comportement des individus, centre même de la thèse développée. Et qu’on ne prenne pas cette étude pour une manifestation anti-foot ou anti-stade, ce serait détourner le propos inutilement ! Si le foot était resté un sport et un apprentissage, la question ne se poserait pas. Il l’est d’ailleurs, dans d’autres cadres. 

Jean-Pierre Augustin rend compte de cet ouvrage, dans un article qu’il lui consacre dans la revue Urbanisme qui nous intéresse ici. De ce fait, ce numéro de revue complète largement le propos précédent, en prenant un tout autre point de vue qui mêle plus encore arts et sciences. 

Du côté des sciences, nous l’avons dit, les sciences dites dures comme les sciences sociales et humaines sont concernées. Les exemples brésiliens, mais aussi – les études en émaillent ce numéro de revue – ceux du Qatar, d’Athènes, de Nice, d’Amsterdam, Bordeaux, et tant d’autres, le montrent à l’évidence. Dans tous les cas, il est question d’un geste urbain qui condense ces spécialités de savoir et impose aux spécialistes, de la physique à la sociologie, de se pencher sur le résultat et les effets de la mise en place du site. Mais il est question aussi d’arts et de culture, puisque la mise en place de ces ouvrages prend un certain parti sur la visibilité, sur les spectateurs et ce que l’on souhaite obtenir d’eux, sur les équipements qui, en fin de compte, ne peuvent pas rester uniquement des équipements sportifs (multifonctionnalité exige). 

Un bon point de vue est développé par Nicolas Ledoux qui se demande si les grands stades peuvent créer de la valeur urbaine. Il est clair, de toute manière, que l’on ne peut penser le stade sans le relier à la programmation urbaine des quartiers de stade. Et l’on sait que nombre d’équipements nationaux et internationaux désormais servent avant tout des projets politiques généraux. L’exposition universelle, en circulant dans le monde, ne va pas sans s’insérer elle aussi dans les économies des territoires, l’engendrement de publics diversifiés, et des fonctionnements qui donnent plus ou moins de pouvoirs aux municipalités.

L’esthétique des stades est non moins problématique. Mais justement, si on inscrit cette esthétique moins dans un discours sur le « beau » que dans un discours sur l’esthétisation des villes et sur le partage du sensible dans et par les stades, alors elle devient plus compréhensible et peut relever d’une analyse. À preuve, cet article de Jean-Michel Roux portant sur l’ambiance des stades.

Chose curieuse, sauf erreur de notre part, les signataires des articles sont tous masculins. N’est-ce pas aussi un problème ou un symptôme...?.

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