Philosophie

Misère de la pensée, La philosophie cette imposture

Couverture ouvrage

Robin Fortin
Liber , 173 pages

Où en est la critique de la philosophie ?
[jeudi 08 aot 2013]


Un ouvrage qui s’annonce comme la reprise, violente, de la critique de l’enseignement de la philosophie.

L’annonce est fort intéressante, et se réalise sous les auspices de Karl Marx, celui de la Misère de la philosophie, dont on sait qu’elle fut une réponse à Joseph Proudhon. Autrement dit, l’auteur, professeur de philosophie au Québec, se réclame de la plus extrême critique de la critique. C’est déjà tout un symptôme, au demeurant fort important en ces temps de pensée un peu consensuelle. Mais, critique de quoi ? De l’enseignement de la philosophie, universitaire et secondaire, celui que l’auteur estime voué uniquement à dresser des monuments dévots à la philosophie la plus arrogante qui soit : celle des grands classiques, traités comme des emblèmes ou des figures canoniques de la pensée qui ne dérange guère.

Il convient de rappeler que, dans cette veine, l’auteur a, bien sûr, des prédécesseurs : notamment Jean-François Revel, dans les années 1950 (Pourquoi des philosophes ?) ; mais aussi Pierre Thuillier, Socrate fonctionnaire, Essai sur et contre l’enseignement de la philosophie à l’université (1982). Encore l’auteur, qui cite les précédents, en oublie-t-il beaucoup d’autres, dont François Châtelet et Gilles Châtelet, mais aussi, après tout, de très nombreux classiques, extrêmement critiques vis-à-vis de leurs prédécesseurs. Néanmoins, sa grande référence se trouve être Michel Onfray, et sa Contre-histoire de la philosophie (2006-2012), qui bénéficie ici de la qualité de "seul véritable effort qui ait été accompli dans les dernières années pour libérer la philosophie de la tradition et de tout son bazar".

À partir de cette volonté critique, dont répétons-le l’époque a sans doute besoin, l’auteur entend explorer cette "misère" en 6 chapitres : Le divin Platon, Aristote dixit, Descartes ce cavalier français, Rousseau, le rêveur solitaire, Hegel le grand, Heidegger, le penseur de l’être. Ce qui, pour l’heure, ne sonne pas comme véritablement révolutionnaire. Sauf, évidemment, si le contenu de l’exposé permet de comprendre, par exemple, comment l’idéalisme platonicien a informé le christianisme ; comment l’aristotélisme sous-tend la philosophie du Moyen Âge en gardienne du pouvoir religieux ; comment, sautons un peu, Hegel a soumis toutes choses à un système dont la garantie se trouve dans la forme Etat.

Or, justement, le livre tient peu cette promesse. Chaque chapitre joue le rôle de n’importe quel manuel de philosophie. L’organisation en est banale : biographie, fondation de la pensée, descriptif du système, conséquences et bibliographie. Chacun d’eux restaure avec pertinence, mais classiquement, la démarche de l’auteur, ses concepts centraux et l’architecture que la "tradition" retient. Parfois, cependant, transparaissent quelques propos un peu "critiques", quoiqu’ils se contentent de préciser, par exemple, pour Platon, qu’il a toujours soutenu un régime aristocratique ; pour Aristote, qu’il a légitimé l’esclavage ; pour Heidegger, pour prendre un dernier exemple, qu’il n’a jamais renoncé à son adhésion au nazisme. L’auteur signale non moins que ces pensées ont été mises en débat, qu’elles ont suscité des jugements et des sentiments contradictoires, mais ces "querelles" qui pouvaient servir son objet ne sont pas prises en compte. Enfin, les bibliographies demeurent aussi classiques que possibles, référant, ce qui est souvent curieux, à ces universitaires haïs par l’auteur, lorsqu’il a affaire à eux dans son avant-propos.

À se borner donc à la lecture linéaire des chapitres, rien de bien révolutionnaire dans tout cela, et finalement un livre banal à remettre entre les mains des élèves de terminale qui vont passer le baccalauréat.

