Littérature

François Mauriac Correspondance intime

Couverture ouvrage

Franois Mauriac
Robert Laffont , 740 pages

Mauriac par lui-même
[jeudi 27 juin 2013]


La "Correspondance intime" éclaire la personnalité de François Mauriac, écrivain complexe et tourmenté.

Riche d’une centaine de lettres jusqu’alors inédites, cette correspondance réunie et présentée par Caroline Mauriac, la femme de Jean Mauriac, le second fils de l’écrivain, couvre toute une vie : il commence en 1898, quand François Mauriac a 13 ans, et s’achève en juillet 1970 quand il disparaît. Cette édition reprend en les augmentant deux volumes de lettres parus dans les années 1980, et ouvre des pistes nouvelles qui permettront une analyse plus informée de la personnalité complexe du prix Nobel 1952.

Cette Correspondance intime n’apporte pas de nouveauté fracassante à la thèse de l’homosexualité de François Mauriac, que défendait Jean-Luc Barré dans sa Biographie intime de l’écrivain en 2009. Il est écartelé entre l’esthétique et la morale, sensibilité et spiritualité, entre les tentations sensuelles de la chair et l’ardent désir d’une fidélité au Christ. C’est ainsi qu’il écrit en 1910 : “Il y a en moi un double, un second François, sensuel et violent qui tend les mains vers la vie encore ignorée et que toutes les voluptés attirent.” Et il confie à Marcel Proust en 1921 : “Nous logeons en nous tant d’êtres différents ! Et combien faut-il en juguler et en tuer pour satisfaire le plus pieux et le plus sage !” Ce sera pour le lecteur l’occasion de relire ses brefs romans consumés par une tension secrète, car, comme l’écrivain l’explique à Charles du Bos, en 1930 : “Mes anciens livres sont de vieilles blessures cicatrisées.”

Le volume résume soixante années d’histoire littéraire et intellectuelle, car les lettres de Mauriac sont adressées aux grands de son époque : de Maurice Barrès et Francis Jammes, ses parrains en littérature, au général de Gaulle, dont il fut l’ardent supporter jusqu’à la fin, sans oublier les nombreux amis de jeunesse, et l’essentiel des écrivains français, Montherlant, Valéry, Proust, Paulhan, Cocteau, Drieu La Rochelle, Gide ou Claudel.

Ces lettres sont un complément indispensable du Bloc-Notes et des Nouveaux Mémoires intérieurs et permettent de comprendre ce témoin capital de son époque, engagé dans les combats majeurs de son temps, et se faisant le défenseur, lors de la guerre d’Espagne, sous l’Occupation, puis lors des guerres coloniales, des rebelles et des insoumis. Sa lucidité est parfois bornée par sa dévotion quasi-mystique à de Gaulle, à qui il écrit, en avril 1961, après le putsch des généraux : “À peine aviez-vous commencé de parler, dimanche soir, que j’ai su que tout était sauvé. Oui, c’est vous, vous seul, une fois encore, qui avez tout sauvé. Que Dieu vous garde à la France. Soyez béni.”

On trouve aussi dans cette Correspondance intime le Mauriac de la légende, grand maître des lettres françaises, organisateur occulte des élections de l’Académie, et admiré par les jeunes écrivains qui viennent chercher son adoubement. C’est ainsi que Nimier, Huguenin ou Sollers se voient tour à tour reconnus comme “le seul romancier de [leur] génération” ! La dimension sociale semble l’emporter sur l’intérêt plus strictement littéraire de ces lettres qui abordent assez peu les questions d’écriture. Dans une lettre de 1936 à Brasillach qui l’avait attaqué, il propose cependant une conception affûtée de la littérature : “Ce qui nous importe, c’est bien moins de classer un auteur, de lui donner un numéro d’ordre, que de se rendre compte de son existence en tant que ‘monde’ – s’il est une planète, fût-elle minuscule, s’il a son atmosphère propre, sa flore, sa faune.”

Ces lettres témoignent du destin passionné et mouvementé de cet éternel jeune homme, cet “adolescent d’autrefois”, profondément amoureux de la vie, de la beauté des êtres et des paysages, et de l’intensité de ses engagements. Il refuse le moralisme et le jansénisme et ne cède pas sur son amour de la vie. C’est ainsi qu’il confie à son fils Claude, en 1930, comme dans un testament : “Ne te méfie pas de la vie : elle est belle, tout de même, quoique tragique : c’est une grande aventure qu’il nous faut aborder avec courage.”

La lecture de cette Correspondance intime donne envie d’ouvrir le sarcophage que constituait peu ou prou l’édition de l’œuvre dans la Pléiade, dix ans après la mort de l’auteur, et de relire les romans à la lumière des lettres, comme de grands livres de l’intranquillité..
 

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