ARTS ET SCIENCES - Des modifications de la perception
[jeudi 10 octobre 2013]



C’était à la Fondation EDF (Paris), à l’occasion de la Nuit Blanche. Mais cela rappelait aussi nombre de travaux d’artistes travaillant sur la perception, l’apparition, l’approche directe des sens. Ce qui n’est pas récent.

L’intérêt de l’œuvre, in situ, est (l’exposition reste ouverte jusqu'au 10 novembre 2013) que le spectateur est placé dans la position d’un visiteur, et qu’il se trouve plongé dans un univers qui se sert des compétences électriques et chromatiques (sur les longueurs d’onde saturées notamment) données par les sciences de l’optique.

L’artiste Nathalie Junod Ponsard invite le public à une traversée des espaces du centre Electra en se plongeant dans une lumière particulière, artificielle. Certes, elle joue sur la mémoire du lieu, puisque l’espace en question est celui d’une ancienne station électrique. Mais elle travaille surtout sur cette lumière pour laquelle elle requiert une collaboration : " Je travaille avec la même équipe depuis quelques années. Je m’entoure de techniciens, assistants et parfois ingénieurs. " Et l’artiste de préciser encore dans une interview conduite par Isabelle de Maison Rouge : " J’apprécie les échanges avec des scientifiques, des physiciens, des astrophysiciens, mais aussi des philosophes." C’est ainsi que arts et sciences s’entremêlent, du moins des savoirs de diverses provenances viennent à se rencontrer. L’espace et le temps prennent à cette occasion une nouvelle dimension.

Mais pas uniquement. Le spectateur d’exposition n’est plus qu’un visiteur pris dans l’œuvre (semble-t-il aussi une des caractéristiques de la récente Nuit Blanche). Il déambule dans les lieux, il s’immerge dans des espaces lumineux et mouvants, qui entrainent " soit une modification physique de ses repères spatiaux, soit une modification physiologique des repères perceptifs ". Où l’on retrouve tous les travaux de l’art cinétique dans son rapport avec les sciences, ceux de Bruce Nauman sur la perception liée à la lumière, à cette nuance près que plus les sciences de la lumière approfondissent leurs savoirs, plus les artistes peuvent trouver en elles de nouvelles ressources, accompagnées des mutations technologiques adéquates.

L’artiste avait d’ailleurs déjà produit une autre œuvre, ancrée dans la lumière, sous couvert du ministère de la Culture : place André-Malraux (2010). Cette œuvre incitait le public à tourner autour de la fontaine au rythme de la lumière mouvante. Expérience de la manipulation aussi du public par l’artiste ainsi que de la fascination de la lumière mouvante ? C’était déjà une question chez Julio Le Parc et quelques autres (mais sans doute pas chez James Turrel, plutôt tourné vers l’abstraction divine). L’artiste explique à cet effet : " Mes œuvres engendrent des sensations d’énergie que je fais varier suivant les lieux et les situations : sensation de flottement, d’éblouissement, d’endormissement ou d’énergie, vertige visuel… ".

Quant à la question de la lumière, elle se trouve effectivement déplacée. Songeons à la place de la lumière dans la peinture classique rompant avec les extensions de la lumière divine, bientôt débordée par l’hommage moderne à la lumière artificielle (Delaunay, Dufy), avant que la lumière ne soit elle-même devenue l’objet d’un travail direct, soit pour ses effets sur la perception (années 1960), soit pour ses effets d’espace (années 1990). En réalité, Nathalie Junod Ponsard relie les deux effets : la résonance de l’œuvre dans le lieu, et la situation du visiteur au sein de la lumière, objet des sensations d’énergie variable d’un site à un autre.
 

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