C’est là que la relecture de l’avant-propos laisse perplexe. Il nous était/est annoncé que compte tenu du fait que "l’enseignement distribué en classe de philosophie se réduit à un encyclopédisme culturel qui entretient l’illusion d’une véritable pratique philosophique", il importe désormais de procéder autrement. L’auteur précise encore que la philosophie distillée en classe est exsangue. Une véritable "philosophie pour professeurs" (ce qui était d’ailleurs le segment linguistique préféré de F. Châtelet). Et il insiste : "Faute de pouvoir philosopher, on brandit un squelette de philosophie qui est une menace à peine voilée au novice et à l’impétrant". Sous la violence de l’attaque, on se dit qu’on a manqué quelque chose, dans la lecture de l’ouvrage, puisqu’on croyait n’y avoir senti qu’une lecture banale, quoique pertinente, des "classiques" : Platon, Aristote, … jusqu’à Heidegger.

Alors, on revient vers l’ouvrage. Et on reprend le propos de l’auteur : "Le rôle qu’elle (la philosophie) jouait jadis et qui est le rôle traditionnel de la philosophie : affronter les grandes questions, celles qui concernent directement notre présent et notre avenir, susciter l’engagement et la lucidité critique, …", " ce rôle ne soulève plus ni l’ardeur ni l’enthousiasme des pontifes et s’est effacé au profit des révérences aux textes et à la tradition". Mais alors qu’avons-nous vraiment lu dans l’ouvrage ? Exactement la même chose ! 

Et on est en droit de ne plus comprendre ni ce qu’est la critique, ni où elle se loge dans l’ouvrage.

Néanmoins, même si on admet ces prémisses, l’ouvrage manque de deux choses. D’une part, d’une enquête approfondie de ce que réalisent tous les ans, dans leurs classes, les professeurs de philosophie. Autant, en 1950, la critique de Revel avait une portée historique précise, autant, compte tenu des changements et mutations du champ de l’enseignement depuis lors, cette critique de Fortin porte peu. Qui ne pourrait désormais enseigner le matérialisme dans sa classe ? Qui ne peut pratiquer, fût-ce à l’aide de François Jullien, un détour par la pensée chinoise, voir la pensée indienne ? Qui ne peut accomplir des choix qui le sortent de la "tradition" ? Si l’enjeu de l’ouvrage est bien de montrer que l’on peut "redonner la parole à d’autres philosophies", alors on ne comprend plus le rapport entre ce propos et ce qu’on vient de lire.

D’autre part, un propos vraiment critique sur les enjeux de sa propre critique. Des questions en effet surgissent : ne doit-on donc plus du tout enseigner Platon, les philosophes du passé ? Ce peut être un choix. A-t-on pour autant des facilités immédiates à jouer un rôle dans le présent si celui-ci n’a aucune profondeur ? D’autre part, ne peut-on lire les philosophes du passé, avec un œil critique, et plus critique encore que l’auteur ne le propose ? Ne devrait-on pas, parfois, s’intéresser aussi aux débats suscités par une pensée, à son époque, dans la mesure où ils en dévoilent les faiblesses ou les errements ? Et après tout, reconfigurer le passé à l’aune des problèmes du présent n’est-ce pas aussi une tâche qui peut clarifier notre situation ? Admettons, par exemple, que le futur (la pensée du) ne soit pas conditionné par le passé (ce que beaucoup désormais admettent), cela signifie-t-il que nos questions sont d’emblée nouvelles et bien formulées parce que nous ne voyons même pas que notre langue (ici française) est encore traversée par le latin et le grec ?

Et mille autres questions surgissent, pour lesquelles l’auteur ne donne aucune matière à penser. On se demande donc ce qu’est devenue la critique ?.

