<p>Une enqu&ecirc;te l&egrave;ve le voile sur le fantasme de la promotion Voltaire de l'ENA et tue le mythe, enfin !</p>

Comment fonctionne le Président ? Avec qui décide-t-il ? Avec qui gouverne-t-il ? A chaque mandat, l’entourage du Président de la République questionne les journalistes et analystes de la vie politique. Celui de François Hollande interroge peut-être plus que celui des autres Présidents. D’abord parce que nous sommes au début de son mandat et que la superstructure de l’ancienne majorité est encore active. Ensuite, parce que le mode d’organisation des réseaux de François Hollande et son fonctionnement par cercles, qu’il soit chef de parti ou candidat, déjouent les certitudes. Une ombre médiatique s’est pourtant posée sur le Président voilà quelques semaines : celle de la promotion Voltaire. C’est dans les hommes et les femmes de la promotion de l’ENA 1980 que se trouveraient les personnes-clefs de la "gouvernance Hollande" (parmi eux, Pierre-René Lemas et Sylvie Hubac à l'Elysée, Michel Sapin au gouvernement, Jean-Pierre Jouyet à la tête de la Caisse des dépôts ont ainsi été ciblés, notamment par l'opposition). Quelle est la part de réalité et la part de mythe ? Quelle est cette promotion ? Est-elle vraiment aux manettes de la France ? Pour répondre à ces questions, le journaliste Martin Leprince choisit de remonter à l’origine, c’est-à-dire aux années 1976-1980, qui ont façonné cette promotion sur les bancs de l’école de la haute fonction publique, en livrant Le roman de la promotion Voltaire .

La promo d’une époque

Sa lecture permet de ramener à la réalité le fantasme d’une promotion hors du commun. Il est vrai que sur les soixante-dix promotions de l’ENA depuis 1945, celle-ci compte nombre d’énarques qui se sont fait un nom dans la vie politique française : François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin, Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet ou encore Renaud Donnedieu de Vabres. Mais ce n’est pas la seule. Sur les 159 noms de la promotion, beaucoup participent à la politique nationale ces dix dernières années. Il existe forcément des progressions communes et parfois conjointes selon les administrations ou les choix de carrières. Mais il ne s’agit pas d’une secte et encore moins d’un complot.

La particularité de cette promotion tient en deux aspects : l’histoire et la personnalité de François Hollande. L’arrivée de cette promotion au sein de la fonction publique correspond à l’accession de la gauche au pouvoir et à la nécessité pour les hommes et les femmes politiques de l’époque de s’appuyer sur une nouvelle génération de hauts fonctionnaires, dont certains sont déjà engagés dans le militantisme. L’autre particularité tient au rôle de François Hollande et sa personnalité. Le futur Président de la République apparait dans l’ouvrage avec l’humour et la sympathie qu’on lui connaît et surtout comme un homme capable de fédérer autour de lui. Beaucoup apprécient sa camaraderie mais aussi son intelligence et ses engagements. Son action syndicale, avec la création du CARENA (Comité d’action pour la réforme démocratique de l’ENA) marque la promotion. Il y défend, notamment, en compagnie de Michel Sapin, plus de transparence et la fin du classement de sortie. Son action et sa personnalité, à l’instar de bien d’autres lieux de ses aventures politiques, jouent dans la construction de relations de confiance et d’intimités intellectuelles.

Mais l’aventure de la promotion Voltaire s’arrête après 1981, malgré les efforts de certains, pour conserver l’esprit de corps durant des années.

Les travers de l’ENA

Cet ouvrage n’aura sans doute pas besoin de concurrence parce qu’en écumant les mois de cette promotion, l’auteur détruit le mythe. On y découvre, sur un ton assez léger, quelques amusement d’étudiants, des histoires de cœur, ou encore le fait que cette promotion a failli être nommée "trou des Halles" (nom proposé par Henri de Castries, notamment) en référence au grand chantier parisien de l’époque. Mais force est de constater qu’il n’y a rien de prémédité dans le parcours des ces hommes et des ces femmes. Si on ne peut réduire l’ENA à la promotion Voltaire, la lecture de l’ouvrage rappelle plutôt les traditions de cette grande école et ses nombreux travers. Les derniers ouvrages traitant de l’ENA aujourd’hui relatent les mêmes dysfonctionnements et s’appuient sur mêmes critiques qu’à l’époque : cours infantilisants, absence de suivi, déconnexion des cours et des épreuves écrites, pas de formation au management… Quelle que soit la promo, le classement de sortie reste l’objectif suprême.

Mouvement spontané

Certaines amitiés vont perdurer, d’ordre politique ou personnel. Mais les années ne les forgeront pas toutes. Rares sont ceux qui restent auprès de François Hollande, et plus encore durant sa traversée du désert après 2005. A la suite des primaires socialistes de 2011, ce sont certains membres de la promo qui rejoignent le futur Président, plutôt que l'inverse. Une association est créée, "le club Voltaire", par quelques fidèles (Dominique Villemot, Jean-Marie Cambacérès...), dont les rangs vont grossir au fur et à mesure de la campagne électorale, avec de nouveaux venus, d’anciens camarades, les déçus du sarkozysme mais aussi les opportunistes. À leur décharge, beaucoup ont déjà leur carrière derrière eux... Dix ans plus tôt, les choses auraient été différentes. Avec indignation mais aussi gourmandise, les médias n’ont eu de cesse de présenter cette promotion comme le véritable gouvernement de la France. Très clairement, l’ouvrage prouve le contraire. Le mythe est né d’un hasard, de rencontres, d’amitiés. Mais il n’a pas la force d’une légende.

Bref, il est temps de passer à autre chose. Le seul patron est celui sorti des urnes#nf#