Géographie

Berlin

Couverture ouvrage


Créaphis Editions , 134 pages

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Article publié en partenariat avec la revue Urbanités.

http://www.revue-urbanites.fr/

Berlin disparu
[samedi 05 avril 2014]


Une vision de Berlin banale et poétique, ancrée dans l’expérience quotidienne de cette ville fascinante et loin de l’iconographie consacrée.

*Article publié en partenariat avec la revue Urbanités.

Publié en 2013 aux Éditions Creaphis, ce recueil de photographies sobrement intitulé Berlin présente le travail du photographe et graphiste allemand Alex Jordan. Composé de ses clichés argentiques pris dans la capitale allemande entre 1978 et 2012, il propose au lecteur une vision de Berlin à la fois banale et poétique, ancrée dans l’expérience quotidienne de cette ville fascinante et loin de l’iconographie consacrée.

Un Berlin intemporel

La première impression qui se dégage de ces images est celle d’une incertitude ; le choix du noir et blanc, commun à tous les clichés, brouille les frontières temporelles et plonge le lecteur dans un Berlin qui semble hors du temps. On serait souvent bien en peine de les dater : avant, après la Chute du Mur, et de quel côté ? Ça et là émerge bien un indice – un drapeau de la RDA, une affiche de campagne – mais le recueil n’insiste pas tant sur les ruptures historiques et spatiales qui ont marqué la ville que sur ce qui a fait et fait encore la vie quotidienne des Berlinois d’un côté et de l’autre du Mur, avant comme après 1989. Il s’agit donc de tout autre chose que d’une scansion en image de l’histoire de Berlin pendant ces trois décennies pourtant riches en évolutions : Alex Jordan privilégie une approche qui fait la part belle aux espaces vécus et pratiqués, de la rue aux parcs en passant par le supermarché, les façades d’immeubles ou encore le Landwehrkanal, théâtres privilégiés de ses déambulations berlinoises.

L’urbanité berlinoise, ou la petite histoire dans la grande

L’intérêt de cette démarche photographique, pour le géographe, est qu’elle permet de s’aventurer hors des sentiers battus de l’imagerie traditionnellement associée à Berlin, qui donne à voir un paysage urbain structuré autour des monuments emblématiques d’une destinée collective, pour mieux s’imprégner de l’ambiance de la ville telle qu’elle est vécue par ses habitants. De fait, si ces traces de la « grande » histoire sont présentes dans l’œuvre d’Alex Jordan, elles ne le sont bien souvent qu’en filigrane, comme un arrière-plan au foisonnement hasardeux des existences individuelles dont se nourrit l’espace urbain.

C’est donc la « petite histoire », ou plutôt une juxtaposition de petites histoires, qui est au centre de ce recueil. Street art, bières dans l’herbe, chantiers, morceaux de ciel, loisirs urbains ou simples déplacements quotidiens sont autant d’éléments qui contribuent à rendre compte de l’urbanité berlinoise : la ville dépeinte par le photographe est à la fois banale et fantasque, ordinaire et incongrue, marquée par un passé singulier dont elle parvient à se jouer. Cela pourrait être n’importe où, et pourtant Berlin s’impose comme une évidence tant ce mélange semble lui être propre.

Un Berlin disparu ?

En définitive, si l’on peut regretter le caractère parfois trop ampoulé des textes d’accompagnement, l’ouvrage n’en offre pas moins un très beau portrait de Berlin et de l’atmosphère caractéristique qui s’en dégage. Mais l’on ne peut s’empêcher de se demander ce qui restera dans quelques années de la ville que donne à voir Alex Jordan, dont certains clichés annoncent déjà les transformations qu’elle connaît. Autres temps, autres murs : à la profonde rupture morphologique que représentait le rideau de fer succèdent peu à peu d’autres lignes de fractures qui recomposent l’espace urbain berlinois. Sujette à une gentrification galopante, une pression toujours plus forte sur ses espaces centraux et une polarisation socio-spatiale croissante, Berlin est aujourd’hui confrontée à la question de sa normalisation ; il n’est pas dit que l’urbanité si particulière qu’a captée le photographe y résistera. Ce Berlin « à la fois reconnaissable et méconnu » est-il déjà, comme le suggère Stephan Weitzel dans la postface de l’ouvrage, un Berlin disparu ?.


 

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