<p>Un pays peut-il agir face aux sp&eacute;culateurs, aux march&eacute;s et &agrave; la crise des finances publiques ? Et un citoyen ?</p>

Comment agir face à la crise ?

Dans cet ouvrage, l’auteur, professeur à l’Institut d’études politiques et secrétaire national à l’économie du Parti de gauche, dénonce une dérive néolibérale du projet européen et les politiques actuelles d’austérité qui font peser sur les citoyens les conséquences d’une crise provoquée par la dérégulation financière.

"En ces temps de crises multiples, l’humeur commune semble osciller entre deux sentiments : l’indignation face à l’injustice des sacrifices demandés aux peuples et l’incrédulité quant à la capacité d’un quelconque gouvernement à faire autrement", écrit l’auteur en introduction. "Face à la crise déclenchée en 2008 par le capitalisme financier, tout le monde comprend que les États ont sauvé les fauteurs de crise (les banques et les spéculateurs), au lieu de les combattre", déplore-t-il. "Bref, toutes les politiques progressistes offrant une autre perspective que la régression sociale ont beau paraître souhaitables pour le plus grand nombre, elles n’en sont pas moins systématiquement présentées - et, en fin de compte, assez largement perçues - comme irréalistes dans le monde d’aujourd’hui. On aimerait bien… mais on ne peut pas !".

Avec ce livre, Jacques Généreux, auteur de nombreux ouvrages sur le libéralisme et opposé au Pacte budgétaire européen, dit vouloir déconstruire le "mythe mondialiste" selon lequel l’économie ne serait plus gouvernée ni gouvernable par un pouvoir national et "faire sauter le verrou mental qu’institue la prétendue impuissance d’une politique nationale face à la puissance des marchés et de la finance globale".

Une crise du capitalisme financier

Pour l’auteur, la crise que nous traversons est avant tout une crise du capitalisme financier. Depuis trente ans, analyse-t-il, les exigences de rentabilité financière et la pression concurrentielle ont entraîné la baisse ou la stagnation des salaires, l’explosion des inégalités de revenus et un transfert massif des revenus du travail vers les revenus du capital, réprimant le pouvoir d’achat des masses, pourtant moteur premier de la croissance. Or, souligne-t-il, le transfert des revenus du travail vers le capital ne vient pas financer les investissements et l’emploi. Depuis les années 1990, dans les grands pays industriels, on observe que "la progression des profits ne sert pas principalement à soutenir l’investissement productif intérieur mais à augmenter les dividendes versés aux actionnaires, tandis que cette progression coïncide avec un net ralentissement de celle de l’investissement". Enfin, constate-t-il, depuis la fin des années 1990, la Bourse n’est plus globalement une source de financement des entreprises : le gonflement astronomique des transactions financières, depuis les années 1980, s’explique presque exclusivement par l’explosion des instruments spéculatifs et non par le financement de l’économie réelle.

Pour autant, poursuit Jacques Généreux, la crise financière actuelle ne trouve pas sa source profonde dans la sphère financière mais dans le modèle de croissance insoutenable imposé par le capitalisme financiarisé et les politiques néolibérales. Les managers, incités à financer le développement de l’entreprise par des emprunts, s’appuient ainsi sur le crédit plutôt que sur des capitaux investis par les actionnaires, s’endettant de façon excessive. Ce modèle de croissance à crédit a préparé une grande catastrophe financière engendrée par l’insolvabilité massive d’acteurs surendettés, aggravée par l’interdépendance mondiale des banques des fonds d’investissement et des marchés, explique-t-il encore.

Volonté politique

Les réformes à entreprendre découlent directement de ce diagnostic. Dans la logique de l’auteur, les politiques d’austérité conduites au sein de l’Union européenne aujourd’hui aggravent la crise économique et sociale en faisant peser sur les ménages le poids des efforts à consentir pour réduire la dette et les déficits publics, ce qui a un impact négatif sur la croissance. Et en faisant payer aux peuples la crise, elles servent principalement les puissants et en fin de compte "tous ceux qui pourraient tirer avantage d’une société moins solidaire et laissant plus cours à la compétition des intérêts privés". Dans la situation de stagnation ou de récession où se trouvent un grand nombre de pays européens, poursuit-il, les politiques d’austérité à courte vue ne peuvent, au mieux qu’engendrer la stagnation durable de l’économie européenne, et, au pire, elles peuvent provoquer une grande dépression, c’est-à-dire un long effondrement de l’activité, de l’emploi et des revenus dans l’ensemble de l’Union européenne.

Comment relancer l’économie tout en maîtrisant la dette et le déficit public ? Pour Jacques Généreux, une sortie durable de la crise doit d’abord s’appuyer sur une politique de relance budgétaire et de soutien à l’emploi. Pour surmonter la crise de la dette publique dans la zone euro, écrit-il, l’Union européenne, ou à défaut, chaque pays qui le souhaite, devrait refonder le système bancaire, éliminer une part de stock de dette publique et soutenir l’emploi et l’activité. Sur le plan national, l’auteur dresse une liste de mesures à mettre en œuvre pour relancer l’activité économique : hausse des bas salaires, investissements publics écologiques et sociaux, politique sélective du crédit par les banques publiques afin de financer à taux réduit des activités d’intérêt public, développement des services publics et créations d’emplois publics dans les services publics sinistrés. Ces mesures s’accompagnent d’une réforme fiscale pour réduire le déficit public : suppression des cadeaux fiscaux inutiles, rétablissement d’impôts fortement progressifs sur le revenu et lutte contre la fraude fiscale.

Pour autant, est-il vraiment possible, dans une économie mondialisée, pour un gouvernement de mettre en œuvre à lui tout seul des programmes alternatifs ? Pour permettre de réguler le système financier de manière efficace et redonner du pouvoir d’intervention à l’État, l’auteur propose la constitution, au niveau européen, par les pays qui le souhaitent, d’un "espace monétaire financier régulé et solidaire" dédié à la refondation d’une union monétaire progressiste et durable. Plusieurs chapitres décrivent également les réformes à engager pour lutter contre la spéculation. Cet ouvrage explique les causes profondes de la crise financière et les mécanismes à l’œuvre dans sa propagation. Dans un style clair et accessible, il propose au lecteur des clés pour comprendre la crise économique et sociale dans laquelle se trouve l'Union européenne. Un guide de réflexion utile pour les militants et sympathisants de gauche qui cherchent une alternative crédible au capitalisme financier#nf#