 

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10 commentaires

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CA

09/08/13 11:17
Franchement, est-ce qu'un ouvrage aussi indigent valait la peine (celle de l'auteur du CR et celle du lecteur)?
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Antoine Tricot

09/08/13 14:23
@CA
Christian Ruby, après avoir lu ce livre et rédigé ce CR, partageait vos doutes. Personnellement, n'ayant pas lu l'ouvrage, je ne peux me prononcer sur sa valeur.
En revanche, le compte-rendu, lui, n'est pas dénué d'intérêt. En mettant en évidence les faiblesses de la démarche de l'auteur, il pose des questions essentielles sur la critique et l'enseignement de la philosophie. Ma décision de le publier était donc une évidence.
Par ailleurs, je suis tout à fait convaincu que tout livre mérite d'être recensé. L'indigence même est digne d'intérêt car, exposant ses manques au grand jour, elle s'avère parfois plus fertile en interrogation - sur la nature et la raison de ses manques, ainsi que sur les moyens de les combler - qu'un ouvrage brillant. Je ne vous la jouerai pas à la Beaudelaire, mais l'indigence fait parfois naître la pensée. C'est suffisant, il me semble, pour lui accorder, de manière raisonnée, notre attention.
Bien à vous,

Antoine Tricot
Rédacteur en chef de nonfiction.fr
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Dubitatif

12/08/13 08:37
Je trouve la remarque de CA assez juste. Le pire qui puisse arriver à un livre, c'est que personne n'en parle. Le livre sera rapidement appelé à disparaître des étals des librairies, et retournera au néant d'où il n'aurait jamais dû sortir. L'un des rédacteurs en chef de la revue "Philosophie" me disait il y a quelques années que la politique éditoriale la revue consistait à ne parler, dans la rubrique des comptes rendus, que des livres méritant que l'on attire sur eux l'attention des lecteurs. D'où la grande qualité de cette rubrique pendant des années (et aujourd'hui encore, la revue, quoiqu'ayant changé de mains, est toujours excellente). Il y a un problème avec la ligne éditoriale de Nonfiction - je le dis en toute amitié car j'ai aimé ce site, même si j'avoue moins l'apprécier depuis quelque temps. L'absence de tout comité de lecture fait que les comptes rendus y sont de qualité parfois très médiocre, signés par des auteurs qui connaissent manifestement fort mal (voire pas du tout) le sujet dont ils parlent. Il arrive même (et là, vous m'accorderez que l'on touche le fond) que les livres chroniqués n'aient pas été lus attentivement et de bout en bout par ceux qui en rendent compte. Le fait de choisir de parler d'un mauvais livre pour dire qu'il est mauvais pose un problème. Il arrive parfois, certes, qu'il faille réserver une place aux navets qui inondent le marché du livre, en raison de la notoriété de leurs auteurs, ou en raison du succès de librairie que ces livres rencontrent. Mais tel n'est manifestement pas le cas du livre dont il est question ici.
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R.F.

16/08/13 18:08
Le compte rendu de C. Ruby laisse croire quil na pas voulu aborder ce qui est lenjeu et le véritable propos du livre. Sa critique ne retient que ce qui fait son affaire et ce que demblée tout le monde sait : que Platon soutenait un régime aristocratique, quAristote légitimait lesclavage, que Hegel ramenait tout à lÉtat Pire encore : le nazisme de Heidegger, qui est au pivot de sa pensée quil traverse de part en part, est minimisé au maximum, réduit à une simple adhésion au national-socialisme! Lauteur de larticle na rien retenu de la démonstration, il na rien vu (ni voulu voir) du travail de démontage des systèmes, qui est le gros uvre de louvrage (il ny voit que la présentation des auteurs, où « transparaissent quelques propos un peu critiques » ici et là, si bien quil pense lire un manuel, alors quil est devant tout le contraire!). Le comble, cest que M. Ruby na même pas saisi lironie des titres de chapitres : le divin Platon, Aristote dixit, Hegel le grand selon son propre aveu, « ne sonnent pas véritablement révolutionnaire » (ce sont ses propos)! Ces titres-là les voit-il comme des louanges adressées aux philosophes, les mêmes qui à la suite sont « déboulonnés » avec une justesse que M. Ruby, me semble-t-il encore, a préféré ignorer pour sen tenir à une critique de surface, purement épisodique et anecdotique. Un très mauvais papier. Pour un « quotidien en ligne » qui prétend informer, on repassera
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Ulysse

25/08/13 12:51
Une critique de la manière dont la philosophie est enseignée est une idée fort intéressante. Cependant à quels(s) types de critiques se prête cet enseignement et quels(s) types de critiques mérite-t-il donc? La philosophie s'en trouve-t-elle par là dogmatisée ? simplifiée ? déformée ? canonisée ? finit-elle par être apologétique ?

