Emilie Benoist (1970), plasticienne, a été formée à l’Ecole des Beaux-Arts, elle est spécialisée dans la taille de bois. Mais elle se passionne aussi pour la lecture de revus scientifiques. La curiosité scientifique est même devenue, chez elle, le ressort de tout un travail plastique qui croise arts, recherche scientifique et médecine. D’ailleurs, sur le plan qui nous intéresse, elle annonce d’emblée "pour moi l’art est relié à la science", et dans cet ordre-là.

On lui doit un travail avec Julien Sirjacq, une maquette du Point Ephémère, Polarity Garden, en plexiglas transparent, jouant avec des matériaux réduits en poudre et en morceaux, ajustés à des plantes. La maquette tisse donc des liens entre la représentation de la structure d’accueil et la forme ou la couleur des plantes que l’imagination des créateurs et du spectateur peuvent déployer comme ils l’entendent. On lui doit aussi une suite de papiers et lavis, Lumière blanche/Lb, prenant pour prétexte à la fois la décomposition du spectre lumineux selon Newton et des vues de bâtiments modernistes servant de décors au cinéma.

Elle a été interrogée récemment par Bettie Nin, pour le compte du site ParisArt, qui a suivi ce travail, il est vrai depuis longtemps. C’est sur ce site qu’elle affirme encore : "J'envisage tout de façon biologique comme des micro-organismes qui seraient des matières premières à assembler pour construire des formes dans l'espace."

Comment ne pas apercevoir, en ce sens, que ce travail de conjugaison Arts et Sciences donne lieu à plusieurs types d’exploration qu’il convient de suivre de près, car ils concrétisent des propos tenus dans cette Brève, et notamment rendent compte de la diversité des approches de la thématique Arts et Sciences. Emilie Benoist n’est pas sans avoir commence, comme beaucoup, par une série plutôt illustrative de ces rapports. Prenant ainsi le double parti de s’intéresser à de telles interférences possibles, mais sans trouver encore comment élaborer une surface d’échange entre les deux. Entre 2003 et 2006, elle produit d'abord "Matière grise", une partie assez didactique, qui puisait son argument dans des documents scientifiques sur le fonctionnement et les dysfonctionnements du cerveau. Elle précise, sur le site ParisArt : "Je me suis alors concrètement penchée vers l'imagerie IRM et j'ai utilisé une intense banque de données vraies ou fausses. A partir d'images piochées sur internet ou de gravures anciennes, j'ai créé en sculptures des coupes sagittales à l'aide d'un grand nombre de matériaux tels que l'éponge végétale, le sandow, le fil, etc."

Ensuite, elle procède à des recherches sur les énergies fossiles, et sur les origines du monde vivant. Elle justifie ce parcours en faisant allusion à des atouts familiaux : "C'est un fonctionnement que j'ai depuis longtemps, peut-être dû au fait que mon arrière grand-père, Emilien Benoist, était médecin et faisait des recherches sur la synesthésie  . Je cherchais à travailler sur la couleur, la vision, le fonctionnement cérébral et à relier cela à l'Art."

Toujours est-il que les rapprochements s’amplifient. Désormais, la question de la biologie est placée au cœur des pratiques artistiques. Emilie Benoist se penche alors sur le vivant et les cellules (y compris en cherchant avec humour le gène de l’imagination artistique : cellula phantastica). Elle prend en charge les représentations des cellules et des liens entre elles : "C'est l'arbre du vivant sous forme de buisson où l'homme n'est plus au centre mais est une espèce parmi les autres, au même niveau que les bactéries, les eucaryotes, etc.". Au demeurant, son travail est aussi conçu en confrontation avec les savants : "A cette époque ; ajoute-t-elle, je réalisais un workshop en collaboration avec des professeurs de biologie, ça me permettait de re-basculer dans des savoirs anciens que je transposais à mon niveau et je puisais en même temps sur internet la recherche la plus récente."

Autant dire que les croisements deviennent de plus en plus nombreux et posent à nouveau la question des modalités des rapports Arts et Sciences.