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Société

Pornoterrorisme

Couverture ouvrage

Diana J. Torres
Gatuzain

Du pornoterrorisme ou du sexe stratégique
[samedi 22 juin 2013]
A mi-chemin entre théorie et terrorisme, l'essai de Torres opère une transformation "théroriste" de la pornagraphie en arme redoutable contre normes et bienséance.

La nouvelle utopie sera-t-elle pornoterroriste ? Oui, si l’on en croit Diana J Torres, artiste multidisciplinaire, philologue et agitatrice de la scène queer espagnole, "Chienne horizontale"("Perrxs horizontales") qui vient de publier son manuel de "Pornoterrorisme " . Elle y explique pourquoi le pornoterrorisme est la seule action salutaire possible pour réinventer les corps, les genres, la jouissance et les limites entre soi et les autres.

Par pornoterrorisme, il faut entendre des actions de type : porno-assaut acoustique (installer des bandes sonores pornos derrière les autels des églises), shows qui mêlent sexe et sang, apologie démonstrative du fisting (pénétration vaginale ou anale avec le poing), de l’éjaculation féminine renommée "squirting", des relations SM, de la sodomie, etc.. Autant de mises en scène qui déplacent les frontières corporelles et sexuelles auxquelles nous sommes habituées et qui donnent chaud, ou qui effrayent, ou les deux à la fois !

En effet, Diana n’est pas une habituée de la tiédeur entre les êtres. Mais c’est plutôt, depuis sa plus tendre enfance, une excitée radicale qui veut faire la peau au concept de " victime ". Ce concept est souvent le corollaire d’une prise en compte pathologisante de la société contre les trans et contre les homosexuels jusqu’il n’y a pas si longtemps encore (voire que nous venons de revivre en France avec les débats autour du mariage pour tous), contre les conquérants des genres, et contre les borders de tous poils. Diana veut redonner de la puissance au sexe féminin, crier sa rage de vivre et de baiser, son excitation permanente devant les interdits de toutes sortes (qu’elle n’a de cesse de vouloir faire tomber les uns après les autres, confiant que c’est d’abord l’amour de la transgression qui la fait jouir). Son travail se situe donc dans la droite ligne des performeuses comme Annie Sprinkle qui explore le vagin de façon ludique et new age ou de la ritualisation subtile du sexe sadomasochiste entre femmes dans les films de la réalisatrice américaine Maria Beatty.

Ni fade ni conciliante, elle hurle son refus de se laisser enfermer dans quoi que ce soit : une morale sociale, un corps genré, une esthétique acceptable… Elle démontre que si ces catégories sont transgressives c’est parce qu’elles mettent en doute les "catégories" agonisantes de notre civilisation : reproductions, corps sexué, schémas classiques de la famille.

Bombe à fragmentations prête à éclater dans tous les sens, exhibitionniste, masochiste, amatrice de trash et de gore, Diana n’a peur de rien. Plus ça gicle, plus ça s’ouvre, plus c’est bon, démontrant par ses actions artistico-pornographiques qu’une guerre totale est à l’œuvre entre, d'une part, ceux qui prétendent régenter les sexes et les corps et, d'autre part, tous les autres : tous ceux qui réinventent la sexualité en même temps que les relations et les valeurs. Aucune limite ni corporelle, ni morale ne devrait être posée aux désirs et aux besoins d’un individu, à part celle du viol, et de la pédophilie, bien qu’elle constate que l’accent est toujours mis sur le risque d’abuser sexuellement d’un enfant, alors que les règles et la violence du rapport parental et social d’imposition des lois est déjà un abus en soi.

En fait, Diana serait la fille spirituelle punk anarchiste du Marquis de Sade, qui dirait que, si certains désirs violents sont dans la nature, c’est qu’ils sont par essence bons, et qu’il est donc vertueux de les suivre. Ceux et celles qui disent le contraire voudraient inculquer à leur progéniture des principes, notamment religieux, en tous cas moraux. A suivre l'auteure, de tels principes n’ont de cesse que de réduire la joie et le pouvoir d’exister et ont opprimé les femmes pendant des siècles.

Dans cet ouvrage, l’écriture vibre et bout à gros bouillons, Diana a quelque chose d’une maîtresse cannibale qui mangerait le cœur de ses amantes tout en donnant sa chatte en offrande en même temps."Nos jouissances sont des armes, des jets d’acide corrosif, nos orifices lubriques et dilatés sont des barricades ou des sables mouvants, nos pénis de chair ou de plastiques sont des missiles, nos doigts des balles, nos langues des mitraillettes, nos seins des grenades à main, toute l’extension de notre peau est un champ de mines, nous sommes armées jusqu’aux dents et l’ennemi guette en dehors pour nous niquer dans tous les sens (…) Nous pouvons nous transformer en un mauvais rêve pour ceux qui nous détestent, venger toutes les femmes n’ayant jamais eu d’orgasme,  celles qui périrent sur le bûcher, les hommes morts sans avoir découvert leur prostate, nos pères et mères, nos grands-parents et toutes les personnes ayant baisé sans pouvoir vraiment y prendre plaisir et ayant sacrifié leurs sexualités à la faveur des conventions de la reproduction, nous permettant d’être ici et maintenant" .

On saluera la force et l’énergie du combat mais on regrettera ce que le radicalisme a toujours provoqué : le risque de recréer des frontières contre celui qui ne pense pas pareil, l’absence d’harmonie et de partage avec ceux et celles qui s’avèrent moins radicaux. Si le positionnement politique est l’escalade de la violence et de la jouissance, alors où se situe la fin du combat ? Justement, il n’y en aura pas. Sa violence est à l’image de la violence de nos existences. La guerre continue toujours, les corps sont des tranchées, les organes, des armes, comme le dit si bien Torres, et les âmes, des soldats en rut. Que voit-on alors à l’horizon ? La poursuite des hostilités.

 

* Lire aussi sur nonfiction.fr : 
L'intégralité de notre dossier "Penser le porno aujourd'hui"


 

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