Sans un examen préalable de la pratique réelle de cet enseignement dans ses diverses formes, on peut dire que, d'emblée, l'ouvrage rate son objet et son but, et se trouve condamné à demeurer dans des généralités ne reposant que sur des a priori (idéologiques).

A priori idéologiques évidents qui s'expriment dans l'exposé des intentions de l'ouvrage soit une critique et même une dénonciation de la philosophie universitaire qui le mérite sans doute et même certainement, mais sans dire en quoi et pourquoi cette critique est justifiée, ni quelles sont les raisons sur lesquelles se fonde une telle critique., d'emblée l'auteur se place dans l'abstraction vide des généralités relevant de ses a priori personnels anti-institution à quoi il ne sait rien opposer de novateur et solide qui ferait la démonstration que d'autres discours et pratiques de la philosophie sont possibles.

Ce qui fait sa faiblesse. On reconnaît là les mêmes a priori et manière de procéder de Onfray : sans énoncer en quoi et pourquoi la philosophie universitaire est stérile et sans intérêt, on s'ouvre de manière facile un espace pour raconter ce qu'on veut, pour ne pas dire n'importe quoi.

La démonstration en est donnée par la suite de l'ouvrage, aussi académique et conventionnel qu'il est possible dans sa lecture des philosophes.

En effet, pour moi (qui suis prof de philo) ce qui fait la vanité de la philosophie universitaire est qu'elle se noie dans l'érudition historique ajoutant de petits détails aux petits détails, sans inventer de nouvelles lectures, sans s'autoriser à inventer quoi que ce soit, c'est à dire inventer de nouvelles lectures à partir de l'époque contemporaine , qui font ressortir toute la richesse et les ressources du texte que l'on n'a, à vrai dire, jamais fini de relire en le réinventant toujours , en y retrouvant toujours de nouvelles possibilités, idées et significations : ce qui est le propre d'un grand texte. Chaque lecture digne de ce nom, est, se doit d'être novatrice, comme une réinvention du texte. Elle est une sorte de réécriture du texte déjà lu pourtant depuis des millénaires. Et c'est en cela et cela seul qu'il s'agit d'une lecture non-universitaire.

La lecture universitaire est une répétition, un ressassement indéfini des mêmes idées établies, conventionnelles, et confondues avec la "vérité" du texte. Une lecture scrupuleuse et obsessionnelle, qui s'interdit toute invention et toute création dans ses lectures.

Bref c'est une lecture pieuse qui ne s'autorise aucune invention. Elle est l'équivalent de l'histoire antiquaire qu'épingle Nietzsche (dans les Considérations intempestives, la 2°), forme d'histoire à laquelle il oppose l'histoire critique, celle qu'il pratique. L'histoire critique qui s'autorise à abandonner, oublier, faire le tri. La critique en effet est le contraire d'une histoire conservatrice, et pour la philosophie, d'une lecture conservatrice de la philosophie. Confondre la philosophie, dans sa pratique contemporaine, avec la non-pensée d'un ressassement et d'une répétition pieuse du même, et confondre ainsi toute la pensée possible à partir d'aujourd'hui avec la non-pensée à laquelle se limite le discours universitaire pieux, est une imposture qui se donne la facilité de se construire des épouvantails à sa mesure, pour mieux se faire passer pour un esprit critique et original.

Rien de critique dans cette manière où l'on reconnaît le défaut principiel et la faiblesse majeure dela « méthode » Onfray.

Exemples de la lecture hyper-conventionnelle que l'auteur fait des auteurs qu'il aborde :
Il prétend que Platon a précédé et inspiré le christianisme. Il n'envisage pas , de manière inverse, qu'il serait autrement intéressant d'aborder, la question de manière exactement inverse, à savoir que plutôt il faudrait voir comment le christianisme a utilisé Platon, y compris au prix de la déformation complète du texte dans ses traductions, telle que l'idée de deux mondes opposés dans le fameux passage de l'allégorie de la caverne de La République. Or le mot cosmos ne figure pas dans le texte. Il s'agit de genre ou de lieux distincts (le mot est topos ; il y a deux topoi). Platon oppose deux topoi et non deux mondes, qui seraient un monde d'ici-bas et un monde de l'au-delà : ce que lui fait dire la lecture chrétienne... mais ce que ne dit pas Platon. A partir de l'interprétation chrétienne des deux mondes, on fait dire à Platon qu'il faudrait s'échapper du monde d'ici-bas pour aller vers l'au-delà. Interprétation qui, là encore, est un contre-sens car le texte dit très clairement et explicitement que le prisonnier qui s'est échappé -plus exactement que l'on a forcé à s'échapper en le poussant vers l'extérieur- et qui représente le philosophe ayant eu accès à la vraie réalité, celle des essences des choses, se doit de retourner dans la caverne pour annoncer/enseigner à tous, le peuple prisonnier des illusions des ombres, qu'il existe une réalité extérieure à la caverne qui est plus vraie que les ombres qu'ils prennent pour la réalité. Telle est la tâche politique, pratique, du philosophe, qui ne peut s'autoriser à demeurer dans la pure contemplation et le bonheur de la jouissance de la réalité éclairée par le soleil, véritable lumière, figurant la dimension du bien dans laquelle se fait la progression vers le vrai et le beau.

Donc l'auteur, comme Onfray, ignorant que tout texte est l'objet d'interprétations dans ses lectures, telle la lecture chrétienne par exemple, de Platon mais qui se reproduit avec Aristote afin de former la philosophie médiévale dans une optique de christianiser les Grecs afin de former la théologie (= philosophie mise au service de la vision chrétienne) attribue aux textes mêmes des lectures comme qui ne sont que des interprétations particulières, historiques, comme s'il s'agissait de la vérité intrinsèque des textes. Cela non pour y opposer d'autres lectures, possibles et même nécessaires, mais afin de flinguer les auteurs, les « déboulonner » comme il dit, les faire descendre de leur supposé pied d'estale. Et cela pour dire que l'université s'accroche à des vieux texts de vieux auteurs qui seraient en vérité complètement conservateurs.

De même attribue-t-il à Aristote de justifier l'esclavage. Contre-sens mal intentionné pour jeter le discrédit sur Aristote.

Car d'abord, cette assertion est posée en dehors de toute histoire (qui étaient les esclaves en Grèce ? Quelle différence avec l'Egypte ? Quelles étaient les conditions de la production ? Et celles de la libération/ l'affranchissement des esclaves etc...) et sur ce plan, constitue déjà un contre-sens, qui occulte le fait que l'esclave fait partie de la famille avec laquelle il habite, comme un domestique, et peut-être affranchi. Rien à voir avec la déportation pratiquée par l'Europe avec les Africains qui est l'image et la référence qui ressortent dès lors que l'on parle d'esclavage aujourd'hui chez nous.

Et ensuite Aristote dit exactement le contraire. Loin de justifier l'esclavage, Aristote envisage que les esclaves pourront être remplacés par des instruments / machines lorsque le temps permettra de les construire.

Etc. etc. idem pour tous les auteurs.
A une lecture caricaturale, simpliste et faite des « lieux communs de la philosophie », soit une sorte de vulgate à usage des ignorants, qui est la lecture des auteurs qu'il retient et dont il se contente, une lecture paresseuse, la sienne, faite de quelques poncifs, lecture conventionnelle qu'il retient pour en faire le synonyme de la lecture universitaire actuelle ( vrai ou faux ? Voilà ce qu'il faudrait démontrer) il oppose une sorte de destruction des auteurs dont la lecture est devenue inutile de ce fait. Ben entendu on n'échappera pas au gimmick Heidegger = nazi, signifiant que toute sa philosophie devient inutile du fait de cette équation, et sa lecture plus inutile encore.

Après avoir fait passer Platon et Aristote pour des pré-chrétiens qui inspirèrent le christianisme, -ce qui est là leur tort évidemment, qui rend leur lecture inutile, puisque cette adéquation philo = religion est supposée rendre l'étude de la dite philosophie inutile-, on fait subir le même traitement aux malheureux Descartes, Rousseau, Hegel etc. pour des motifs tout aussi caricaturaux frisant la malhonnêteté fondée sur une lecture paresseuse (n'y a-t-il vraiment rien d'autre à trouver dans leurs textes qui pourrait nous inspirer aujourd'hui?) le final est, très conventionnellement, l'adéquation Heidegger = nazi ;

La seule conclusion que peut en tirer le lecteur qui adopterait ce point de vue est que toute la philosophie est devenue inutile et... qu'il vaut mieux et qu'il suffit de se contenter de la lecture de Michel Onfray et de ses disciplines.

On frise l'imposture par une telle apologie de l'ignorance et de la paresse.
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Un philosophe universitaire

30/08/13 09:21
@ Ulysse: c'est quoi la "philosophie universitaire"? Personnellement, je trouve qu'il n'y a nulle répétition lassante dans les travaux des chercheurs en philosophie, que, certes, l'histoire de la philosophie est un peu trop dominante à mon goût, mais que certains auteurs (Pascal Engel, Sandra Laugier, et d'autres) savent tout à fait conjuguer la précision érudite et le souci d'appliquer leurs méthodes et leurs analyses aux problèmes actuels. Le renouvellement des traductions (Aristote, Platon, pour la période récente) s'appuie sur un travail érudit, qui permet de rendre lisibles (au sens le plus plat) les oeuvres dont tout "prof de philo" se réclame en France.
Soyez un peu sérieux, sans érudition, tous les matériaux dont vous vous servez en terminale pour faire un travail dont les résultats peuvent être sérieusement discutés (mais c'est un autre débat) n'existeraient pas.
Cette démagogie finit par être lassante.

Un philosophe universitaire, fier de l'être, et qui entend bien le rester.
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QUALU

17/12/13 00:55
Comment ne pas voir que le livre de R. Fortin constitue un travail de déboulonnage sans précédent? À bas les vieilles idoles! Louis Cornellier, dans le quotidien « Le Devoir » (Québec), parle d « un jeu de massacre philosophique ». Christian Ruby se demande où est la critique? A-t-il simplement lu louvrage de Fortin? Si on se fie aux propos de Dubitatif, cest à croire que non Quelle Misère! Pas seulement de la philosophie, mais des philosophes qui sont prêts à vendre leur âme pour défendre la philosophie Dun universitaire qui a lu
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Modration

20/02/14 18:06
Je viens de terminer la lecture de "Misère de la pensée". Je ne vois pas pourquoi Fortin fait si peur. Ce qu'il dit de la philosophie idéaliste est entendu depuis au moins un siècle! Peut-être craint-on plus Onfray que Fortin? En tout cas, ce que Fortin affirme l'est avec brio et preuves et textes à l'appui.
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NINO

26/09/14 01:15
En consultant le site, je relis les commentaires, déjà datés, de l'ouvrage de M. Fortin. Il me semble que Robin Fortin a fait un travail plus qu'appréciable, un bilan sur l'histoire de la philosophie dont la valeur est considérable. Je comprends mal certaines critiques, mais disons que je ne suis pas un spécialiste en philosophie.
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Doctorant

13/11/14 22:41
Bravo Fortin,
Tu as eu le courage de dire ce que nous sommes nombreux à penser. Arrêtez de nous rabattre les oreilles avec la lecture des Anciens! Au moins à l'Université de Montréal on nous enseigne la philosophie analytique, le pragmatisme américain et l'École de Francfort. C'est pour cette raison que j'ai choisi d'étudier à Montréal au lieu d'aller à Laval. Entre une philosophie vivante et une philosophie morte, je préfère la première...

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